Conte pour le printemps

J’ai écrit ce conte pour le printemps tout spécialement pour mes filles chéries. Nous aimons beaucoup les sirènes et les sirènes bretonnes, contrairement à que la réécriture tardive de l’histoire de la plus célèbre de nos sirènes – la belle Dahud, reine de la ville d’Ys – le laisse penser, eh bien, nos sirènes bretonnes sont généralement bonnes et secourables :

Un printemps sous l’océan

Dans le grand et merveilleux océan, Bleuwenn, la jolie sirène, se préparait à la grande fête du printemps. Elle brossa longuement ses longs cheveux bleus soyeux, les orna de perles et de coquillages et lissa sa longue et fine queue irisée. Elle se regarda dans son précieux miroir de corail et se fit un beau sourire. Elle était charmante.

Tout le monde aimait Bleuwennig pour sa gentillesse et son dévouement envers toutes les créatures de l’océan. Depuis l’aube de sa jeune vie, elle s’était dépensée sans compter au service du monde marin. Sa beauté était non seulement extérieure, mais son coeur était beau et c’est ce qui faisait d’elle la petite sirène la plus aimée de toute la mer bretonne.

Il était plus que temps de se rendre à l’assemblée de son peuple. L’an dernier, la reine des sirènes s’était éteinte et avait rejoint le monde mystérieux des profondeurs de l’océan. Sa lumière avait encore accompagné quelques temps ses loyaux sujets, mais on ne la percevait plus que d’une manière infime, et il était temps maintenant de choisir sa remplaçante : la période du printemps était un moment parfait pour faire ce choix. Bleuwenn avait hâte de connaître le nom de la nouvelle reine des sirènes.

Chemin faisant, se rendant à l’assemblée des sirènes, elle rencontra d’autres sirènes et sirains ; tous ensemble, ils devisèrent joyeusement.

Le peuple de l’océan était maintenant réunis dans une clairière sous-marine. Les rayons du soleil pénétraient jusqu’à cette très profonde et ancienne terre qu’aucun humain n’avait foulé depuis bien longtemps. Les algues dansaient tendrement au rythme des pulsations de l’océan, les coquillages faisaient retentir une suave mélodie que quelques sons cristallins ponctuaient avec harmonie.

Tous devaient attendre le Signe, celui qui désignerait la nouvelle reine des sirènes. Le temps s’écoulait, sans hâte ni précipitation ; les rayons solaires s’estompaient progressivement. Le peuple de l’océan se laissait porter par les douces ondes sous-marines, enveloppé par la musique enchanteresse des fonds marins.

Alors que tout le monde somnolait paisiblement, une myriade de planctons luminescent se regroupa comme en une danse autour d’une sirène assoupie. Celle-ci était comme toute illuminée par le plancton qui rayonnait autour d’elle. Le rayonnement se fit de plus en plus intense et se répandit petit à petit dans toute la clairière sous-marine, répandant une lumière dorée et scintillante sur tous les êtres présents à l’assemblée.

Un à un, tous les sujets commencèrent à se réveiller et à observer avec curiosité d’où venait le rayonnement. Ils s’approchèrent tous de la source et découvrirent Bleuwenn, encore toute endormie, nimbée de la plus belle des lumières. Toutes les créatures de la mer surent alors que leur nouvelle reine avait été choisie et s’inclinèrent en signe de grand respect. Il ne pouvait pas y avoir de meilleur choix que celui qui venait d’être fait.

Bleuwenn ouvrit des yeux tout étonnés et comprit très vite ce qu’il en était en voyant toutes les créatures présentes lui faire hommage, les yeux brillants, et avec un beau sourire. Dans le coeur de tout le monde on savait une chose : ce printemps-là allait être le plus merveilleux printemps depuis bien longtemps.

Bleuwen s’inclina à son tour devant son peuple et prit immédiatement ses fonctions, car elle devait maintenant organiser la fête du printemps. Aussitôt les fidèles chevaux de mer vinrent lui prêter main forte. Grâce à eux, la lumière scintillante de la reine Bleuwenn serait portée aux quatre coins de l’océan afin de faire naître le printemps sous-marin.

Dès lors qu’un cheval de mer passait et répandait la poudre de lumière de Bleuwen, l’océan s’éclairait et prenait des teintes d’un merveilleux arc-en-ciel irisé enchantant tous les êtres qui se trouvaient là. La joie et l’amour se répandaient en même temps ; ce n’étaient que danses et chants sous le bel océan. Cependant, rien ne serait complet si Bleuwenn ne rencontrait pas son roi de printemps avec qui elle aurait à assurer la prospérité de son peuple.

Les conseillers de Bleuwenn commençaient à s’inquiéter. Bleuwenn, elle, continuait inlassablement à recevoir ses sujets, à les écouter, à prendre soin d’eux ; elles visitaient chaque famille, chaque créature qui ne pouvait se déplacer ; prodiguait amour et paroles de sagesse, offrant nourriture et réconfort à ceux qui en avaient besoin. Elle savait dans son coeur que tout se ferait au bon moment et ne s’inquiétait pas de ce qu’elle-même ne pouvait pas encore prévoir. Seul le bien-être de son peuple la souciait.

C’est ainsi qu’elle s’expliqua à elle-même la disparition de son joli miroir de corail qu’elle ne parvenait plus à retrouver. Où donc l’avait-elle laissé ? Peu importe, elle n’avait pas le temps de s’appesantir sur cette perte.

Pendant que toute cette activité régnait sous l’eau. Un gentil marin répondant au nom de Yann ne se lassait pas de regarder le si étrange miroir de corail qu’il avait trouvé sur les rochers lors de la dernière marée basse. Il n’avait jamais vu un pareil objet. Aucune main humaine ne pouvait avoir créer un tel miroir et cela le troublait beaucoup. Bien sûr, il en avait entendu des contes de fées de toutes sortes. Ici, les vieux transmettaient encore la parole des Anciens, au temps où ils vivaient avec ceux des mondes enchantés.

Cet objet occupait tout son esprit et chaque soir, après son travail, il revenait à l’endroit où il l’avait trouvé, à pied ou avec sa barque. C’est ainsi qu’un soir, sous une pâle lumière lunaire, alors qu’il restait assis dans sa barque, le miroir dans ses mains, contemplant tout le mystère qu’il contenait, il vit émerger le plus joli visage qu’il ait jamais vu. Bleuwenn, s’étant souvenue de l’endroit où elle avait laissé son miroir de corail, était venu le rechercher.

Les yeux dans les yeux, la belle sirène et le gentil marin se dirent tout l’amour que leurs coeurs contenaient, avec la bénédiction de la lune bienveillante. Il ne fallut pas longtemps à Yann pour décider de suivre la belle sirène dans son royaume. Il revint rapidement chez lui chercher deux ou trois menus objets et à son retour sur la plage, Bleuwenn en compagnie de quelques un de ses chers sujets l’attendait. Yann entra dans l’eau jusqu’aux cuisses. Bleuwenn s’approcha de lui et lui passa autour de la taille la ceinture magique qui lui permettrait de vivre sous l’océan comme n’importe quel sirain.

Bleuwenn avait trouvé son roi, celui avec qui elle allait pouvoir accomplir le cycle des saisons, pour le bonheur de tous. Yann s’enfonça dans l’eau en compagnie de sa bienaimée et plus jamais on ne le revit dans son village. Il est dit qu’il vécu très heureux en compagnie de sa reine et qu’ils eurent de nombreux sirénots. Ensemble, ils accomplirent beaucoup de bien autour d’eux sous l’eau, mais aussi sur terre, car ils sauvèrent de nombreux humains de la noyade lorsque la tempête grossit les vagues et déchirent le ciel. Leur règne fut très long et demeure l’un des plus heureux des royaumes sous-marins.

Monique Tedeschi

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