Les Lupercales, alternative à la Saint Valentin

Ce mois ci se produira une des fêtes les plus lucratives après Noël : la Saint Valentin. Vaste foire commerciale où l’on se sent quasiment obligé de témoigner de son amour éternel à l’être aimé à coup de fleurs, de bijoux, de gros coeurs rouges et or rococos. Le coeur est partout, décliné de toutes les manières. Et si vous n’y souscrivez pas, on vous fait croire en prime que vous ne méritez pas que l’on s’attarde sur vous, que vous n’êtes pas dans le vent et que vous méritez justement de passer une St Valentin comme un coeur esseulé…

Notez bien qu’en ce qui concerne la seule utilisation du coeur comme symbole,  je n’y vois aucun inconvénient : en matière de coeur, il y a des réalisations manuelles très belles, bien plus authentiques et admirables que les articles vendus pour la circonstance. Je vous invite à aller voir mon tableau Pinterest Coeur Ô Coeur pour y découvrir de nombreuses variétés de coeurs artisanaux que vous pouvez reproduire.

Je ne vois non plus aucun soucis à célébrer l’amour, cela convient même à mon côté « fluffy bunny » qui transparaît de temps en temps… J’aime simplement à voir dans cette célébration l’amour dans un sens plus large et c’est toujours ainsi que je l’ai véhiculé auprès de mes filles lorsque nous avons par le passé réalisé quelques bricolages « pour la St Valentin »  dans le cadre de la pédagogie Steiner (car cette fête est très prisée dans le monde Waldorf) : l’amour pour son partenaire certes, mais aussi l’amour pour ses enfants et tous les enfants du monde, l’amour pour le genre humain, l’amour de la vie, l’amour pour la nature, pour les animaux, etc…  C’est bien plus large et c’est beaucoup moins rose bonbon d’un certain côté… C’est d’ailleurs ainsi qu’elle est célébrée dans certaines parties du monde ; mais pas chez nous. A vrai dire, je n’ai jamais compris comment une seule date dans l’année avait pour mission de concentrer tout le romantisme du monde… L’amour pour son conjoint/ses enfants/le genre humain/la nature etc…, à mes yeux, c’est chaque jour qu’on le vit et c’est même dans les gestes les plus menus, les plus extraordinairement dépourvus de romantisme, ceux que l’on fait dans l’ombre de la vie quotidienne dépourvu du revêtement et de l’éclat brillant de la « peopolisation » de notre société, que l’on peut le trouver et/ou l’insuffler.

Lupercales

Ainsi, chaque année revient le même constat : il est trop difficile de se sentir vraiment naturel, vraiment authentique ; il y a toujours quelques parts le sentiment que cette fête est une usurpatrice, qu’elle est plaquée sur des fondations mouvantes où l’on ne peut prendre appui qu’en se sacrifiant soi-même et qui sont qui plus est totalement dévoyées par le consumérisme de nos sociétés qui est vraiment et définitivement un tueur d’âme…

Et lorsque l’on commence à creuser l’historique de cette fête, le sentiment d’inauthenticité s’explique encore plus clairement. Je vous renvoie à des recherches personnelles sur l’Internet pour voir comment elle fut fabriquée de toute pièce par un pape qui s’offusquait des pratiques païennes des Romains ; je ne pourrais rien apporter de plus à ce qui est déjà expliqué longuement sur d’autres sites. On ne sait même pas qui est exactement le Valentin en question ; on penche pour deux protagonistes qui, tous deux, souffrirent le martyr ; point d’achoppement personnel : il est impossible pour moi de faire baigner mes enfants dans les histoires de martyr ; je n’y vois aucune édification pour l’âme, et c’est à l’opposé même de ce que je m’efforce de transmettre à mes enfants : apprendre à être heureuses et à partager ce bonheur d’être en vie dans le respect de leur personne, de leur corps, de leurs rêves. C’est pourquoi je ne leur ai jamais raconté l’histoire de St Valentin quel qu’il fut, mais bien des histoires d’amour.

Cette année, à la faveur de la roue de l’année qui tourne inéluctablement et nous fait visiter à nouveau les points culminants que sont ses célébrations, j’ai encore plus envie de creuser la question des Lupercales qui étaient donc cette festivité romaine  transformée en Saint Valentin.

Lupercales

Une divinité romaine primitive se trouve derrière les Lupercales : Faunus, plus tard associé à Lupercus. « Faunus était une divinité sauvage et farouche dont le pouvoir s’exerçait sur les terres non cultivées et non habitées par l’homme, esprit des plaines, des forêts, des rivières… » Là, déjà, ça me plaît beaucoup plus ! Il est un dieu protecteur des troupeaux, et c’est à ce titre qu’il gagne le nom de Lupercus puisqu’il est censé éloigner le loup des troupeaux. Le mot Lupercus est tiré du nom de la grotte de Lupercale, la grotte où la louve mythique avait allaité les fondateurs de Rome, Romus et Romulus.  Autre fonction essentielle de Faunus : il est pourvoyeur de fécondité, de fertilité. Sa femme, ou parfois sa fille, est Fauna ; elle est revêtue des mêmes attributs que Faunus.

C’est en février que se tenaient les Lupercales. A cette occasion, toutes les maisons étaient nettoyées, balayées et purifiées par le sel et le blé.  Un rite était tenu dans la grotte de Lupercale par les jeunes hommes issus des meilleures familles de la ville qui y pratiquaient des sacrifices animaux sur un chien et une chèvre. Puis ils se livraient à la course des Luperques : ils couraient dans les rues de la ville et fouettaient les femmes de leurs lanières de cuir de chèvre ; c’était censé leur apporter la fertilité, faciliter l’accouchement et la montée de lait. Enfin, des agapes avaient lieu au cours desquelles la rencontre entre jeunes gens étaient favorisée et par conséquent les unions. Pour de plus amples renseignement, on trouve de nombreux site décrivant le rites des Lupercales.

Toutefois, de là à faire revivre telles quelles les Lupercales, non, je n’y crois pas et je ne souhaite même pas que ce soit le cas. Nous somme au vingt et unième siècle et nous ne pouvons faire abstraction de l’esprit de notre temps ; notamment, pour moi comme pour de plus en plus de personnes désormais, les sacrifices notamment animaux appartiennent à un autre temps (quoi qu’en disent les tenants de ces monstrueuses mises à mort que sont par exemple les corridas…), le nôtre de temps étant plutôt à la prise en compte de la sensibilité des animaux et au respect de leur vie. Par ailleurs, notre culture n’est pas ouverte aux cavalcades à moitié nus dans les rues de nos villes… ni  aux flagellations même symboliques des femmes !

Lupercales

Mais comment pouvons-nous dès lors capter l’esprit de cette célébration à notre époque ? Des possibilités s’offrent à nous :

Faunus Lupercus est étroitement associé aux animaux : bien sûr, le loup et les troupeaux sont les premiers reliés à cette divinité, mais, dans le même esprit, on peut étendre la protection de Faunus à tous les animaux et mettre en place avec nos enfants une activité qui prend pour thème la protection des animaux ; et pourquoi pas la protection du loup justement dont l’espèce est gravement menacée par nos activités humaines ? Dans tous les cas, le thème du loup est exploitable ici. Le thème de la chèvre également. A noter que le sacrifice de celle-ci peut-être transformé en un sacrifice pécuniaire en faveur d’une association s’occupant de la protection des animaux, ou en un don de temps, etc…

Indubitablement, les Lupercales sont une fête de purification et de fertilité à l’occasion du renouveau printanier. Le premier aspect est facile à faire vivre ; on peut se livrer, si on ne la pas déjà fait, à un bon nettoyage de printemps de notre foyer ! La dimension de fête de la fertilité est dans la droite ligne de toutes les célébrations de renouveau du printemps qui interviennent à partir du milieu de l’hiver. La fameuse baguette de Brigit qui touche la nature pour la réveiller me semble dans cet ordre d’idée. Certains appellent d’ailleurs cette baguette la « baguette de Priape », mais, quant à moi, je n’aime pas la dimension obscène que revêt Priape dans le cadre de célébration avec des enfants ; j’estime que cet aspect n’a pas sa place ici, car aucune allusion obscène ne doit venir troubler les enfants dans leur rapport à leur corps et leur apprentissage de leur sexualité. Derrière la question de la fertilité, il y a toujours celle de la sexualité ; il ne s’agit pas de le nier, mais de le vivre de la façon la plus naturelle qui soit, ce que font les enfants qui n’ont pas appris des adultes la honte du corps, ou la peur de celui-ci.

Lupercales

En fait, Faunus m’apparaît davantage comme Cernunnos, ce dieu cornu primordial européen, sauvage, maître des animaux et roi de la forêt. Pour moi, il symbolise une puissance masculine pure et authentique, protectrice, sévère mais jamais malveillante. Je crois que cette fête des Lupercales possède une dimension masculine bien présente dont Faunus incarne les valeurs. Sur ce point, il y a certainement un sens très porteur pour les petits garçons notamment, mais aussi pour les petites filles qui ont besoin également de ces repères masculins positifs.

Alors, pour résumer nos thèmes, nous avons :

– la protection des animaux, notamment du loup et le thème de la chèvre et du bouc. N’oublions pas la possibilité d’intégrer une dimension de sacrifice.

– le nettoyage et la purification du foyer

– célébrer la fertilité, le renouveau du printemps

– célébrer une dimension masculine authentique

 Autant de thèmes dans lesquels nous pouvons puiser pour célébrer autrement le 14 février.

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