Les enfants doués et la pédagogie Waldorf-Steiner

La pédagogie Steiner convient-elle aux enfants doués ?

Ces dernières années, j’ai été conduite à lire de manière exhaustive  à propos des enfants et adultes dits « doués ». La question nous intéresse beaucoup mon mari et moi-même – à titre personnel, étant tous deux dépistés adultes à haut potentiel, mais aussi pour ce qui concerne le potentiel de nos filles. En toile de fond de cette démarche d’investigation se trouvait aussi ma réflexion sur la pédagogie Steiner, son adaptation dans notre famille, ce qui pouvait nous manquer éventuellement, ce qui nous comblait, et ainsi de suite. Sur le vocabulaire utilisé pour qualifier l’enfant doué, vous pouvez notamment consulter cet article avec intérêt.

Au bout de deux années de maturation, je sais désormais ce que je ne veux surtout pas… À savoir axer uniquement notre instruction en famille sur des compétences et des apprentissages purement intellectuels, car c’est malheureusement – me semble-t-il – bien souvent l’axe principal et unique par lequel on aborde et « traite » l’enfant doué. Oui, sa soif d’apprendre est grande ; mais je remarque toutefois qu’elle l’est chez tout enfant dont cette curiosité a été préservée…

Cependant, chez l’enfant qui a des besoins particuliers à ce niveau, cela emprunte une grande intensité de sensibilité, de découverte, d’échanges et de partages… mais la « douance » revêt des traits vraiment différents d’un être à l’autre, bien que l’on retrouve des aspects communs. Il serait très dommageable, par exemple, de considérer uniquement l’enfant doué, comme l’enfant brillant, qui s’adapte et réussit en tout. C’est encore trop souvent le cas dans l’esprit des gens. Or, beaucoup d’enfants doués ne répondent pas à ce « mythe » et sont pourtant des enfants à haut potentiel. (Pour aller plus loin, voir l’article Les six profils d’enfants intellectuellement doués, l’article Quand l’enfant à haut potentiel n’est pas celui qu’on pense et Le paradoxe de l’enfant doué.)

Je me suis beaucoup demandée, à un moment donné, si la pédagogie Steiner était adaptée aux enfants doués. L’une de mes filles est très vive, très intense dans son hyper réactivité ; elle travaille vite et percute rapidement. Combien de fois me suis-je demandée comment harmoniser ses apprentissages et ceux de sa sœur dont le tempérament est à l’exact opposé en ce qu’elle prend totalement son temps pour réaliser son travail, et aime beaucoup économiser ses efforts, mais n’en est pas moins une enfant différente et intense à sa manière…

Je crois que cela a été l’une de mes plus grandes difficultés lorsque j’étais « jeune maman » instruisant ses enfants en famille, sinon LA plus grande difficulté : sortir de mes « grilles de lecture » figées et teintées de mon propre déni de mon haut potentiel pour rencontrer une réalité plus large, plus diverse. L’une d’elle semblait rarement « rassasiée » et lorsqu’elle avait terminé son travail, elle avait à disposition, non seulement son travail manuel en cours, mais aussi un certain nombre de supports pédagogiques choisis. Tandis que sa jumelle saturait très vite et/ou prenait un temps incroyablement long à terminer son travail (genre une heure pour écrire deux phrases), mais ne pensant qu’aux nombreux livres qu’elle voulait dévorer (soit de quatre à quinze livres hebdomadaires ! )…

J’ai lu un certain nombre de témoignages – en anglais ICI ou ICI par exemple, et en français comme ICI – de parents insatisfaits parce que cette pédagogie n’apporterait pas assez à leur enfant sur un plan intellectuel et que ceux-ci seraient « en retard ». Relativement à notre expérience d’instruction en famille et au retour de l’inspection académique, nous ne pouvons adhérer à cette idée, nos enfants étant à minima (et même largement) parfaitement au « niveau » attendu par l’administration de l’éducation nationale qui les inspecte donc chaque année depuis six ans.

De la part de certains parents mécontents, on peut très bien observer que des amalgames sont réalisés entre le fait que l’enfant apprend plus tardivement à lire dans cette pédagogie – entendez par là que l’enseignement de la lecture se fait autour des sept ans de l’enfant – et que ce « retard », d’une part, n’est jamais calculé qu’au regard de ce que la société dominante impose de standards.

Par ailleurs, de nombreux enfants élevés dans la pédagogie Steiner savent lire très bien avant cet âge ; simplement, on ne leur a pas enseigné la lecture… Ils ont appris tout seul et le but n’est pas de les en détourner ; comme dit une pédagogue Steiner que j’apprécie beaucoup, on ne peut pas « changer leur nature » (Marsha Johnson). Il y a, au sein de cette pédagogie, des lecteurs très avancés tout comme des enfants qui vont prendre beaucoup de temps pour développer la lecture. Simplement, encore une fois, on n’enseignera pas la lecture trop tôt selon un standard Waldorf.

enfants doués

Personnellement, et au regard de notre expérience, il ne me gêne aucunement que l’enfant sache lire plus tard ; je crois que le plus important est que l’enfant aille à son rythme et c’est quelque chose qu’on a énormément de mal à lui concéder dans nos sociétés actuelles où tout va très vite et où tout est très normalisé. Dans notre cas, bien qu’ayant constaté très vite et très tôt le potentiel de nos filles, nous n’avons jamais poussé nos enfants à l’apprentissage de la lecture. Nous avons toujours cherché à ce que la demande vienne de chacune d’elles, bien que cette attitude soit contrariée par l’obligation d’instruction aux 6 ans de l’enfant et le contrôle « par niveau » de cette dernière par l’Éducation Nationale.

Les apports de la pédagogie Steiner sont fabuleux pour tous les enfants. A fortiori, ils le sont pour les enfants doués ; c’est l’unique conclusion de mes deux ans d’approfondissement de cette problématique. La pédagogie Waldorf-Steiner respecte éminemment le fonctionnement du cerveau ; sur ce point, vous pouvez lire, ou relire, avec attention l’article sur la pédagogie Steiner et les neurosciences que j’avais traduit il y a quelques temps.

En effet, les enfants doués sont d’une très grande sensibilité et cette pédagogie respecte beaucoup celle-ci : par son approche artistique, par de bons livres bien écrits et respectueux de l’innocence des enfants, avec de belles illustrations, par le lien avec la nature qui est omniprésent, par le fait de ne pas pousser les enfants dans des apprentissages intellectuels « desséchants » tout en cultivant le corps et l’esprit, par l’apprentissage de nombreuses techniques manuelles qui aident l’enfant à s’enraciner et lui permettent de développer des habiletés et dons variés. Ici « desséchant » est relatif à l’idée d’approches alimentant prioritairement le mental, sans plus de lien avec les sens, l’imagination, le corps, la nature, ce qui est contre-productif d’un développement harmonieux du potentiel quel qu’il soit.

Pour les enfants doués, il est encore plus important de leur permettre de développer ses talents artistiques et de conserver une forte connexion avec le monde naturel. C’est là qu’il trouve l’apaisement d’un état souvent anxieux et fébrile, car très intense, très lucide sur les questions de la vie ; cela lui permet de se poser alors qu’il est souvent dans une grande ébullition mentale et que son sommeil s’en trouve souvent affecté, soit au niveau de l’endormissement, soit par des cauchemars.

De récentes études ont montré qu’en particulier dans le cas des enfants doués, il était important de ne pas commencer les apprentissages académiques avant au moins leur 6 ans. (http://www.telegraph.co.uk/education/educationnews/9266592/Bright-children-should-start-school-at-six-says-academic.html)

La pédagogie Steiner va plus loin en lui offrant les moyens de réaliser un développement équilibré : corps/coeur/esprit, ce qui, à mes yeux, manquent dans la plupart des approches concernant l’enfant doué.

Favoriser la créativité, comme le fait la pédagogie Steiner, c’est vraiment respecter l’enfant doué qui va y puiser et y trouver les moyens de se réaliser et de s’épanouir ; lui permettre d’être connecté à sa créativité est un des plus grands cadeaux que nous puissions lui faire.

Entretenir sa connexion à la Terre, grâce aux heures passées dans la nature, soit en jeux libres, soit en découverte, soit aussi en travail approprié de la terre selon son âge, c’est lui apporter de quoi grandir sainement et dans la joie.

enfants doués

Afin de compléter ce propos, je vous réserve pour la fin de semaine la traduction d’un article que j’ai trouvé à l’issue de ces deux ans de maturation. Il corrobore mes propres observations sur les bienfaits de la pédagogie Waldorf-Steiner pour l’enfant doué. C’est un article qui traite de l’enfant doué en école Steiner qui montre la prise en compte actuelle de ces enfants dans la cette pédagogie, avec tous les aménagements susceptibles d’être apportés au sein de la progression pédagogique, dans ces écoles.

Enfin, je précise que mon propos reste ici basé sur notre expérience d’instruction en famille, avec cette pédagogie que j’ai adaptée à notre situation spécifique. L’avantage de l’instruction en famille est de permettre de faire du « sur mesure », pour ses enfants, en ayant une grande liberté pour les prendre en compte dans leurs particularités, telle la douance, par exemple, à une époque où la vulgarisation de la question du haut potentiel permet à de nombreuses méthodes pédagogiques de s’adapter à cette réalité.

Bibliographie succincte et non exhaustive :

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