Chanter

L’importance de chanter

Chanter, l’approche de la pédagogie Steiner

Vous le savez, à la maison, nous aimons beaucoup chanter et chacune de nos journées commencent avec le chant. La voix est notre premier instrument de musique ; elle nous apporte joie, entrain, détente et beauté.

Chanter est très utilisé dans la pédagogie Waldorf-Steiner, le matin durant le cercle, mais aussi tout au long de la journée, pour rythmer une activité ou notamment comme transition entre deux activités.

Je vous présente ici un article rédigé par une enseignante Steiner qui est le fruit de son expérience en tant que jardinière d’enfants, mais aussi le fruit de sa recherche personnelle quant au son et ses effets.

L’article a été publié dans la revue Gateways dont je vous ai déjà traduit plusieurs articles et il est librement téléchargeable sur le site Waldorf Online Library.

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L’importance de chanter

Je me suis souvent trouvé impliquée dans une activité de salle de classe en souhaitant que je connaisse une chanson pour chanter tout en broyant le grain, ou en cousant, par exemple, qui rassemblerait les enfants dans la tâche à accomplir. J’improvisais souvent une chanson simple, mais je voulais une ressource où ce type de chansons pouvait être recueillies. Je sentais qu’il devait y avoir d’autres professeurs qui avaient la même pensée, alors j’ai écrit A Day Full Of Song1 comme projet final alors que j’étais en formation au Collège Sunbridge il y a trois ans. C’est un livre de chansons dans l’atmosphère2 de la quinte3 qui concerne le travail au jardin d’enfants et à la maison. Il y a des chansons pour le pelletage, le ratissage, le martelage, le meulage, la cuisson, le lavage, le pliage, et ainsi de suite.

Dans les temps anciens, les gens chantaient beaucoup plus que les gens d’aujourd’hui pour accompagner leur travail. Non seulement cela peut-il aider à passer le temps alors que l’on travaille à la multitude des tâches quotidiennes qui pourraient, si on les laissait, devenir ennuyeuses et ternes, mais je crois qu’il y a aussi d’autres avantages à chanter pendant que nous travaillons. Cela peut certainement aider à apporter plus de joie à toute activité, et cela peut même faciliter les mouvements physiques, à proprement parler, du corps. Se déplacer en rythme en travaillant est plus efficace, et vous pouvez même en faire plus !

Pour les jeunes enfants des classes d’aujourd’hui qui ne voient peut-être pas de vrais travaux de ce genre être faits à la maison, la chanson est un moyen de les rassembler dans l’activité et est un pont vers le mouvement qui est exigé. Par exemple, pendant le jeu libre un jour, plusieurs enfants ont commencé à construire une maison avec de grands blocs. Après un court laps de temps la maison a été renversée et le jeu a commencé à se détériorer. Un enfant est retourné à la pile avec un bâton et a commencé à marteler un bloc après l’autre. J’ai commencé à chanter une chanson tout en étant assise dans mon fauteuil à bascule:

Le charpentier martèle des clous toute la journée

Pour faire une maison qui est robuste et forte …

Les autres enfants furent de nouveau attirés par le jeu et commencèrent à aider le charpentier. Quand j’ai arrêté de chanter, une petite fille m’a dit : « Continue à chanter, on travaille encore ! »

Dans mes classes parents/enfants, je trouve que les chansons de travail peuvent amener doucement les parents à une observation tranquille quand ils commencent à bavarder un peu trop pendant que nous cuisons ou cousons. Il est devenu clair pour moi que le chant ne focalise pas seulement l’attention sur la tâche à accomplir, mais il peut aussi créer la forme et le mouvement, à la fois dans le corps et dans l’espace physique de la salle de classe.

1NDT : Littéralement, « Une journée pleine de chansons ».

2NDT : Rudolf Steiner disait : « L’enfant vit encore, pour l’essentiel, dans des atmosphères de quintes… Si l’on veut s’adresser à l’enfant de façon juste, il faut éveiller sa compréhension de la musique en partant de celle de la quinte » in Rudolf Steiner, L’expérience du son, 1ère conférence », in L’essence de la musique, p. 157, Éditions Anthroposophiques Romandes, traduit par B. Journiac.

3NDT : https://fr.vikidia.org/wiki/Quinte_%28solf%C3%A8ge%29 pour une explication de la quinte.

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Quand j’ai commencé à penser de cette façon, mon centre d’attention s’est élargi et je suis devenue plus intéressée par le son lui-même et par comment il affecte le corps et l’expérience physique de la pièce elle-même. Comment utiliser le son pour créer un espace sain pour les enfants ? Pourrait-il être aussi nuisible que bénéfique ?

J’ai commencé à repenser à quand j’ai commencé à réfléchir à ces questions. Je me suis souvenue avoir marcher dans une rue résidentielle dans le New Jersey en tant que jeune mère. J’avais 22 ans, marchant avec ma fille alors de trois ans. Nous étions en train de profiter d’une journée d’été ensoleillée quand tout à coup, il y eut une exclamation de colère d’une maison de l’autre côté de la rue. J’avais l’impression d’être touchée dans la poitrine par un poing invisible et sombre. Essentiellement, je pense que je le fus. La forme créée par ce son a tourné avec une telle rapidité et une telle force que je l’ai sentie comme un coup solide. C’était un sentiment horrible, que je n’ai jamais oublié. J’ai effectivement ressenti une présence sombre dans le son et j’étais tellement touchée que je m’en souviens encore clairement 26 ans plus tard. L’autre chose qui m’a choqué au sujet de ce son était que je crois qu’il avait été fait par un enfant. Cette expérience a eu un grand impact sur moi. Il a été la preuve physique pour moi que le son a une forme. Tout cela a commencé des années avant de trouver l’éducation Waldorf et d’autres personnes qui s’intéressaient à ce genre de choses.

Plus récemment, je faisais la queue pour passer dans la pièce où un spectacle de marionnettes allait être exécuté dans une école Waldorf. Le hall était plein de monde et assez bruyant. J’étais face à l’avant, attendant que la porte s’ouvre, et plusieurs fois j’ai entendu un enfant derrière moi hurler très fort. J’ai pensé d’abord que l’enfant se comportait simplement mal et me suis dit à moi-même, « Pourquoi les parents ne s’en occupent-ils pas dans la queue ? » Après un cri de plus, je me retournai pour voir une petite enfant d’environ 5 ans, les mains sur les oreilles, avec un regard affligé sur le visage. Sa mère finit par arrêter de bavarder et regarda l’enfant pour lui demander ce qui n’allait pas. La petite répondit : « Le bruit ! » Elle était physiquement bombardée par le bruit de beaucoup de gens qui bavardaient dans le couloir, et c’était douloureux. Je me sentais horrible de n’avoir pas reconnu sa douleur plus tôt, car je savais ce qu’elle ressentait.

C’est ce genre d’expériences qui me signalent un chemin d’exploration. Je crois que le son a une forme et que l’on peut travailler avec ces formes pour équilibrer et guérir l’environnement, le corps et l’âme. Beaucoup d’entre nous ont des enfants dans nos salles de classe aujourd’hui qui ont besoin de sons guérisseurs et qui ont besoin de protection contre le bruit nuisible. Je pense que c’est notre tâche en tant que professeurs Waldorf de la petite enfance de s’efforcer d’apporter un son sain dans nos jardins d’enfants. Cela ne veut pas dire que nous devrions remplir nos salles de classe avec de la musique toute la journée, mais plutôt que nous devrions viser à apporter un son de qualité seulement dans notre environnement.

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Si nous devions voir avec nos yeux physiques les formes créées par la musique dans l’atmosphère de quinte, je crois que nous verrions des formes arrondies et fleuries avec des motifs distincts et harmonieux. Nous créons des formes architecturales tridimensionnelles autour de nous, et nous pouvons prendre conscience de ces formes avec nos sens quand nous commençons à travailler plus étroitement avec elles. C’est pourquoi il est si important que nous chantions des sons purs et sur le ton et le travail de l’atmosphère de la quinte dans nos salles de classe.

Nous construisons un véritable environnement sonore pour que les enfants vivent et jouent – nous devrions y prêter attention ! Inversement, en chantant faux ou en changeant la clef pendant une chanson nous sommes, en fait, en train de créer des formes faibles et incohérentes autour des enfants et dans la pièce. De la même manière qu’il est important d’entourer les enfants d’un environnement ordonné et beau, il est tout aussi important de les entourer d’un environnement sonore ordonné et beau. Rudolf Steiner a déclaré : « La bonne introduction dans l’élément musical est fondamentale pour l’être humain afin de surmonter tous les obstacles qui empêchent un développement sonore et courageux de la volonté dans la vie plus tard ». C’est pourquoi il est si important pour les enseignants de travailler sur notre chant.

Tous les professeurs ne sont pas des chanteurs naturels, mais il est de notre devoir, en tant qu’éducateurs Waldorf, de travailler avec l’intention de chanter aussi clairement et le plus fidèlement possible. C’est une tâche importante pour certains, et j’applaudis les efforts de ceux qui reconnaissent que le chant peut être un de leurs défauts et qui travaillent à améliorer leurs capacités. Ça peut être fait. Dans ma formation, il y avait plusieurs professeurs pour qui le chant était un défi et qui ont pris sur eux-mêmes de travailler sur leur chant en dehors de l’école avec l’aide d’un professeur de voix, et leurs améliorations ont été étonnantes. Je crois que tout le monde peut chanter et que le chant commence par l’écoute. Entraîner notre oreille pour entendre les tons correctement est le début afin de pouvoir les reproduire. De même que nous incorporons les tonalités douces et silencieuses de la lyre pour aider les enfants à apprendre à écouter et à entendre des sons purs, il faut faire de même : apprendre à écouter avec cette même oreille, qui transforme le ton présent dans l’air dans notre être intérieur.

Nous pouvons commencer à travailler avec le son dans nos propres salles de classe dans l’intention de créer un espace qui est sain et guérisseur. C’est comme donner aux enfants un bain, les baigner dans la chaleur et la douceur des tons purs tous les jours pendant qu’ils sont à l’école. En leur donnant le don d’une voix humaine chantant de la musique dans des tons purs et doux, cela peut avoir un effet curatif sur les enfants, et à son tour ceci affectera le monde entier.

Karen Lonsky travaille au jardin d’enfant Waldorf depuis près de 23 ans. Elle a une fille de 29 ans et attend son premier petit-fils en février. Elle et son mari Joe sont également des musiciens professionnels qui ont un groupe de neuf morceaux rhythm-and-blues. Son livre A day full of songs, sera disponible auprès de WECAN en novembre 2009.

Pour télécharger cet article en français, c’est ici :

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