La valeur des contes de Grimm

« La valeur des contes de Grimm » est un article paru à l’origine en anglais que vous pouvez trouver en téléchargement libre sur le site Waldorf Online Library. (http://www.waldorflibrary.org/articles/1118-the-value-of-grimms-fairy-tales)

Dans les écoles Steiner, ils occupent une place de choix, tout particulièrement durant les Classes 1 et 2.

La saison sombre est propice aux bonnes histoires que l’on se raconte au coin du feu (c’est encore mieux !) C’est le moment de ressortir vos livre de contes et de nourrir votre imaginaire.

Traduction de l’article « La valeur des contes de Grimm

En relatant les contes de fées qu’ils avaient recueillis, les frères Grimm cherchaient la pureté de la narration simple. Ils restèrent au plus près de l’histoire originale, en n’ajoutant rien aux circonstances ou aux traits de caractères. Un des frères dit : « Notre premier soin fut la fidélité à la vérité. Nous nous sommes efforcés de pénétrer dans les forêts sauvages de nos ancêtres, en écoutant leur noble langage, observant leurs pures coutumes, en reconnaissant leur ancienne liberté et leur foi franche ». Leur but était de préserver la sagesse antique qui, à l’époque de leur vie, était encore vivante parmi quelques personnes âgées. L’ère scientifique était en plein essor et beaucoup de gens avaient peu ou pas de compréhension de ces contes « anciens, superstitieux et faux ». Les frères Grimm pensaient différemment, et quand ils écoutèrent Madame Viehmannin, la femme âgée d’un vacher, qui racontait ses histoires avec une grande exactitude et sans variation lors de ses répétitions, ils pénétrèrent dans le monde imaginatif et rêvé d’un enfant et expérimentèrent la force guérisseuse et originale qui est innée dans ces histoires. Ils réalisèrent la valeur éducative de ces histoires, et apprirent à lire entre les lignes.

Heureusement, aujourd’hui, nous avons passé cette période de déclin éducatif des contes de fées, c’est-à-dire quand ils furent bannis des salles de classe et des maisons des intellectuels. Au moins, les contes de fées sont acceptés aujourd’hui comme un moyen de distractions, « un substantiel sous-produit qui a une signification morale ». Ils sont acceptés de nos jours comme une forme simple de la littérature, et donc sont devenus à nouveau une nourriture quotidienne pour de nombreux enfants.

Rudolf Steiner a inspiré les enseignants dans l’utilisation de conte de fées d’une manière beaucoup plus profonde et plus étendue que cela n’avait été fait jusqu’à présent. C’est un fait bien connu que les contes de fées ont leur origine dans la période de l’enfance de l’humanité, à une époque lointaine où les gens vivaient dans un état d’âme naïf proche du rêve, avant le déploiement des capacités intellectuelles. Selon les principes de la loi biogénétique, les enfants passent brièvement à travers les différentes étapes de l’évolution de l’ humanité. les enfants entre les âges de quatre et huit ans correspondent à peu près dans leur développement à cette période de l’enfance de l’humanité dans laquelle les contes de fées tirent leur origine. Un enfant authentique absorbe les contes de fées au cours de cette période de sa vie, avec un empressement semblable à la faim et à l’intensité avec laquelle un bébé absorbe le lait de sa mère.

J’ai été profondément impressionné quand j’entendis parler d’une mère en Angleterre qui, en lien avec son honnête croyance dans la pensée scientifique pure, priva sa petite fille de tous les contes de fées avec le résultat que l’enfant devint gravement malade, en dépit de tous les soins physiques qui lui furent donnés. Et il a été raconté que l’enfant ne récupéra seulement qu’à cause des contes de fées que l’infirmière fut finalement autorisée à lui dire.

Il est intéressant de lire que les frères Grimm conseillèrent aux mères de dire une ou deux histoires à la fois parce que sinon elles seraient nuisibles comme il est dangereux de boire trop de lait à la fois.

Le fait que le contenu des plus célèbres contes de fées se trouvent, sous une forme ou une autre, dans les légendes, les mythologies et le folklore de toutes les nations, semble indiquer qu’ils ont tous la même origine. Qu’ils soient tous venus d’Asie centrale, comme certains auteurs le prétendent, est à mon avis discutable. J’imagine plutôt que les contes de fées sont entrés dans les être en divers endroits de la même manière que, aujourd’hui, diverses personnes peuvent porter le même rêve. Ils sont des images issues de l’imagination lors des étapes successives du développement humain et probablement ont été perçus de façon indépendante dans différents pays. C’est un phénomène assez fréquent dans l’histoire des inventions que la même idée jaillisse en différentes endroits en même temps.

Il est plus facile aujourd’hui pour le scientifique intellectuellement formés de faire une invention technique que pour le poète intellectuellement formé de créer un vrai conte de fées. Beaucoup de soi-disant « contes de fées », écrit dans les temps modernes, ne méritent pas ce nom. Il serait plus approprié de les appeler des histoires fantaisistes. Le nom de « conte de fées » mérite d’être aujourd’hui rétabli dans son ancienne pureté et non d’être considéré comme une appellation pour des choses qui ne sont pas tout à fait vraies.

Les gens font souvent référence à « l’âge d’or de l’ enfance » ou au « paradis de l’enfance », et c’est avec beaucoup de bonheur qu’ils aiment rappeler ces jours épargnés par l’homme. Jouer dans le monde créé par l’enfant est une sorte de rêve, et le rêve est une manifestation de l’union artistique de l’enfant avec le monde autour de lui. Mais, en son temps, l’enfant doit quitter son paradis afin de s’éveiller progressivement à sa propre individualité. Ce processus d’éveil, cette conquête progressive de sa propre personnalité, est peint dans les couleurs les plus vives dans les véritables contes de fées, ce qui est la raison pour laquelle ceux-ci sont tellement aimés par les enfants et leur font une impression profonde et durable. Parce que les contes de fées sont des analogies imaginatives du développement intérieur de l’ humanité dans son ensemble, ainsi que celui de l’enfant en particulier, ils sont la meilleure nourriture spirituelle qu’un enfant peut probablement recevoir pendant la période de transition ou le réveil.

Dans beaucoup de contes de fées de Grimm, nous trouvons un prince et une princesse au centre des événements. Avec une grande variété de moyens, le prince ensorcelé ou la princesse enchantée est finalement libéré. Le mariage ultime représente l’union consciente des deux, le prince – l’ego humain -, et la princesse – l’âme -, après de nombreuses luttes et épreuves.

Dans l’édition originale des contes de Grimm, le premier conte de fées est « Le prince grenouille ». Je me demande si ce choix a été fait exprès ou si il est né par hasard. Il constitue, en effet, une de ces histoires qui se prêtent admirablement à l’ interprétation.

La plupart des contes de fées commencent par « il était une fois » – ce qui signifie que cela peut survenir à tout moment et à n’importe qui -, et beaucoup finissent avec les mots « et si ils ne sont pas morts depuis, ils sont encore en vie ». Qui ? Les personnes ou les événements ? Dans « Le Prince grenouille », il est dit que la plus jeune fille du vieux roi jouait avec une boule d’or dans une forêt au bord d’un puits. Dans les deux premières phrases, une atmosphère de fantaisie onirique est déjà créée, et la plus jeune, la plus belle des princesse (aucune obscurité, aucun mal encore n’a gâté l’âme qui est telle un soleil) joue dans son paradis de l’enfance. Mais un jour, la boule d’or tombe sur le sol et roule dans le puits. Comme dans L’or du Rhin de Richard Wagner, l’or pur et innocent de l’ancienne sagesse disparaît dans l’eau. La grenouille laide prend pitié de la princesse, mais les perles ou les pierres précieuses en guide de récompense ne l’intéressent pas ; elle souhaite participer aux affaires personnelles de la princesse. Celle-ci promet tout ce que la grenouille demande, mais fuit dès qu’elle a récupéré la balle. Quand le jour d’après la grenouille vient au château, la princesse est choquée et effrayée, mais le vieux roi (la conscience éternelle) lui ordonne de remplir sa promesse. Cela permet une forte impulsion de la volonté pour renoncer à son paradis et s’unir avec le froid ego intellectuel. Tout à coup, elle jette la grenouille de toutes ses forces contre le mur, et un beau prince se tient devant elle. Ils se marient et vivent heureux pour toujours.

Le conte de fées « Le loup et les sept biquets » image la curiosité de l’être humain en éveil. Comme les petits enfants qui sautent n’importe où et partout, l’enfant qui grandit sent son environnement, sans plan ni organisation. En dépit de l’avertissement de la sage mère chèvre protectrice, les enfants ouvrent la porte par mensonge et tromperie. Ils perdent leur paradis et expérimente l’obscurité dans l’estomac du loup. Seul le plus petit s’échappe dans l’horloge et est donc sauvé, et est ensuite en mesure de sauver les autres aussi.

Le vaillant petit tailleur fait son apparition dans un certain nombre de contes de Grimm et est sans aucun doute la personnification de l’éveil de l’intelligence intellectuelle. Ces quelques exemples peuvent suffire à faire ressortir comment, dans les contes de fées, la vérité spirituelle et sa relation avec le développement humain sont révélés.

Voir aussi l’importance des contes de fées dans une école Rudolf Steiner par Frederick Hiebel et paru dans Waldorf School, volume 1.

Comme toujours, vous pouvez télécharger cet article au format pdf en cliquant sur l’icône ci-dessous :

contes

En tant qu’enfant, j’ai toujours adoré les traditions populaires de tous les pays dont les contes font partie. En tant qu’adulte, il m’arrive très fréquemment de m’y replonger. Nos filles ont été bercées durant des années par les contes du monde entier ; c’est un patrimoine d’une richesse exceptionnelle dont elles ont pu bénéficier. Alors qu’elles sont bien plus grandes, il n’est pas rare qu’elles ouvrent un des nombreux livres de contes de la maison et qu’elles s’y plongent avec délectation durant quelques heures. Nul doute qu’un jour, lorsqu’elles seront elles-mêmes maman, elles transmettront ce patrimoine à leurs propres enfants.

Et chez vous ? Les contes ont-ils aussi une place de choix ?

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