Sur la terre des Etres Humains

Quelques mots sur notre découverte de l’album Sur la terre des Etres Humains.

Depuis leur deux ans/deux ans et demi, je lis tous les soirs plusieurs livres aux filles ; parfois nous lisons en journée, mais ça n’est pas systématique. Nous sommes aussi abonnés à une bibliothèque et chaque semaine nous faisons à nouveau le plein de livres. Dans ces lots hebdomadaires de livres, il y en a qu’elles choisissent librement, d’autres que je choisis moi-même afin de leur faire découvrir certaines oeuvres, ou certains thèmes. Parmi tous ces livres que nous lisons, il y a généralement des livres « de leur âge », parfois des livres pour des plus jeunes enfants qu’elles continuent d’apprécier au coup par coup, et régulièrement des livres pour des enfants plus avancés en âge. Il est rare que j’intervienne dans leur choix, car moi-même j’ai toujours lu de tout afin de me faire une idée et j’estime qu’un esprit ouvert doit être en mesure d’aborder n’importe quel texte sans a priori afin d’en dégager plus objectivement ses caractéristiques ; si j’interviens, c’est généralement parce que je ne me sens pas de leur lire (par exemple, une fois, l’une des deux souhaitait prendre une bande dessinée et cela me semblait trop compliqué de leur lire et de leur faire comprendre le type de lecture qu’est la B.D.), c’est donc fondé, à juste tiitre ou non, sur mes propres limites.

Lors de notre avant-dernière visite à la bibliothèque, l’une de mes petites fées prend dans le rayon des livres pour adolescent, dans lequel je me trouvais en train de feuilleter Eragon de Christophe Paolini, un très bel album de grand format, intitulé Le garçon qui voulait devenir un être humain, de Jorn Riel, illustrations Christel Espié, Editions Sarbacane, 2005. « Maman, je veux le prendre ! » D’accord ! Nous embarquons et le bel album et Eragon.

L’histoire commence avec la mort du père de Leiv jeune garçon Islandais et son désir de le venger. S’ensuit son aventure qui le mènera jusqu’au Groënland à bord du drakkar du meurtrier de son père, un farouche guerrier Viking mais non dénué d’intelligence de coeur. Je n’en dis pas plus, car cela serait dommage. Je vous invite à lire cet album et à le faire découvrir à vos enfants. L’histoire est profonde et ancrée dans les valeurs humanistes que tous les enfants du monde portent naturellement en eux. C’est un livre d’une grande sensibilité et d’une grande justesse. Voici un passage qui l’illustre amplement :

« Narua et Apuluk

Elle avait à peine onze ans, s’appelait Narua, ce qui veut dire Mouette, et avait toujours eu le rire plus facile que les pleurs. Elle avait deux frères, un petit qui passait encore le plus clair de son temps dans le capuchon de sa mère, et un grand de douze ans, qui s’appelait Apuluk. Et elle aimait la vie.

Narua aidait volontier sa mère aux tâches domestiques, mais ce qu’elle aimait par-dessus tout, c’était jouer avec Apuluk. Malheureuseument, Apuluk n’avait pas toujours le temps de jouer avec sa petite soeur. Il était maintenant assez grand pour partir à la chasse avec les hommes. L’année d’avant, il avait attrapé son premier phoque tout seul, et c’était un signe qui ne trompait pas : il serait bientôt adulte.

Ni Narua ni Apuluk ne savaient qu’ils habitaient la plus grande île du monde. comme tous les Eskimos, ils se nommaient eux-mêmes « Inuits », ce qui veut dire Etres Humains, Hommes, et c’est pourquoi leur pays s’appelait Inuit Nunat, le pays des Hommes.

Mais que leur pays était immense, ça ils le savaient. Parce qu’ils étaient toujours en voyage, surtout l’été. A l’automne, les Inuits construisaient des maisons de pierre et de tourbe pour y passer l’hiver. De grandes maisons chaleureuses qui abritaient chacune plusieurs familles. Et quand ils voyageaient pendant l’hiver, ils se fabriquaient des iglous, tout ronds, en neige glacée, solides et douillets. L’été, ils s’installaient sous des tentes en peaux de phoques.

Le grand-père paternel de Narua et Apuluk s’appelait Shinka. C’était un grand conteur, il avait une mémoire fantastique. L’hiver, quand il faisait nuit pratiquement vingt-quatre heures sur vingt-quatre, il était parfois difficile de passer le temps. Alors, Shinka se mettait à conter des histoires. Des histoires qu’il tenait de son père, qui les tenait du sien. Des histoires aussi vieilles qu ele peuple inuit.

Quand Shinka racontait quelque chose de particulièrement effrayant, les enfants se cachaient derrière leur père en posant leur front contre son dos. Ainsi, ils se sentaient en sécurité, parce qurien n’est aussi fort et invincible qu’n père.

Les enfants aimaient voyager. Peut-être parce qu’ils n’avaient jamais vécu autrement. Le voyage représentait une sorte de sécurité pour eux, comme il est pour nous rassurant d’avoir une maison. Ils se déplaçaient de lieu en lieu, de fjord en fjord, et ainsi le voyage devenait leur foyer. La sécurité, ils la trouvaient auprès de leur père et mère, de leurs frères et soeurs et de tous leurs autres parents. ils dormaient ensemble, mangeaient ensemble. ils étaient ensemble tout le temps.

Les enfants dormaient quand ils étaient fatigués, jouaient souvent dehors en pleine nuit, mangeaient quand ils avaient faim, et travaillaient quand ils en avaient envie. C’est peut-être pour cette raison que les enfants inuit devenaient des Etres Humains joyeux et heureux de vivre. »

Alors que notre pays connaît une montée des idées extrêmes fondées sur le rejet de l’Autre, il est important de fortifier les valeurs de coeur qui, chez nos enfants petits, sont un mode naturel de sociabilité. L’enfant a naturellement et spontanément une capacité inouïe à aimer, en dépit parfois de tous les coups, au propre comme au figuré, qu’il peut recevoir. L’intelligence, conçue comme un simple outil mental, est un champs aride lorsqu’elle n’est pas soutenue par une intelligence du coeur, tout ce qui fait défaut à la plupart de nos politiciens qui ont fait de grandes écoles, mais parlent un langage dépourvu de vie. C’est par une éducation humaniste, enracinée dans la terre des valeurs de coeur.

Etres Humains

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