Dame Holle, un conte parfait pour l’hiver

Redécouvrons l’histoire de Dame Holle, un conte parfait pour l’hiver. C’est un plaisir que de se plonger à nouveau dans les histoires traditionnellement racontées par nos ancêtres. Riches d’une antique sagesse et d’une profondeur à la hauteur des besoins de notre psyché, ces histoires nous nourrissent durant toute la saison sombre.

Dame Holle, par Wilhelm et Jacob Grimm

Une veuve avait deux filles, l’une jolie et courageuse, l’autre paresseuse et laide. C’était à la seconde qu’elle donnait sa préférence, parce que cette fille laide et paresseuse était sa propre fille, et l’autre avait tout le  travail à faire dans la maison dont elle était la Cendrillon. Elle devait chaque jour aller sur la grand-route  s’asseoir près du puits et filer, filer tellement que les doigts lui en saignaient. Un jour donc, que sa quenouille était toute poisseuse et tachée de sang, la malheureuse se pencha sur le puits pour la laver, mais la quenouille lui échappa des mains et tomba tout au fond du puits. En pleurant, elle courut raconter son malheur à la marâtre, qui lui cria dessus et fut assez impitoyable pour lui dire :

– Puisque tu as laissé tomber la quenouille, tu n’as qu’à aller toi-même la chercher !

La pauvre retourna près du puits, se tortura en se demandant comment faire et, pour finir, dans son affolement, sauta elle-même dans le puits pour en rapporter la quenouille. En tombant, elle s’évanouit; et  lorsqu’elle se réveilla et reprit ses sens, elle était dans une belle prairie, sous le brillant soleil, et il y avait autour d’elle des milliers et des milliers de fleurs. Elle s’avança dans cette prairie et arriva devant un four à  pain où cuisait la fournée, et voilà que les pains, de l’intérieur, se mirent à appeler : « Retire-moi ! Retire-moi ! Sinon je vais brûler, je suis déjà bien cuit et plus que cuit ! » Elle y alla, saisit la longue pelle de four et sortit un à un tous les pains jusqu’au dernier. Puis elle poursuivit sa marche et arriva près d’un pommier chargé de pommes en quantité énorme, et là aussi on l’appela : « Secoue-moi, secoue-moi ! Nous, les pommes, nous  sommes toutes mûres ! » Alors elle secoua l’arbre et les pommes tombèrent comme s’il pleuvait, et elle le secoua jusqu’à ce qu’il n’en restât plus une sur l’arbre, puis elle les mit soigneusement en tas avant de se remettre en route. Pour finir, elle arriva près d’une petite maison où une vieille regardait par la fenêtre, mais elle avait de si longues dents, cette vieille, que la fillette, dans sa peur, voulut se sauver à toutes jambes.

– Pourquoi t’effrayes-tu, ma chère enfant ? lui dit la vieille femme. Reste avec moi, et si tu fais bien ton  travail, si tu me tiens la maison bien en ordre, tout n’en ira que mieux pour toi. Surtout, tu dois veiller à bien faire mon lit et secouer soigneusement l’édredon pour en faire voler les plumes, parce que alors il neige sur le monde. Je suis Dame Hiver.

Le ton aimable et les bonnes paroles de la vieille réconfortèrent son cœur et lui rendirent son courage : elle accepta son offre et entra à son service, s’acquittant de sa tâche à la grande satisfaction de Dame Hiver, battant et secouant son édredon jusqu’à faire voler les plumes de tous côtés, légères et dansantes comme des  flocons de neige. En retour, elle avait la bonne vie chez elle : jamais un mot méchant, et tous les jours du bouilli et du rôti.

Mais quand elle fut restée un bon bout de temps chez Dame Hiver, elle devint triste peu à peu, sans trop  savoir pourquoi quand cela commença, ni ce qui lui pesait si lourd sur le cœur ; enfin elle se rendit compte  qu’elle avait le mal du pays. Elle savait bien, pourtant, qu’elle était mille fois mieux traitée ici que chez elle,  mais elle n’en languissait pas moins de revoir sa maison.

– Je m’ennuie de chez moi, finit-elle par dire à Dame Hiver, et bien que je sois beaucoup mieux ici, je voudrais  remonter là-haut et retrouver les miens. Je sens que je ne pourrai pas rester plus longtemps.

– Il me plaît que tu aies envie de rentrer chez toi, dit Dame Hiver, et puisque tu m’as servie si fidèlement, je vais te ramener moi-même là-haut.

conte parfait pour l'hiver
Elle la prit par la main et la conduisit jusque devant un grand portail, une porte monumentale dont les battants étaient ouverts ; au moment où la jeune fille allait passer, une pluie d’or tomba sur elle, dense et drue, et tout l’or qui tomba resta sur elle, la couvrant et la recouvrant entièrement.

– C’est ce que je te donne pour avoir été si diligente et soigneuse dans ton travail, lui dit Dame Hiver en lui  tendant, en plus, sa quenouille qui était tombée au fond du puits.

La grand-porte se referma alors, et la jeune fille se retrouva sur le monde, non loin de chez sa mère. Et quand  elle entra dans la cour, le coq, perché sur le puits, chanta :

Cocorico ! Cocorico !

La demoiselle d’or est ici de nouveau.

Elle arriva ensuite chez sa mère, et là, parce qu’elle était couverte de tant d’or, elle reçut bon accueil aussi bien  de sa mère que de sa demi-sœur.

La jeune fille leur raconta tout ce qu’il lui était advenu, et quand la mère apprit de quelle manière elle était  arrivée à cette immense richesse, sa seule idée fut de donner à sa fille, la paresseuse et laide, le même bonheur. Il fallut donc qu’elle allât, comme sa sœur, s’asseoir à côté du puits pour filer ; et pour que sa  quenouille fût poisseuse de sang, elle dut se piquer le doigt et s’égratigner la main dans les épines ; elle jeta  ensuite sa quenouille dans le puits et sauta elle-même, comme l’avait fait sa sœur. Et il lui arriva la même  chose qu’à elle : elle se retrouva dans la même prairie et emprunta le même chemin, arriva devant le même four, où elle entendit semblablement le pain crier : « Retire-moi ! Retire-moi ! sinon je vais brûler, je suis déjà bien cuit et plus que cuit ! » Mais la paresseuse se contenta de répondre : « Plus souvent, tiens ! que je vais me salir. » Et elle passa outre. Lorsqu’elle arriva un peu plus loin près du pommier, il appela et cria : « Secoue moi, secoue moi ! Nous, les pommes, nous sommes toutes mûres ! » Mais la vilaine ne se retourna même pas  et répondit : « Fameuse idée, oui ! pour qu’il m’en tombe une sur la tête. » Et elle continua son chemin.

conte parfait pour l'hiver

Lorsqu’elle arriva devant la maison de Dame Hiver, comme elle avait déjà entendu parler de ses longues  dents, elle n’eut pas peur et se mit aussitôt à la servir. Le premier jour tout alla bien, elle fit du zèle, obéit avec empressement et vivacité, car elle songeait à tout l’or que cela lui vaudrait bientôt ; mais le deuxième jour,  déjà, elle commença à paresser et à traîner, et beaucoup plus le troisième jour, car elle ne voulut même pas se lever ce matin-là. Elle ne faisait pas non plus le lit de Dame Hiver comme elle devait le faire, négligeait de  secouer l’édredon et de faire voler les plumes. Dame Hiver ne tarda pas à se lasser d’une telle négligence et lui donna congé. La fille paresseuse s’en montra ravie, pensant que venait le moment de la pluie d’or ; mais si  Dame Hiver la conduisit aussi elle-même à la grand-porte, au lieu de l’or, ce fut une grosse tonne de poix qui  lui tomba dessus.

– Voilà la récompense que t’ont méritée tes services ! lui dit Dame Hiver, qui referma aussitôt la grand-porte.

La paresseuse rentra chez elle, mais couverte de poix des pieds à la tête ; et le coq, sur le puits, quand il la vit, chanta :

Cocorico Cocorico !

La sale demoiselle est ici de nouveau.

La poix qui la couvrait colla si bien à elle que, de toute sa vie, jamais elle ne put l’enlever.

conte parfait pour l'hiver
Pour ceux et celles qui ne sont pas sensibles aux charmes des contes de Grimm, Françoise Morvan a écrit un adorable conte sur le thème de la Dame Hiver – ici La Mère l’Oye – qui secoue son édredon et fait tomber la neige sur le monde. Vous le trouverez dans l’album « Le grand livre des Contes », de Françoise Morvan et Arthur Rackham, Editions Ouest-France.
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Pour les flocons et les étoiles, je me suis inspirées de ce modèle de flocons feutrés ; j’ai simplement décliné la même broderie pour l’étoile.

conte parfait pour l'hiver
Arrière-Plan Mythologique de Dame Holle, un conte parfait pour l’hiver

Dame Holle ou Frau Holle est en fait Holda, la grande déesse germanique protectrice des enfants, des femmes enceintes, des animaux, du foyer mais aussi de l’hiver. Sur celle-ci, plutôt que de répéter des informations qu’on trouve déjà sur internet sans apporter quoi que ce soit de neuf, je vous recommande chaudement cet excellent article « La Cailleach et Holda (Dame Holle) » ; il est complet et très clair.

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Webographie complémentaire 

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