Conte pour Imbolc : le conte de Cailleach, Bride et Angus

Voici un conte pour Imbolc. C’est un conte traditionnel que j’ai traduit pour vous permettre de célébrer cette belle fête en famille, dans l’esprit de la pédagogie Waldorf-Steiner.

Imbolc est un des quatre grands festivals de l’année celte. Il commémore les premiers frémissements du printemps, après un hiver long, froid et obscur, encore présent. Ces tous premiers signes du printemps, alors que règnent encore le gel et la nuit, sont généralement associés à la sortie de terre des premières fleurs : crocus et perce-neige pour l’essentiel.

Les premiers Celtes appelaient ce festival « Imbolc » ou « Oimelc », deux noms qui se réfèrent à la lactation des brebis, le lait étant ainsi assimilé à cette époque à la force de vie qui revient après l’hiver. On imagine peut-être assez mal combien cet apport de lait était important pour eux à une époque où seule la capacité à cultiver et les bonnes récoltes assuraient de ne pas manquer de nourriture lors de la saison obscure… De cette époque, nous avons gardé le lait, ou, pour le moins sa symbolique, comme élément de cette célébration. De par cet axe, Imbolc marque également le début de l’année agricole.

De très nombreuses histoires font intervenir la déesse Brigit lors du festival d’Imbolc. Elle est la déesse principalement honorée lors de cette fête. Brigit a été tellement aimée et révérée que le christianisme n’a pu l’occulter ; Sainte Brigitte en est devenue la digne héritière. En Bretagne, on la nomme Berc’hed. Beaucoup de sites dispensent largement ces informations et je vous invite à faire quelques recherches si vous voulez de plus amples renseignements.

Dans le conte que j’ai traduit et que je mets ci-dessous en téléchargement, Brigit apparaît sous le nom de Bride et est aux prises avec la Cailleach. Cette dernière est elle aussi une grande figure du panthéon celte : sorcière à la peau bleue, Vieille femme, Elle est également l’hiver. Lors d’Imbolc, Elle laisse sa place à Brigit/Bride la Jeune, étroitement associée au feu du printemps. C’est ce que retrace ce conte qui fait, en outre, intervenir Angus, le jeune Soleil.

conte pour Imbolc

Vous pouvez lire ma traduction ci-dessous ou la télécharger en cliquant sur le lien ci-après :

Le conte de Cailleach Beira, Bride et Angus

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Le conte de Cailleach Beira, Bride et Angus

Durant tout le long hiver, la vieille Cailleach Beira retenait captive une belle et jeune princesse nommée Bride. Elle était jalouse de la beauté de Bride et lui donnait des vêtements usés et en lambeaux ; elle l’obligeait aussi à travailler avec ses serviteurs dans la cuisine de son château situé en montagne, où la jeune fille devait effectuer les tâches les plus viles. Cailleach Beira grondait sans cesse, trouvait à redire de tout ce qu’elle avait fait, et la vie de la malheureuse jeune fille était très malheureuse.

Un jour Cailleach Beira donna à la princesse une toison brune et lui dit : « Tu devras laver cette toison dans le ruisseau jusqu’à ce qu’elle soit d’un blanc pur ! »

Bride prit la toison et sortit du château ; elle se mit à la laver dans un bassin en-dessous d’une cascade. Toute la journée, elle travailla dur, mais en vain. Elle trouvait impossible d‘enlever la couleur brune de la laine.

Le soir venu, Cailleach Beira gronda la jeune fille, et lui dit: « Tu es vraiment inutile. La toison est aussi brune que lorsque je te l’ai donnée ».

Bride répondit : « Toute la journée, je l’ai lavée dans le bassin en-dessous de la cascade de Red Rock ».

« Demain, tu devras la laver de nouveau », déclara Cailleach Beira ; « et si elle n’est pas blanche, tu devras recommencer le lavage le lendemain, et tous les jours qui suivent. Maintenant, va-t-en ! Et fais ce que je te dis. »

Cétait une époque douloureuse pour Bride. Jour après jour, elle lava la toison, et il lui semblait que même si elle lavait jusqu’à la fin du monde, la laine brune ne deviendrait jamais blanche.

Un matin, alors qu’elle venait avec sa lessive, un vieil homme à la barbe grise sapprocha. Il avait de la peine pour la princesse, qui pleurait des larmes amères sur son travail, et lui parla, en disant : « Qui êtes-vous, et pourquoi êtes-vous si douloureuse ? »

La princesse répondit : « Mon nom est Bride. Je suis la captive de la reine Cailleach Beira, et elle m’a ordonné de laver cette toison brune jusqu’à ce qu’elle soit blanche. Hélas, cela ne peut pas être fait ! »

« Je suis désolé pour vous, », dit le vieil homme.

« Qui êtes-vous et d’où venez-vous ? », demanda Bride.

« Mon nom est Père Hiver, », dit le vieil homme. « Donnez-moi la toison, et je la blanchirais pour vous. »

Bride donna à Père Hiver la toison brune, et quand il l’eut secouée trois fois, elle était blanche comme la neige.

Le cœur de Bride fut immédiatement rempli de joie, et elle sécria : « Cher Père hiver, vous êtes très gentil. Vous mavez sauvé de beaucoup de travail et enlevé ma douleur »

Père Hiver rendit d’une main la toison à la princesse Bride, qui la prit. Puis il dit : « Prenez aussi ce que je tiens dans mon autre main. » Comme il lui parlait, il lui tendit un bouquet de perce-neige d’un blanc pur. Les yeux de Bride brillaient de joie de les voir.

Alors le Père Hiver lui dit : « Si Cailleach Beira vous gronde, donnez-lui ces fleurs, et si elle demande où vous les avez trouvées, dites-lui qu’elles viennent des vertes et bruissantes sapinières. Dites-lui aussi que le cresson est naissant sur les rives du ruisseaux, et que l’herbe nouvelle a commencé à pousser dans les champs. »

Ayant ainsi parlé, le Père Hiver fit ses adieux à la princesse et se détourna.

Bride revint au château dans la montagne et posa la toison blanche aux pieds de Cailleach Beira. Mais la vieille reine la regarda à peine. Son regard était fixé sur les perce-neiges que Bride portait.

« Où as-tu trouvé ces fleurs ? », demanda Cailleach Beira soudain en colère.

Bride lui répondit que : « Les perce-neige sortent maintenant de plus en plus dans les vertes et bruissantes sapinières, le cresson est naissant sur les rives des cours d’eau, et la nouvelle herbe commence à pousser dans les champs. »

« Mauvaises sont les nouvelles que tu m’apportes ! », cria Cailleach Beira. « Vas-t’en hors de ma vue ! »

Bride se détourna, mais pas dans la douleur cette fois-ci. Une nouvelle joie était entrée dans son cœur, car elle savait que la dure saison d’hiver allait passer, et que le règne de la reine Cailleach Beira viendrait bientôt à sa fin.

Pendant ce temps Cailleach Beira convoqua huit sorcières qui la servaient, et leur parla ainsi : « Chevauchez au nord et chevauchez vers le sud, chevauchez vers l’est et chevauchez à l’ouest, et je vais chevaucher en avant également. Frappez le monde avec le gel et la tempête, afin qu’aucune fleur ne puisse fleurir et qu’aucun brin d’herbe survive. Je suis en guerre contre toute croissance. »

Quand elle eut ainsi parlé, les huit sorcières montèrent sur le dos de chèvres hirsutes et revinrent en arrière pour faire leurs adieux. Cailleach Beira sortit aussi, tenant dans sa main droite son marteau magique noir. Dans la nuit du même jour, une grande tempête déchaîna l’océan et apporta la terreur à tous les coins de la terre.

La raison pour laquelle Cailleach Beira gardait Bride prisonnière était parce que son beau et très cher fils, dont le nom était Angus le Toujours Jeune, étaient tombé amoureux d’elle. Il était appelé « le toujours jeune » parce que l’âge n’avait aucune prise sur lui, et durant tout l’hiver il vécu sur l’Île Verte de l’Ouest, qui est également appelée « la terre de la jeunesse. »

La première fois, Angus vit Bride dans un rêve, et quand il se réveilla, il alla parler au roi de l’Île Verte, lui racontant : « La nuit dernière, j’ai fait un rêve et vit une belle princesse que jaime. Les larmes coulaient de ses yeux, et je parlais à un vieil homme qui se tenait près d’elle. Alors, je lui dit : « Pourquoi cette jeune fille pleure-t-elle. Le vieil homme me répondit : « Elle pleure parce qu’elle est maintenue en captivité par Cailleach Beira, qui la traite avec une grande cruauté. » Je regardais de nouveau la princesse et dit ensuite : « Je voudrais bien la libérer ». Puis je me suis réveillé. Dites-moi, ô roi, qui est cette princesse, et où dois-je la trouver ? »

Le roi de l’Île Verte répondit à Angus, en disant : « La belle princesse que vous avez vue est Bride, et quand vous serez roi de l’été, elle sera votre reine. De ceci, votre mère, la reine Cailleach Beira a pleinement connaissance. Et cest son désir de vous éloigner de Bride, de sorte que son propre règne puisse être prolongé. Restez ici, Ô Angus, jusqu’à ce que les fleurs d’été fleurissent et que l’herbe commence à croître, et ensuite vous partirez libérer la belle princesse Bride ».

Angus lui dit alors : « Je voudrais bien déjà partir à sa recherche. »

« Le mois du loup (Février) est venu », dit le roi. « Et incertain est le tempérament du loup ».

Angus dit ensuite : « Je vais jeter un sort sur la mer et un sort sur la terre, et emprunter pour Février trois jours au mois d’Août. »

Il fit comme il avait dit qu’il ferait : il emprunta trois jours à Août, et l’océan pacifique dormait, alors que le soleil brillait sur la montagne et la vallée. Puis Angus monta son cheval blanc et chevaucha vers l’est jusqu’à l’Écosse au-delà des îles et du Minch, et il atteignit les Grampians quand l’aube se levait. Il était vêtu de vêtements brillants comme l’or, et de ses épaules pendait sa robe royale de pourpre que le vent soulevait et étalait en travers de la splendeur brillante du ciel.

Un barde âgé regardait vers l’est, et quand il vit le beau Angus il leva sa harpe et chanta une chanson de bienvenue, et les oiseaux de la forêt chantèrent avec lui. Et voici ce qu’il chanta :

Angus le Jeune et aimable est venu

Le dieu aux yeux bleus et aux cheveux d’or

Le dieu qui apporte au monde

Ce matin la promesse du printemps;

Qui fait que les oiseaux chantent maintenant

Il réveille la violette,

Ou la douce primevère sur la pente raide,

Alors que les bourgeons sont dans un sommeil profond,

Que les neiges blanches enveloppent les collines sereines,

Le vert vif du mélèze brille

À travers les bois bruns et nus. Tous hèlent

Angus, et puisse sa volonté prévaloir. . .

Il vient. . . il va. . . . Et loin, et largement.

Il recherche la Princesse Bride.

De haut en bas, Angus traversa le pays, mais il ne pu trouver Bride où qu’elle fut. La belle princesse le vit dans un rêve, cependant, et elle savait qu’il avait envie de la libérer. Quand elle se réveilla, elle versa des larmes de joie, et où ses larmes tombaient surgirent des violettes, et elles étaient bleues comme ses beaux yeux.

Cailleach Beira était en colère quand elle su quAngus était à la recherche de Bride et le troisième soir de sa visite, elle souleva une grande tempête qui le ramena à l’Île Verte. Mais il revint encore et encore, et enfin il découvrit le château dans lequel la princesse était gardée prisonnière.

Puis vint un jour où Angus rencontra Bride dans une forêt près du château. Les violettes étaient en fleurs et de douces primevères jaunes s’ouvraient, émerveillées en contemplant le prince et la princesse. Quand ils parlèrent l’un à l’autre, les oiseaux élevèrent leurs tendres chants et le soleil brillait, blond et lumineux.

Angus lui dit : « Belle princesse, je te vit dans un rêve pleurant des larmes de tristesse. »

Alors Bride déclara : « Puissant prince, je vous vit dans un rêve chevauchant à travers les vallons tout en beauté et en puissance. »

Angus s’exclama : « Je suis venu pour vous sauver de la reine Cailleach Beira, qui vous a gardée tout l’hiver en captivité. »

Bride affirma : « Pour moi, cest un jour de grande joie ! »

Et Angus lui répondit : « Ce sera un jour de grande joie pour toute l’humanité après cela. »

Cest pourquoi le premier jour du printemps – le jour où Angus trouva la princesse – est appelé « Jour de Bride ».

À travers la forêt vint une belle société de dames fées, qui saluèrent Bride comme une reine et souhaitèrent la bienvenue à Angus. Puis la reine des fées agita sa baguette, et Bride fut transformée. Aussi rapidement que le soleil jaillit de derrière un nuage sombre, répandant toute sa beauté, si promptement, Bride afficha une nouvelle splendeur. Au lieu de haillons, elle portait alors une robe blanche ornée de paillettes d’argent brillant. Sur son cœur brillait un cristal en forme d’étoile, pur comme ses pensées et lumineux comme la joie quAngus lui amenait. Ce petit bijou est appelé « étoile-guide de Bride ». Ses cheveux brun doré, qui pendait à sa taille en boucles brillantes furent ornés de jolies fleurs du printemps – des perce-neige et des marguerites et des primevères et des violettes. Bleus étaient ses yeux, et son visage avait la roseur et la blancheur de la rose sauvage d’une beauté incomparable et d’une tendre grâce. Dans sa main droite, elle portait une baguette blanche enlacée de tiges de maïs d’or, et dans sa main gauche une corne d’or qui est appelée la « corne d’abondance ».

La fauvette était le premier oiseau de la forêt qui salua Bride dans sa beauté, et la reine des fées déclara :

« Après cela, vous serez toujours appelés les « oiseaux de Bride ». » Sur le bord de mer, le premier oiseau qui gazouillait de joie était l’huîtrier, et la reine des fées lui dit : « Après cela, vous serez appelés les « Pages de Bride ». »

Puis la reine des fées conduisit Angus et Bride sous le toit vert de son palais souterrain au milieu de la forêt. Comme ils marchaient en avant, ils parvinrent à une rivière qui était recouverte de glace. Bride mis ses doigts sur la glace, et la Sorcière de Glace hurla et senfuit.

Une grande fête eu lieu dans le palais de la reine des fées ; c’était la fête de mariage de Bride et Angus. Les fées dansèrent et chantèrent avec joie, et tout le monde se déplaça pour danser et chanter avec eux. Cest ainsi que le premier « Festival de Bride » naquit.

« Le printemps est arrivé », s’écrièrent les bergers ; et ils conduisirent leurs troupeaux sur les landes, où ils étaient comptés et bénis.

« Le printemps est arrivé ! », croassait le corbeau, et il vola au loin pour trouver de la mousse pour son nid. Le corbeau freux entendit et suivit, et le canard sauvage passa au milieu des roseaux, en criant : « Le printemps est arrivé ! »

Bride sortit du palais des fées avec Angus et agita la main, tandis quAngus répétait des paroles magiques. Ainsi, plus grande fut la croissance de l’herbe, et tout le monde salua Angus et Bride comme roi et reine. Bien qu’ils étaient discrets, leur présence se faisait sentir partout dans toute l’Écosse.

Cailleach Beira fut irritée quand elle su qu’Angus avait trouvé Bride. Elle saisit son marteau magique et frappa le sol sans cesse jusqu’à ce qu’il fut à nouveau gelé et dur comme le fer – si dur qu’aucune herbe ou brin d’herbe ne pouvaient continuer à vivre sur sa surface. Terrible était sa colère quand elle vit l’herbe qui poussait. Elle savait bien que lorsque l’herbe se mettrait à pousser et qu’Angus et Bride se marieraient, son autorité allait mourir. C’était son désir de garder son trône aussi longtemps que possible.

« Bride est marié, Salut à toi Bride ! », chantaient les oiseaux.

« Angus est marié, Salut à toi », chantaient-ils aussi.

Cailleach Beira entendit les chants des oiseaux, et appela les sorcières qui la servaient : « Chevauchez au nord et au sud, chevauchez à l’est et à l’ouest, et menez la guerre contre Angus. Je vais venir moi aussi ».

Ses serviteurs montèrent leurs chèvres hirsutes et chevauchèrent pour exécuter ses ordres. Cailleach Beira monta un cheval noir et se mit à la poursuite d’Angus. Elle chevaucha vite et impitoyablement. Des nuages noirs balayèrent le ciel comme elle montait son cheval, jusqu’à ce qu’enfin elle arriva dans la forêt dans laquelle la reine des fées avait sa demeure. Toutes les fées avaient fui de terreur dans leurs tertres verts et les portes étaient fermées.

Angus leva les yeux et vit Cailleach Beira s’approcher. Il bondit sur le dos de son cheval blanc, et mit sa jeune épouse en selle devant lui pour s’enfuir avec elle.

Angus chevaucha vers l’ouest sur les collines et les vallées, le long de la mer, et Cailleach Beira le poursuivait.

Il y a un ravin rocheux sur l’île de Tiree et le coursier noir de Cailleach Beira sauta à travers lui tout en poursuivant le cheval blanc d’Angus. Les sabots du cheval noir faisaient des entailles sur les rochers. Depuis ce jour, le ravin s’appelle « Le saut du cheval ».

Angus s’échappa vers l’Île Verte de l’Ouest, et il y passa des jours heureux avec la jeune Bride. Mais il avait envie de retourner en Écosse et d’y régner comme roi de l’été. Encore et encore, il traversa la mer; et chaque fois qu’il atteignait la terre des vallons, le soleil éclatait de luminosité et les oiseaux chantaient gaiement pour l’accueillir.

Cailleach Beira soulevait tempête après tempête pour le chasser. D’abord, elle appela le vent nommé « Le Sifflet », qui souffle de manière haute et aiguë, et ramène des pluies de grêlons rapides et froids. Cela dura trois jours, et il y avait beaucoup de chagrin et d’amertume dans toute l’Écosse. Les moutons et les agneaux étaient tués dans les landes, des chevaux et des vaches périssaient également.

Angus senfuit, mais il revint bientôt. Le prochain vent que Cailleach Beira souleva afin de prolonger son règne d’hiver était le « Vent au bec aiguisé » qui est appelé « Gobag ». Il dura neuf jours, et tout le pays fut percé par lui, car il picorait dans tous les coins et recoins comme un oiseau à bec pointu.

Angus s’en revint et la Cailleach Beira souleva le vent tourbillonnant qui s’appelle « Le Balayeur ». Ses rafales tourbillonnantes arrachaient des branches des arbres en bourgeons et les fleurs aux couleurs vives de leurs tiges. Tout le temps qu’il soufflait, Cailleach Beira tint en battant le sol avec son marteau magique de manière à empêcher l’herbe de pousser. Mais ses efforts furent vains. Le printemps sourit en beauté tout autour, et à chaque fois qu’elle se détourna, fatiguée par ses efforts, le soleil jaillissait dans toute sa splendeur. Les petites primevères modestes ouvrirent leurs pétales au soleil, en regardant en avant les recoins confortables que le vent appelé « Le Balayeur » avait été incapable d’atteindre. Angus s’enfuit, mais il revint bientôt à nouveau.

Cailleach Beira n’était pas encore, cependant, tout à fait désespérée. Ses efforts avaient apporté une catastrophe pour l’humanité, et les « Semaines de maigreur » étaient venues. La nourriture était devenue rare. Les pêcheurs ne pouvaient plus s’aventurer en mer à cause des tempêtes de Cailleach Beira, et ne pouvaient trouver aucun poisson. Dans la nuit, Cailleach Beira et ses sorcières entrèrent dans les logements des gens, et leur dérobèrent leurs réserves de nourriture. C’était, en effet, un moment bien douloureux.

Angus fut ému de compassion pour les hommes, les femmes et les enfants, et essaya de lutter contre les sorcières de Cailleach Beira. Mais la farouche reine éleva les « Tempêtes de la plainte » afin de l’éloigner, et elles firent rage dans la fureur jusqu’à la première semaine de Mars. Chevaux et bovins mourraient par manque de nourriture, parce que les vents violents abattaient des piles de fourrage et les dispersaient sur les lacs et l’océan.

Angus, cependant, mena une lutte acharnée contre les sorcières, et enfin il les chassa vers le nord, où elles fumèrent de dépit et de fureur.

Cailleach Beira était grandement alarmée, et elle fit un dernier grand effort pour dompter les Pouvoirs du printemps. Elle agita son marteau magique, et frappa les nuages avec lui. Droit vers le Nord, elle chevaucha son cheval noir, et rassembla ses serviteur ; elles les harangua en disant : « Chevauchez vers le sud avec moi, vous tous, et disperser nos ennemis devant nous ».

Vers le nord sombre, ils chevauchaient telle une meute. Avec eux venait la Grande Tempête Noire. Il semblait alors que l’hiver était revenu en force et demeurerait à jamais. Mais même Cailleach Beira et ses sorcières devaient prendre du repos. Lors d’une soirée sombre elles s’accroupirent ensemble sur le flanc d’une montagne nue, et, alors, un calme tomba soudain sur la terre et la mer.

« Ha ! Ha ! », riait le canard sauvage qui détestait la sorcière. « Ha ! Ha ! Je suis encore en vie, et mes six canetons aussi ».

« Aie patience ! Bavard au repos », répondit la vieille sorcière. « Je ne suis pas encore finie ».

Cette nuit-là, elle emprunta les trois jours de l’hiver qui n’avaient pas été utilisés, car Angus avait déjà emprunté pour l’hiver trois jours au mois d’Août. Les trois esprits des jours empruntés étaient des esprits de tempête, et vinrent vers Cailleach Beira montés sur des porcs noirs. Elle leur parla ainsi : « Longtemps vous avez été liés ! Maintenant, je vous libère ! »

L’un après l’autre, sur chacun des trois jours qui suivirent, les esprits sen allèrent, à cheval sur les porcs noirs. Ils apportèrent de la neige et de la grêle, ainsi que de violentes explosions de vent. La neige blanchit les landes et remplit les sillons des labours, des rivières en crue augmentèrent, et les grands arbres furent brisés et déracinés. Le canard fut tué, tout comme ses six canetons ; les ovins et les bovins périrent, et de nombreux êtres humains furent tués sur la terre et se noyèrent en mer. Les jours où ces choses se sont produites sont appelés les « Jours des Trois Porcs ».

Le règne de Cailleach Beira tirait pourtant à sa fin. Elle se trouvait incapable de combattre plus longtemps contre le pouvoir de la vie nouvelle qui augmentait et poussait dans toutes les veines de la terre. La faiblesse de l’extrême vieillesse se glissa en elle, et elle désira une fois de plus boire les eaux du Puits de la Jeunesse. Lorsque, un beau matin de mars, elle vit Angus par-delà les collines sur son cheval blanc, elle envoya ses féroces sorcières devant lui, et elle senfuit de désespoir. Aussi, elle alla jeter son marteau magique sous un houx, et cest la raison pour laquelle l’herbe ne pousse pas au pied des houx.

Le coursier noir de Cailleach Beira est allé vers le nord avec elle. Comme il bondit sur le Loch Etive, il laissa les marques de ses sabots sur le flanc d’une montagne rocheuse, et l’endroit est nommé depuis ce jour « Fer à cheval ». Elle ne brida pas sa monture jusqu’à ce qu’elle atteigne l’île de Skye, où elle trouva le repos sur le sommet de Ben-e-Caillich à Broadford. Elle était là, assise, regardant fermement la mer, en attendant que le jour et la nuit soient d’égale longueur. Durant tout ce jour d’équilibre, elle pleura des larmes de tristesse pour son pouvoir perdu, et quand la nuit fut venue elle alla à l’ouest sur la mer pour se rendre à l’Île Verte. À l’aube de la journée qui suivit, elle bu les eaux magiques du Puits de la Jeunesse.

En ce jour qui était de longueur égale avec la nuit, Angus vint en Écosse avec Bride, et ils furent salués comme roi et reine des êtres invisibles. Ils chevauchèrent du sud au nord le matin avant midi, et du nord au sud, dans l’après-midi et le soir. Un vent doux allait avec eux, soufflant vers le nord de l’aube jusqu’à midi, et vers le sud à partir de midi jusqu’au coucher du soleil.

Ce fut ce jour-là que Bride plongea ses belles mains blanches dans les rivières et les lochs élevés qui conservaient encore de la glace. Quand elle l’eut fait, la Sorcière de Glace tomba dans un profond sommeil dont elle ne pouvait pas s’éveiller jusqu’à ce que l’été et l’automne soient passés.

L’herbe grandit rapidement quand Angus commença à régner comme roi. Les graines furent semées, et les gens prièrent Bride de leur accorder une bonne récolte. Bientôt tout le pays fut embelli par les fleurs de printemps de toutes les couleurs.

Angus avait une harpe d’or aux cordes d’argent, et, quand il en jouait, les jeunes hommes et les jeunes filles suivaient le son de la musique à travers les bois. Les bardes chantaient ses louanges et racontèrent qu’il embrassait les amoureux, et que, quand ils se séparaient l’un de l’autre pour retourner dans leurs foyers, les baisers devenaient des oiseaux invisibles qui planaient autour de leur tête et chantaient les chansons douces de l’amour, ou murmuraient de chers souvenirs. C’est ainsi qu’un barde chanta à son propos :

Lorsque doucement souffla le vent du sud sur la mer,

Les pépiements d’espoir printanier et la fierté de l’été s’élevèrent,

Et le dur règne de Cailleach Beira cessa d’être,

Angus le Toujours Jeune,

Le beau dieu de l’amour, aux cheveux d’or,

Les yeux bleus mystérieux,

Brillaient comme l’étoile du matin, haute parmi

Les étoiles qui faisaient reculer la peur

Quand l’aube proclama le triomphe qu’il partageait

Avec Bride, l’incomparable jeune fille.

Puis les vents de violettes douces s’élevèrent et soupirèrent,

Aucune conquête n’est comparable

Aux joies transcendantes de l’amour qui ne se fane jamais.

Dans l’ancien temps, quand il n’y avait pas de calendrier en Écosse, les personnes nommaient les différentes périodes de l’hiver et du printemps, de tempête et de calme, comme il a été fait ci-dessus. L’histoire de la lutte entre Angus et Cailleach Beira est l’histoire de la lutte entre le printemps et l’hiver, la croissance et la décroissance, la lumière et les ténèbres, et la chaleur et le froid.

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Enseigner à nos enfants à lire, écrire et épeler, partie 2, traduction de Monique Tedeschi est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.
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- Monique

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