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L’implication dans le monde

Comment s’implique-t-on dans le monde ?

La pédagogie Steiner est de celle qui postule pour l’enfant un développement afin qu’il se réalise en mettant son potentiel au service de la société, afin qu’il s’engage dans le monde. Il y a un équilibre subtil et intelligent qui consiste à nourrir l’enfant sur les plans du coeur, du corps et de l’esprit, mais aussi en tant qu’être qui n’est pas indépendant de l’environnement dans lequel il vit et aura naturellement envie de s’investir.

Un des buts du programme Steiner est expressément de développer une compréhension sociale basée sur la sensibilité envers les autres. A chaque âge, il prévoit l’opportunité de développer des compétences sociales.

Ce d’autant plus que nous sommes à une époque où les moyens de communication électroniques augmentent de façon exponentielle, l’incapacité à communiquer clairement ou à éprouver de l’empathie pour les autres semblent en augmentation elles aussi. La pédagogie Steiner met en avant que les enfants ont besoin d’avoir développé de réelles compétences de communication avant d’être exposés aux médias.

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Le besoin de l’enfant d’être actif est canalisé dans le jeu créatif, puis transformé en une habilitation à travailler fondée sur la reconnaissance des besoins du monde et sa capacité à y répondre.

Durant de longues années, l’enfant instruit dans la pédagogie Steiner apprend à transformer les matériaux de base ; il apprend aussi que cela a un impact sur le monde naturel. C’est un des moyens qu’elle met en œuvre pour développer les compétences sociales de l’enfant.

Il est intéressant de noter que cela peut s’observer y compris dans le cadre d’une instruction en famille avec la pédagogie Steiner.

Nos filles ont toujours fait beaucoup de travail manuel, comme vous le savez, et nous avons toujours favorisé leur créativité. Ce qui est passionnant à observer, c’est que même le travail manuel mène à des compétences sociales.

 

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Depuis plusieurs années, elles sont inscrites dans un Cercle Celtique où elles apprennent la danse bretonne. Mais cette activité va au-delà du simple fait de danser. Chaque année, de très nombreux festivals sont organisés en Bretagne ; dans la majorité d’entre eux, vous y trouverez un cercle (ensemble de danseurs de « 7 à 99 ans ») qui présentera des danses et/ou un bagad (ensemble de musiciens) qui jouera pour vous les airs traditionnels bretons et celtes. Derrière ce « folklore » (comme certains se plaisent encore à le dire en utilisant l’acception péjorative du terme), il y a des milliers d’heures de travail, et d’un travail collectif, faisant appel à de nombreuses compétences, pour donner de la beauté et des frissons dans le dos à tous ceux qui viennent les voir.

Bien sûr, il y a la danse à la base ; mais, cela dit, par « danse bretonne », on désigne en fait des dizaines de danses différentes à maîtriser, des pas, des rythmes, etc. C’est tout un apprentissage du corps, du rythme et de la mesure, ainsi que de l’harmonie avec les autres, pour les enfants qui viennent apprendre au cercle. Cela demande des années d’investissement ; même les adultes qui, pour beaucoup, dansent depuis enfant, s’entraînent longuement.

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Certains enfants se mettent même en parallèle à la pratique d’un instrument accompagnant traditionnellement les cercles : bombardes, biniou (coz ou vras), accordéon diatonique, violon, etc. Et voilà l’enfant parti pour d’autres nombreuses heures d’apprentissage. Un exemple parmi d’autre : la maman d’un enfant jouant de la cornemuse (biniou vras) me disait combien elle avait pu voir que l’entraînement et les compétions en solo avaient apporté à son fils : une confiance en lui dans ses rapports avec les autres, y compris à l’école.

Derrière ces magnifiques représentations que nous offrent ces enfants et les adultes qui les entraînent, il y a, dans l’ombre, les heures incalculables passées à créer les costumes par les couturières et les bénévoles du cercle.

 

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Depuis quelques années, mes filles et moi apprenons la broderie bretonne au sein du cercle celtique où elles dansent. L’an dernier, les filles ont brodé leur premier costume breton ; à onze ans, elles sont devenues les plus jeunes brodeuses du cercle. Devant leur habileté, les adultes leur ont fait confiance et leur ont confié cette tâche. Cette année, elles ont continué sur leur lancée : deux costumes ado ont été terminés et, avec l’une d’elles, nous avons contribué à broder des costumes adultes.

Le point fort des cercles celtiques, c’est cela aussi : mettre en valeur les enfants en leur permettant de prendre des responsabilité.

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Certains enfants, que nous retrouvons d’années en année, jouent merveilleusement et deviendront de grands musiciens. Ils ont déjà à coeur de faire danser les gens et de faire vibrer leur coeur. Tous nous offrent leurs plus beaux sourires, leur charmant minois : les cercles sont remplis de petits coeurs, des petits bouts de choux en béguin ou en choupen (gilet) et bragou braz (culottes bouffantes traditionnelles des hommes). Ils touchent le coeur des adultes qui les regardent défiler et danser pour eux. Les adolescents nous émeuvent par leur grâce totalement rehaussée par l’extrême dignité du costume breton ; ils sont tous beaux et merveilleux. Et les adultes nous montrent leur perfection et leur grand désir de continuer de faire vivre une culture millénaire en donnant autant de temps et d’efforts pour offrir toute cette beauté.

Cette année, nous sommes allées écouter Pascal Jaouen, ce brodeur de génie, en partie originaire de notre ville, qui a brodé dans le même cercle que nous et venait nous rendre visite. Nous avons pu observer certaines de ses magnifiques créations. Sa PME emploie dix personnes ; ses cours de broderie sont fameux dans le monde entier et des écoles s’ouvrent partout. Ses collections de haute couture connaissent un grand succès et arborent fièrement pour la plupart le savoir-faire des anciens paysans-brodeurs bretons…

Alors ? Ringard, le travail manuel ? Inutile ?

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