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La pédagogie Steiner lors des contrôles de l’Éducation Nationale

Il arrive régulièrement que l’on me demande comment se sont passés tous les contrôles pédagogiques que nous avons eus pour l’instruction en famille de nos deux filles alors que nous pratiquons majoritairement une pédagogie alternative, à savoir la pédagogie Steiner.

Depuis quelques années, le nombre d’enfants instruits en famille augmente, ainsi que le recours aux pédagogies alternatives, pour beaucoup encore peu connues ; tel est le cas des pédagogies Mason, ou Reggio, ou, dans une certaine mesure, de la pédagogie Steiner.

Qui plus est, dans le cas de cette dernière, la chasse aux sorcières menée en France durant plusieurs années contre des mouvements marginaux a conduit à ce qu’elle subisse certaines attaques. Par conséquent, certains appréhendent de dire qu’ils pratiquent la pédagogie Steiner. Mais, pourtant, nous ne commettons aucun crime, loin de là, en utilisant cette pédagogie qui a fait l’objet de reproches injustifiés. Bien que je ne sois ni anthroposophe ni entièrement d’accord avec tout ce qu’il a écrit – comme je l’ai déjà exprimé sur ce site -, j’estime que Rudolf Steiner était un homme de bien et un génie ; l’oeuvre qu’il a accomplie pour et avec les enfants est gigantesque et merveilleuse. De ce fait, rien ne vient justifier une mise à l’écart de cette pédagogie.

Je comprends donc vraiment cette peur, pour avoir eu, de surcroît, à la dépasser. Les premiers contrôles sont toujours un peu intimidants, mais il est important d’inscrire cet événement dans une dimension d’évolution : vous évoluerez au fur et à mesure de votre pratique de l’instruction en famille, y compris dans vos rapports avec l’Administration de l’Éducation Nationale.

De plus, comme vous pratiquez une pédagogie alternative, il est important que vous soyez pédagogue avec vos interlocuteurs, que vous leur expliquiez en toute franchise les fondements de celle-ci, et que vous acceptiez un regard extérieur peut-être pas forcément convaincu au premier abord. Néanmoins, j’ai toujours constaté une écoute respectueuse chez tous nos interlocuteurs ; certains mêmes étaient en demande afin de mieux nous comprendre.

 

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A ce jour, nous avons eu cinq contrôles pour le niveau primaire, et deux pour le niveau secondaire. Nous en sommes donc à notre septième contrôle, et quand je me tourne vers le passé, je peux savourer le chemin parcouru.

D’emblée, en un mot, nos contrôles ont toujours été extrêmement positifs.

Les cinq contrôles du primaire ont été réalisés avec quasiment la même équipe pédagogique : un inspecteur et deux conseillers pédagogiques (seul un de ces derniers a changé, car le prédécesseur était parti à la retraite) qui venaient à la maison. Les contrôles du secondaire sont jusqu’à maintenant opérés par deux inspecteurs qui nous reçoivent dans des locaux de l’Éducation Nationale et nous avons le plaisir de retrouver depuis deux ans un des deux inspecteurs.

Nous avons toujours basé nos contrôles sur une exigence de respect réciproque et de dialogue. Le respect réciproque est une base humaine incontournable, pour nous comme pour les fonctionnaires de l’Éducation Nationale. Le dialogue est le seul moyen d’échange possible et envisageable en société, entre êtres humains. C’est l’éducation humaniste que nous avons toujours voulu apporter à nos enfants, en étant des modèles pour eux à ce niveau.

Nous n’avons jamais diabolisé l’Éducation Nationale devant nos filles. Il est courant de voir que certaines professions sont diabolisées ; cela peut être n’importe quelle profession à un moment donné tellement ce genre d’attitude est basé sur une grande subjectivité : psychologues, inspecteurs de certaines administrations les moins aimées, etc. Mais, au fond, nous ne sommes jamais que des êtres humains qui se font face et les ponts sont possibles. Dès lors, nous diaboliser réciproquement n’est pas l’attitude qui nous permet de construire des situations enrichissantes pour tous.

Bien sûr, il y a des inspecteurs plus rigides et autoritaires que d’autres, mais si vous perdez vos moyens face à eux – en ayant peur, ou en vous mettant en colère et en tapant du poing sur la table, ou toute autre comportement qui ne trahira que votre faiblesse intérieure -, alors vous ne permettez pas qu’une évolution se fasse chez tous les protagonistes.

Avez-vous déjà remarqué qu’avec la même personne, des situations différentes en découleront selon les interlocuteurs ? Je connais une personne, tout à fait charmante, qui connaît l’inspecteur du primaire que nous recevions ; cette personne n’était pas du tout en situation de famille IEF mais avait affaire à lui pour son travail. Vous savez quoi ? Elle ne l’aimait pas du tout et le trouvait imbuvable. Nous, nous avons eu des rapports extrêmement cordiaux et riches avec lui… C’est votre attitude intérieure qui sème les graines du dialogue. En être conscient, c’est avoir déjà fait la moitié du chemin. Sur ce point, les comportements de groupe que j’ai pu parfois observer dans les milieux de l’instruction en famille ne sont pas aidants. Vous êtes un être profondément créateur, unique, et par là-même vous êtes en mesure de créer des relations différentes de celles créées par Chloé, Nicolas ou Pierrick…

 

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Grâce à cet état d’esprit, tous les contrôles que nous avons eus ont été effectivement une rencontre humaine renforcée par un dialogue riche et respectueux, qui ne faisait pas l’impasse de ce que nous avions à dire.

Un véritable dialogue ne peut qu’être sincère et authentique, et, pour cela, il faut dire les choses, y compris les points négatifs, délicats, équivoques, etc. mais cela implique, dès lors, de le faire de manière constructive, en laissant toujours la place à l’Autre.

Tous les inspecteurs à qui nous avons eu affaire ont été renseignés dès notre première rencontre sur notre utilisation de la pédagogie Steiner comme support principal de notre instruction en famille.

Tous nous ont signifié que, pour eux, le plus important était de constater que les enfants reçoivent bien une instruction, et pas de discriminer certaines pédagogies. Lors de notre tout dernier contrôle, ils nous ont même expliqué qu’ils étaient ouverts à en savoir plus.

Concrètement, nous n’avons donc jamais eu à subir de critiques négatives ou, pire, de discrimination, parce que nous utilisons une pédagogie alternative.

La pédagogie Steiner possède plusieurs points forts qui ne peuvent être qu’appréciés par l’Éducation Nationale :

  • L’éducation y est en grande partie formelle (ce qui n’exclue pas que l’informel y a aussi une place importante et que cet aspect est aussi pris en compte par les inspecteurs) ; les enfants ont des cahiers où sont consignés tout ce qui est fait lors des leçons. Certes, nos cahiers sont vraiment différents, car ils ne sont pas lignés et les enfants tracent eux-même une ligne, à main levée, pour guider leur apprentissage de l’écriture… mais cela n’a jamais été l’objet de critique lors de nos propres contrôles.

  • Il existe une progression Steiner pour toutes les classes. On peut donc s’y référer facilement en tant que parent instructeur, mais aussi dans nos échanges avec l’administration pour argumenter que tel point sera étudié plus tard, ou a déjà été étudié. Une progression construite fait toujours bonne impression, car rien n’est laissé dans le vague, et surtout pas l’instruction des enfants.

  • Il y a un grand équilibre qui se dégage entre les dimensions intellectuelle, physique et artistique et manuelle déployées par un enseignement basé sur la pédagogie Steiner. Cette harmonie est très perceptible, rassure et convainc nos interlocuteurs de l’Éducation Nationale.

  • La pédagogie Steiner n’est pas un dogme en dépit de la façon dont certaines familles pourraient la pratiquer. Elle est ouverte sur le monde, sur les êtres, sur l’humain, les cultures différentes, et résolument tournée sur la paix, etc. Montrer cette ouverture est un point en votre faveur.

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La majeure partie des familles IEF qui utilisent la pédagogie Steiner n’ont que des rapports positifs avec l’Éducation Nationale. Certaines ont eu parfois affaire à des inspecteurs plus raides et plus autoritaires et des premiers contrôles ont pu parfois être difficiles. Mais ces familles ont su faire évoluer les contrôles grâce au dialogue et à la persévérance, et pour le bien-être de leur famille et des autres de leur secteur. C’est une attitude pleine de respect et de richesses.

Qui plus est, l’administration de l’Éducation Nationale, du fait de l’ampleur que prend l’instruction en famille, est amenée à mettre des personnes de dialogues en relation avec les familles IEF. Profitons donc de cette énergie !

Concrètement, notre dernier contrôle, il y a peu, a consisté en deux heures d’entretien le matin avec deux inspecteurs du secondaire et nous quatre.

Ils nous ont dit très vite que pour eux, il était évident que les filles recevaient une instruction de qualité et ont été très valorisants de nos filles, de comment elles s’expriment, de ce qu’elles créent…

Si l’on divise le temps en trois, nous avons passé un tiers du temps à répondre à leurs questions sur notre façon de faire, notamment au niveau des langues. J’ai apprécié les conseils qu’ils m’ont renvoyés et je les intégrerai d’autant plus volontiers à la classe 8 qu’ils peuvent vraiment rejoindre la pédagogie Steiner (toujours l’idée des ponts qui permettent de créer des échanges)…

Durant un autre tiers, ils ont eu beaucoup envie d’avoir l’avis des filles sur tout un tas de chose. Comme il était évident pour eux que l’instruction des filles est de qualité, ils nous ont dit en profiter pour poser des questions plus « personnelles » sur comment elles vivent certaines choses, ce qu’elles développent comme compétences en situation, ce qu’elles transposent de leur instruction dans les situations de la vie courante, etc…

Dernier tiers, ils ont été enthousiasmés de pouvoir parler avec nous, parents, de ce qui nous motive dans l’instruction en famille, de ce qui sous-tend aussi notre démarche, à un niveau plus philosophique. Ils nous ont dit avoir rarement l’occasion de pouvoir en parler avec les parents ; ils profitaient du fait que, là, c’était possible notamment parce qu’ayant deux filles jumelles, ils passent 2 heures avec nous, mais aussi parce qu’ils ont clairement observé que l’IEF, chez nous, est efficiente au niveau de la préparation et du déroulement de l’instruction et qu’ils constatent que c’est très réfléchi, pensé, dans notre famille. Il y avait donc de leur part un intérêt manifeste pour notre pratique de l’instruction en famille ; nul doute que cet intérêt nourrira leur réflexion et la pratique de leur propre mission.

C’était donc un échange des plus agréables et vécus sur un pied d’égalité. C’est très positif pour nous, au point que ce n’est même plus vécu comme une obligation, mais comme une rencontre très ouverte et agréable, où l’on est autant pris au sérieux que nous les prenons eux aussi au sérieux.

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