mélange des âges

Le mélange des âges au Jardin d’Enfants

Voici un article passionnant qui traite du mélange des âges dans les jardins d’enfants Waldorf-Steiner qui, contrairement à nos maternelles françaises classiques, ne séparent pas les enfants par classe d’âge.

Il y a beaucoup d’avantages à faire évoluer les enfants dans un tel contexte. La pédagogie  Steiner a ses raisons, qui vous seront expliquées dans le corps de l’article, pour ceux qui ne les connaissent pas déjà. A celles-ci, j’ajouterai que l’article peut, dès lors, intéresser toutes les familles de fratrie d’âges divers.

Mais, il me semble que l’intérêt de cet article va encore au-delà. Le groupe d’enfants d’âges différent est une situation que nous connaissons bien en général lorsque nous faisons l’instruction en famille. En effet, lors des rencontres « non-sco », comme on les appelle souvent, petits et grands jouent sans aucune vergogne les uns avec les autres, surtout quand les enfants n’ont pas été scolarisés et ne sont donc pas habitués au parcage des enfants par classe d’âge. Il est dans ce cas tout à fait habituel de voir un enfant se lier d’amitié tant avec des plus jeunes qu’avec des plus âgés. C’est le cas chez nos filles qui n’ont aucun soucis à créer de belles amitiés avec des personnes de tous âges. Cet article est donc susceptible d’intéresser également tous les adultes s’occupant de groupe d’enfants lors des sorties non sco.

A l’origine, l’article est paru en anglais, dans la revue Gateways de la WECAN (Waldorf Early Childhood of North America), volume 47, automne-hiver 2004 et est en ligne sur le site Waldorf Online Library en téléchargement libre.

mélange des âges

Les mélanges des âges au jardin d’enfant : les plus âgés et les plus jeunes ensemble, ou pas du tout ?

Au printemps dernier, je participais à une retraite de six personnes se concentrant sur le thème de l’enfant plus âgé dans le jardin d’enfants. De nombreux débats confrontèrent le groupe de travail qui fut invité à examiner les besoins et les défis des enfants de six ans au Jardin d’Enfants. Parmi ceux-ci était la question des groupes d’âge mixtes. Est-ce que cela sert à la fois les plus jeunes (globalement les enfants de trois ans et demi) et les plus âgés (nos enfants de six ans, certains tournant sept avant la fin de l’année scolaire) de nos élèves d’être ensemble dans une classe ? Cette considération pose des défis de protection pour les plus jeunes, la liberté d’expression pour les plus âgés, et des questions pratiques pour l’enseignant sur la façon d’orchestrer chaque jour pour embrasser les besoins de l’ensemble du groupe.

Personnellement, ceci est un sujet intéressant pour moi à méditer. Je n’ai jamais enseigné autrement que dans une salle de classe avec des enfants de trois ans et demi jusqu’à six ans, et j’ai aimé chaque minute. Comme sa propre expérience personnelle tend à créer une base « normale et typique », il est fascinant de voir le large éventail d’opinions autour de cette question, dont chacune a ses mérites. À Denver, les quatre classes de jardins d’enfants, trois à l’école Waldorf Denver et une à l’école Parzival Shield, inscrivent toutes cette tranche d’âge. Une classe a depuis plusieurs années inscrit seulement des enfants de quatre ans et demi à six ans, mais a changé pour un mélange plus large il y a un an. Les enseignants signalent leur grande satisfaction à ce changement et qu’ils continueront avec les enfants plus jeunes rejoignant la communauté de classe.

Alors, quels sont les problèmes qui sous-tendent ces questions ? Avec les tous petits, il y a clairement des préoccupations pratiques ainsi que philosophiques. Au début, les plus jeunes ont besoin d’une plus grande assistance physique.

Travailler sur la façon de fournir ce soutien pratique appelle la créativité, la flexibilité, et même du génie de la part des enseignants. Les six ans ont tendance à être plus « mondains » et peuvent apporter des images et des comportements aux petits qui sont loin de l’idéal que nous souhaitons cultiver avec tous nos élèves. Les parents peuvent se plaindre de la « mauvaise influence » d’un enfant plus âgé dont les jeunes imitent toutes les expériences à l’école. Donc, ici se dresse la question de la protection.

En ce qui concerne les enfants plus âgés, les parents déclarent souvent qu’ils ne veulent pas que leur progéniture soit « tiré en arrière » par la classe qui doit adopter le jeune enfant et ses besoins. Les parents peuvent déclarer : « Je peux voir les enfants plus jeunes apprendre des compétences des plus grands, mais qu’en est-il pour mon enfant plus âgé ? Quel bénéfice les enfants plus âgés peuvent éventuellement recevoir de leurs petits camarades de classe ? Si vous enseignez à tout le groupe, mon enfant ne va-t-il pas s’ennuyer ? » Et un non-dit peut planer sur la question : « Mon enfant ne sera-t-il pas privé du temps et de l’attention de l’enseignant qui sont retenus par les besoins des jeunes enfants ? »

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Chacune des questions ci-dessus – et bien d’autres que nous pourrions énoncer de nos expériences personnelles – sont valides. Face à ces questions, quelles sont les raisons de supporter un groupe d’âge mixte ?

En étudiant les intentions derrière l’éducation Waldorf de la petite enfance, nous trouvons l’image constante du jardin d’enfants comme étant le prolongement du « foyer et de la maison ». Le jardin d’enfants est une étape de transition dans le monde de l’intimité des premières années à la maison avec la mère (que trop peu de nos enfants expérimentent dans notre culture moderne). Dans la maison, les enfants sont tous ensemble, apprenant par imitation comme ils observent comment on prend soin en pratique du ménage et de la famille. Le groupe familial n’a pas de ségrégation des âges. Tout le monde apprend à s’adapter, à donner et à prendre de la vie familiale. Chacun apprend que les besoins personnels seront satisfaits, mais souvent il faut attendre qu’on s’occupe de quelqu’un davantage dans le besoin.

L’éducation Waldorf est née des cendres de la Première Guerre mondiale, apportant avec elle des impulsions pour la création d’un nouveau sens de la communauté. Ainsi, cette image d’un jardin d’enfants familial qui reflète la vraie vie de famille communautaire est, pour moi, très convaincante. Bien qu’il y ait le défi des ajustements pratiques au sein de cette constellation familiale, il y a aussi la possibilité de faire parler la flexibilité des enfants, la tolérance et la générosité les uns envers les autres et les besoins individuels.

Avoir des enfants plus jeunes dans le groupe peut demander de ralentir le rythme de chaque journée et de simplifier nos attentes autour du contenu de chaque matin. Cela peut être un plus pour tout le monde.

Même nos jardins d’enfants peuvent devenir trop frénétiques lorsque nous succombons à l’angoisse d’offrir beaucoup trop pour garder les enfants engagés. Le rythme plus lent et plus régulier nécessité par les petits peut être un baume pour tout le monde.

L’étape que les six ans franchiront en première année fera appel à toutes les compétences sociales que l’environnement du jardin d’enfant peut cultiver. Le regroupement d’âges plus larges peut fournir une base encore plus solide pour créer une communauté de classe au cours des huit prochaines années. Des années plus tard, sur le terrain de jeu de l’école primaire, les enfants de deuxième année connaîtront beaucoup de premières et de troisièmes année, car ils auront eu de longues heures de jeu avec eux au jardin d’enfants.

Au fil des ans, nous avons eu l’occasion d’observer des groupes d’âges mélangés en comparaison avec les jardins d’enfants plus anciens dans notre école. L’impression constante a été que le groupe plus âgé est devenu plus rapidement conscient de soi que leurs camarades du même âge dans les groupes mixtes. Le groupe plus âgé était plus conscient des capacités de chacun ou de leur manque. Une humeur plus compétitive s’est montrée dans le groupe plus âgé. Cela suggère d’avoir à ajuster et à garder à l’esprit les plus jeunes, aussi bien pour les enseignants que les élèves, d’aider les plus âgés à rester plus doux et plus jeunes dans la conscience pendant un peu plus longtemps.

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La question de la protection de nos enfants contre les influences négatives rampantes du monde est extrêmement difficile pour les enseignants et les parents d’aujourd’hui. Humeurs négatives, attitudes et comportements sont imités par les enfants de tous âges, pas seulement les plus âgés. Que les plus petits enfants soient en classe ou non, nous aspirons aux moyens de rediriger et de transformer les images avec lesquelles les enfants sont bombardés. Ce que nous renforçons, intensifions et diluons de tout ce que nous faisons avec les enfants est impératif; et la présence des enfants plus jeunes peut nous aider à rester encore plus vigilants.

Les mouvements, les histoires, les expériences des festivals et les images, le travail acharné, sincère, les activités pratiques, sont tous des antidotes thérapeutiques pour les maux dont tous les enfants souffrent. Les efforts d’éducation des parents deviennent notre véhicule le plus puissant pour soutenir le développement sain des enfants de tous âges.

Trois ans et demi s’est avéré être le plus jeune âge qui fonctionne bien dans nos groupes. Chacune de nos classes a inscrit un plus jeune (trois ans) dans des circonstances exceptionnelles et, chaque fois, cela a confirmé pour nous que l’âge de trois ans et demi marque une étape importante de la maturité affective et sociale. Les stimuli et les attentes sociales de la classe d’âge mixte peuvent être écrasants pour le plus jeune de trois ans.

L’esprit selon lequel « les désirs et besoins de chacun seront satisfaits, mais pas nécessairement tous en même temps », s’est avéré être une bonne devise pour nous guider. Cette devise a bien fonctionné pour consacrer une attention particulière aux enfants les plus jeunes, de l’automne jusqu’à la trêve hivernale, en veillant à ce que chacun trouve un sens sécurisé de sa place dans la classe. Cela a été possible parce que les mois d’automne sont si pleins de préparatifs pour les festivals et de possibilités qu’il est facile d’avoir un large éventail d’activités pour que tous demeurent engagés. Les petits peuvent rester près de l’enseignant s’ils ne jouent pas par ailleurs. Les enfants plus âgés sont généralement familiers avec les activités et sont désireux d’entrer dans les préparatifs du festival avec enthousiasme ; et ils y expérimentent la confiance en eux-mêmes. Après la pause d’hiver, l’accent se déplace vers les enfants plus âgés. Les plus jeunes, désormais, ont un sentiment d’appartenance et de familiarité avec les routines de classe et peuvent faire un pas vers l’indépendance. Le rythme peut s’accélérer un peu, si nécessaire, et des activités plus difficiles peuvent être dirigées vers les grands enfants afin qu’ils prennent l’avant-garde. Faire des choses qui sont grandes et lourdes ou précises et complexes alimente la faim des six ans pour des tâches réelles.

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Dans un groupe d’âge mixte, les petits apportent leur douceur et une admiration, avec des yeux écarquillés, pour la compétence et les réalisations que leurs camarades plus âgés démontrent. Leur présence aide le jardin d’enfants à conserver sa connexion à des situations de véritable foyer familial avec les enfants de tous âges, en offrant la possibilité de développer la patience, la tolérance, la flexibilité et la générosité. Les plus âgés sont subtilement incités à afficher leur meilleur, les plus petits à les observer. Ils peuvent avoir l’expérience d’être plus âgés et plus compétents, voyant leurs réalisations contrastées par rapport aux compétences en développement de leurs camarades plus jeunes.

Une dernière question est de savoir combien d’enfants de chaque âge pourraient être inscrits dans chaque classe. Il y a quelques années, nos jardins d’enfants ont décidé d’essayer d’équilibrer les groupes d’âge, avec un nombre égal de trois ans et demi, de quatre ans, et de cinq et six ans. Cela avait l’air super sur le papier. En réalité, cela s’est avéré complètement impraticable parce que les âges des enfants qui frappaient à notre porte ne correspondaient pas à nos figures mathématiques. Nous devons nous efforcer d’assurer qu’il y a suffisamment de chaque âge afin qu’aucun enfant ne soit isolé socialement. Pourtant, le regroupement des enfants et des familles qui recherchent l’éducation Waldorf chaque année peut nous surprendre. Une expérience de visite au jardin d’enfants de Freya Jaffke il y a plusieurs années m’a donné la confiance et la permission de me libérer de l’attente de la façon dont une classe doit être configurée avec précision. On lui a demandé comment elle équilibrait les âges des enfants de la classe. Sa réponse fut qu’elle ne le faisait pas ; elle prenait tout simplement les enfants comme ils venaient. Si une année la plupart des candidats étaient des enfants plus jeunes, c’était ceux-ci qu’elle inscrivait à sa classe pour se joindre à ceux qui étaient déjà là. Ceci est un guide qui nous a bien servi.

Il n’y a sûrement pas d’unique « bonne » réponse que nous devons attribuer à cette question. Pour moi, l’enseignement dans un jardin d’enfants d’âge mixte était une joie et un plaisir. Les satisfactions d’avoir beaucoup d’enfants pendant trois ans, de profondément construire et cultiver quelque chose avec eux, dépassent de loin les défis et les inconvénients pratiques de recevoir les plus petits. Le sens de la famille dans une plus large diffusion des âges a été enrichissant pour tout le monde. Je ne peux pas imaginer vouloir le faire d’une autre façon.

Nancy Blanning travaille à l’école Waldorf Denver en tant qu’éducateur thérapeutique et de remédiation, et fut un enseignant de jardin d’enfants pendant de nombreuses années.

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Si vous souhaitez télécharger la traduction de cet article, c’est ici :

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