Voilà longtemps que je souhaitais écrire sur l’enfant hypersensible.

Voilà longtemps aussi que les mots demeuraient coincés en moi, parce que trop de souffrances étaient encore attachées à cet aspect de ma vie.

Le travail intérieur que j’ai pu mener depuis que j’ai été reconnue adulte Asperger en janvier 2014 par un Centre de Ressource Autismes (CRA) m’a permis de faire un grand bout de chemin et de libérer mes émotions, mon histoire et ma vérité, puis, conséquemment, ma parole.

Du plus loin que je me souvienne, on m’a toujours décrite comme « trop » quelque chose, et très souvent comme « trop sensible ». Ce n’était donc pas une qualité, mais une malédiction tant cela nuisait à ma vie sociale et à une construction intérieure vivante et joyeuse. Je vivais beaucoup de rejet du fait que cette hypersensibilité était mal acceptée.

Je me vivais littéralement comme une sorte de monstre n’ayant de place nulle part, sauf peut-être dans une solitude à la fois bénie et, par moment, trop lourde à porter.

L’image que j’avais de moi-même était donc extrêmement dévalorisée et très négative. L’enfer n’était pas ailleurs qu’au fond de moi-même. Chaque expérience relationnelle négative, chaque épreuve, renforçaient en moi le sentiment d’être en quelque sorte une erreur de la vie.

C’est un drame que beaucoup d’hypersensibles de ma génération, et de celles d’avant, ont traversé depuis leur enfance. L’hypersensibilité tend à être prise de plus en plus en compte depuis plusieurs années et c’est avec beaucoup de contentement que je vois passer les articles et livres qui ont dernièrement été publiés à ce propos.1

Aucun enfant ne devrait endurer l’enfer que beaucoup d’hypersensibles traversent et qui pourrait être évité en prenant davantage en compte les différences individuelles grâce à une éducation respectueuse de tous.

Un cas me préoccupe encore, même avec les avancées de ces dernières années : c’est le cas lorsque l’enfant hypersensible est un garçon ; le sexisme dont sont encore marquées les éducations traditionnelles font que le garçon se doit de réprimer et de refouler ce qui pourrait le faire passer « pour une fille ». Des fois je me dis que la situation est encore pire pour les petits garçons. J’ai plusieurs amies qui ont des garçons très fins, très sensibles, portant des cheveux très longs, et quand j’entends ce à quoi ils doivent faire face, je réalise que le chemin est encore long vers un véritable respect de l’enfant et notamment des garçons. Il y a certainement des liens à faire avec le fait que les garçons sont les plus fragiles face aux écrans et en sont bien plus dépendants que les fillettes.

Il est vrai que c’est difficile d’être à l’écoute de chaque être, de chaque enfant, mais nous changerions tellement de choses si nous parvenions ne serait-ce qu’à élargir les limites de notre écoute.

Le portrait que je dresse ci-après peut sembler généraliste, mais il n’est constitué que de certains traits les plus communs qu’un enfant hypersensible risque de développer dans un contexte où il est peu, voire pas du tout respecté ; chaque enfant, chaque personne est très différente, il en est de même chez les hypersensibles.

Depuis que j’ai été diagnostiquée Asperger, j’ai été contactée en privé un nombre de fois incalculable afin de discuter de mon parcours. La totalité des personnes avec qui j’ai discutées était d’une grande sensibilité, mais vivait cette hypersensibilité comme une anomalie. En fait, l’hypersensibilité est une force immense, une richesse incommensurable.

1Parmi ceux-ci : Saverio Tomasella, « Hypersensibles – Trop sensibles pour être heureux », Eyrolles, Collection Les chemins de l’Inconscient, 2013. Elaine N. Aron, « Ces gens qui ont peur d’avoir peur – Mieux comprendre l’hypersensibilité », Éditions de l’Homme, 2013.

Je vous invite aussi à visiter mon tableau Pinterest destiné au syndrome d’Asperger, à l’hypersensibilité et au fonctionnement à Haut potentiel : https://fr.pinterest.com/loarzour/asperger-hypersensible-haut-potentiel/ Vous y trouverez de nombreux articles à lire.

Qui est l'enfant hypersensible ?

Quelques traits peuvent vous aider à discerner non seulement votre propre hypersensibilité, mais aussi celle des enfants qui vous entourent. Peu importe qu’ils soient vos enfants ou des enfants issus d’autres familles ; ils ont besoin que les adultes s’éveillent à leur nature (hyper)sensible et si au moins un adulte peut les prendre en compte tels qu’ils sont, vous constituerez à n’en point douter un îlot de compréhension et d’amour authentique dans leur vie ; vous serez peut-être l’unique jalon leur permettant de s’accrocher à la vie.

L’enfant empathique

L’enfant hypersensible est un enfant extrêmement empathique ; il ressent avec une grande acuité tout ce qui se passe autour de lui et cela comporte d’énormes conséquences pour lui.

On dit souvent que les enfants sont de « grosses éponges » qui sont totalement réceptifs à ce qui se passe dans leur environnement. Ils n’ont encore aucun, ou peu, de mécanismes de défense à l’égard de ce qui peut les agresser.

Imaginez ce qu’un enfant hypersensible peut, dès lors, ressentir ; décuplez cette sensation en imagination.

L’enfant empathique ressent toutes les émotions qui traversent son environnement avec une intensité terrible :

Ainsi, la colère ravage sa sécurité intérieure ; son petit monde s’écroule régulièrement, l’empêchant alors de se forger une confiance en la vie qui lui est pourtant nécessaire. Il grandit, terrifié et anxieux.

Il prend pour lui la déception des adultes qui s’occupent de lui. Dès lors, il intègre un schémas extrêmement pernicieux : le sentiment de culpabilité.

Il ressent fortement la tristesse des adultes qui l’entourent ; ils voudraient de tout son coeur les soulager. Si vous ne pouvez poser de mots sur votre tristesse dans la relation avec cet enfant, il intègre alors qu’il en est responsable, puis coupable. Il intègre à la longue que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue, qu’elle est triste et morbide.

Ce ne sont que trois exemples, mais il en est ainsi de toutes les émotions qui sont déversées dans son environnement de petit enfant. L’enfant hypersensible est sensible à toutes les humeurs.

Bientôt, comme sa force de vie ne peut être totalement anéantie, il mettra en place lui aussi des mécanismes de défense afin de survivre : déni de sa sensibilité et de ses propres émotions, déni de la réalité dans laquelle il est plongé et qui l’agresse, comportements transgressifs, sur-excitabilité, fuite, dépression (on oublie trop souvent qu’elle est aussi un mécanisme de défense)..

Dans tous les cas, le drame est déjà en lui, et crée son infernale spirale.

Le défenseur des animaux et de tous les opprimés

L’enfant hypersensible est un « écorché vif », une autre appellation très connotée que bon nombre d’enfants, et plus tard d’adultes ex-enfant hypersensibles, ont entendu durant leur vie.

Il prend systématiquement partie pour les plus faibles, les plus éprouvés par les circonstances ; il est de toutes les causes humanistes, car son empathie le rend totalement réceptif à la souffrance d’autrui. Son bon cœur n’est pas une utopie ; au fond de lui, il souhaite que tout le monde soit heureux. Petit à petit il apprendra à avoir honte d’être ainsi, et se cachera pour que personne ne voit à quel point il est ému. Il se durcira par trop d’humiliations et de rejets de sa véritable nature.

Il ne peut s’empêcher de materner tout le monde et, finalement, d’être au service de tout le monde. Il prend une place de responsabilité qui l’empêche de se protéger lui-même ; les adultes autour de lui sont incapables, en tout ou partie, de lui assurer cette protection et de lui permettre de vivre une véritable enfance.

Parmi les êtres qui le touchent énormément, il y a les animaux ; il ne supporte absolument pas que l’on fasse du mal aux animaux et bien souvent, si il vit dans un environnement où il est respecté, il sera végétarien, de la manière la plus naturelle qui soit : les animaux sont des amis, des membres de la famille et l’on ne mange pas ses amis ou les membres de sa famille… Il demeure un enfant très proche de la nature et n’a aucun mal à percevoir la terre comme une Mère ; un jour, il sera aussi de tous les combats pour la protéger, à moins qu’il se soit totalement éloigné de lui-même, déclinant son droit à exister tel qu’il est, à être aimé et respecté pour ce qu’il est.

Un immense sentiment de révolte accompagne souvent la vie d’un hypersensible et ce sentiment grandit au fur et à mesure qu’il prend des années. Il est d’autant plus révolté qu’il n’a pu trouver à s’exprimer sans être rembarré, moqué et jugé négativement…

Les sens décuplés

L’enfant hypersensible a des sens décuplés. Chez certains enfants, un ou plusieurs sens sont exacerbés : l’ouïe très souvent, ou l’odorat, mais aussi la vue, le toucher, ou le goût…

Notre époque malmène terriblement l’ouïe des enfants hypersensibles ; nos vies sont trop bruyantes, les sons ne sont pas forcément de bonne qualité, ou authentiques comme les sons d’un instrument de musique… Les télés hurlent dans la plupart des foyers (le lien entre comportement violent et télévision est par ailleurs attesté1), le volume sonore des bandes son des films est affreusement élevé par rapport aux dialogues, les spots publicitaires nous matraquent dans la plupart des magasins et si par malchance il y a une télé dans la maison, l’enfant hypersensible la subi également… Tout cela fait monter de plusieurs généreux crans le degré de nervosité d’un enfant hypersensible… si tant est que celui-ci soit aussi un enfant à haut potentiel et vous voilà avec une jolie « bombe à retardement ».

Beaucoup d’enfants hypersensibles sont très réceptifs à la musique classique, mais, malheureusement, nous vivons à une époque où les enfants se font moqués lorsqu’ils n’écoutent pas les derniers tubes à la mode, y compris parmi les plus jeunes. Beaucoup d’entre eux seraient aussi totalement enclins à pratiquer un instrument, mais n’osent pas pour les mêmes raisons… Alors que la musique est un véritable bienfait pour les enfants hypersensibles.

L’odorat est aussi un sens qui peut être extrêmement sensible. La plupart des lessives constituent une agression olfactive majeure pour les enfants hypersensibles, tout comme les parfums (bons marchés ou chers, l’enfant hypersensible n’y fera aucune distinction si celui-ci n’est pas porté à dose infinitésimale), mais aussi les odeurs corporelles, les odeurs liées à la pollution, les odeurs de certains plats, de certains ingrédients, jusqu’à en avoir la nausée et des haut-le-cœur, etc.

Être touché peut s’avérer très anxiogène pour un enfant hypersensible : cela peut être à cause du manque de douceur et de délicatesse avec lequel il est touché, ou simplement parce qu’il est touché alors qu’il n’en a pas envie, voire pire, à cause de la violence éducative ordinaire et de la maltraitance ; les études sur certaines maladies, comme la fibromyalgie notamment, ont montré le lien entre la douleur et les nerfs. Les hypersensibles sont souvent très sensibles à la douleur. Mais la gêne qu’il ressent fortement peut aussi être à cause des textures qui couvrent son corps. Je me souviens encore avec beaucoup d’acuité des tissus de certains vêtements que j’ai été obligée de porter : ils me grattaient, ou me piquaient ; leur bruit quand on les touchait m’était insupportable ; les coutures me gênaient et me faisaient mal… Quand il s’est avéré que mes filles ne supportaient pas leurs chaussettes à cause des coutures, on a cherché des solutions pour qu’elles ne soient pas obligées de subir cela, mais cela m’a demandé de travailler sur des décennies de déni de ma propre sensibilité… Je suis profondément reconnaissante à mes deux filles de m’avoir permis de faire tout ce chemin vers moi grâce à leur propre sensibilité.

Parmi l’exacerbation des sens, on oublie trop souvent celle du goût. Cela paraît assez cohérent au regard de la grande expansion de l’alimentation industrielle : celle-ci a un goût extrêmement générique et la plupart des enfants nourris avec n’ont pas un palais affiné. Ils peinent à reconnaître de nombreuses saveurs. Chez les enfants nourris par une alimentation naturelle et transformée, de manière plus ou moins étendue, dans leur foyer, le goût est bien plus développé. Chez certains, il est extrêmement sensible au point de poser des problèmes pour s’alimenter. Une de mes filles a un palais tellement sensible qu’elle ne peut ingérer certaines textures d’aliments, et, si il arrive que l’odeur aussi la dégoûte, s’en est terminé… Elle mange très sainement, mais sa gamme de nourriture est étroite. Elle repère le moindre petit changement dans la préparation du repas.. Un autre aspect est constitué de l’excitabilité accrue produite par certains aliments : sucre, chocolat, caféine et théine… Les enfants et les adultes hypersensibles y réagissent très vite.

La faim est souvent insupportable à vivre pour les enfants hypersensibles et il leur faut de nombreuses années pour apprendre à apprivoiser cette sensation on ne peut plus désagréable. Quand mes filles étaient petites, j’avais toujours sur moi de quoi leur donner à manger, car pour l’une d’entre elle, dès ses premières heures de sa vie passée sur terre, la sensation de faim était insupportable et la mettait dans tous ses états.

On oublie aussi très souvent les agressions visuelles dont les enfants en général, et les enfants hypersensibles en particulier, peuvent être témoins ; cela va des couleurs criardes et crues, aux illustrations dénuées de charme, crues elles aussi, en passant par les scènes violentes ou « simplement » des scènes concernant la vie des adultes qui ne rencontrent absolument pas l’étape de développement dans laquelle est l’enfant, qu’il s’agisse de films ou de livres ; mais aussi les vêtements conçus comme des affiches publicitaires au bénéfice uniquement des firmes commerciales, mais certainement pas de nos enfants… le matraquage constant des publicités, les lumières aveuglantes : chez moi, je n’allume pas certaines lumières, car je les sens comme un soleil assourdissant au-dessus de ma tête et ça me fait mal… Il faut du temps et du travail sur soi pour désapprendre que vous n’êtes pas un phénomène de cirque, un monstre à cinq pattes, mais simplement un être hypersensible…

Les enfants hypersensibles peuvent aussi être touchés dans leur sens de la beauté, ou de la justice, leur sens de la vérité et du respect, etc. Les moqueries les blessent et les dévalorisent beaucoup ; l’humour des autres peut vite devenir une éponge métallique sur leur peau… le racisme les déroute totalement, car la haine des autres le touche au plus haut point ; les souffrances infligées aux animaux lui donnent des décharges électriques dans le corps ; les exclusions de toutes sortes, basées sur le rejet de la différence, lui font mal car il ne les comprends pas : elles n’ont pas de sens. Et ainsi de suite, la question du sens étant à entrées multiples.2

La question du haut potentiel

Comme je le soulignais plus haut, si en plus l’enfant est un enfant à haut potentiel, son hypersensibilité est avérée, car il n’y a pas d’enfant à haut potentiel sans hypersensibilité.

De ce fait, non seulement vous devrez prendre en compte le grand potentiel de votre enfant (et sur ce point, je vous renvoie notamment aux deux articles de Chant des Fées déjà parus sur ce thème3), mais aussi son hypersensibilité.

Parfois, c’est d’ailleurs l’hypersensibilité qui conduit les parents démunis face à certaines réactions de leur(s) enfant(s) à le faire tester, ce qui les conduit à le redécouvrir sous un jour différent, et parfois aussi leur propre enfance. Ils sont alors en mesure de faire le chemin qui, d’une part, les sépare de leur propre enfant, mais aussi, d’autre part, qui les sépare d’une propre partie d’eux-même. Derrière les difficulté se cache un jardin merveilleux de guérison, de réhabilitation, de joie et d’unification avec soi-même !

L’enfant hypersensible a une vie intérieure très riche qu’il n’a pas forcément de facilité à montrer par ailleurs, car il est aussi souvent très timide. Cela va ajouter de la complexité à ce que ressent l’enfant ; un panel d’émotions, de sensations, de réflexions très larges, très variées, qui peuvent le déstabiliser, l’envahir et lui demander un retrait vers des zones plus calmes, moins suscitées par les événements extérieurs.

Les enfants différents (Asperger, etc.)

C’est le même cas que précédemment. Parfois, les traits Asperger ou autistiques se confondent avec certaines expressions des enfants à haut potentiel ; la frontière est parfois extrêmement ténue entre un autisme tel que l’Asperger et le haut potentiel. Pour autant, ce n’est pas pareil non plus4.

On a souvent mis en avant le manque d’empathie des enfants Asperger et autistes (ce qui m’a un temps insurgé!) ; ces enfants seraient complètement désintéressés à ce qui se passe autour d’eux. En fait – je remercie vivement les dernières études publiés par les chercheurs sur cette question et merci aux autistes qui peuvent en témoigner -, c’est l’inverse : ils ressentent tellement qu’ils sont intérieurement submergés et ont besoin de se confiner5… C’est mon cas. Par moment, je suis totalement incapable de mettre des mots sur ce que je ressens car il y a un trop-plein douloureux en moi ; il me faudra plus ou moins de temps au calme pour que d’une part et en tout premier lieu, le sentiment de panique qui me submergeait s’éloigne, et d’autre part, pour que je puisse mettre des mots sur ce que j’ai vécu. En attendant, je peux paraître froide et dénuée d’empathie…6

Je connais très mal le domaine des divers « dys », mais pour connaître beaucoup de personnes « dys », je n’ai aucun doute à propos de leur hypersensibilité ; beaucoup, d’ailleurs, sont aussi des personnes à haut potentiel. Simplement, par déontologie personnelle, je n’irais pas plus loin n’ayant pas investigué cet espace pourtant très riche ; je ne peux et ne veux pas me permettre d’en dire plus, bien qu’étant persuadée qu’il y aurait énormément à dire.

1Cerveau & Psycho, Juin-Août 2004, p. 12.

2Je vous recommande un excellent et passionnant article « Et si nos 5 sens n’en faisaient qu’un… » par Eva Zadeh, dans le Science et vie d’octobre 2019.

6Je vous invite aussi à lire ce papier d’Alexandra du blog Les tribulations d’un petit zèbre : http://les-tribulations-dune-aspergirl.com/2013/11/28/syndrome-dasperger-idees-recues-sur-labsence-dempathie-la-violence/

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La question des angoisses

Les conséquences du déni, souvent inconscient et involontaire, que les adultes font subir aux enfants hypersensibles, ce sont majoritairement la dépression récurrente et les comportements anxieux, ainsi qu’une perception extrêmement dévalorisée de soi-même.

La perception effrayante de la vie

Chaque être vient au monde avec un potentiel, une personnalité, et j’ajouterais aussi une mission à réaliser. L’hypersensibilité dont certains enfants sont dotés fait partie des « outils » dont ces enfants disposent pour se réaliser et contribuer au monde qui les entoure.

Si cette hypersensibilité est déniée et refoulée, l’enfant ne peut tout simplement pas contacter son potentiel et le réaliser ; il ne peut être heureux.

A la place, il va se forger progressivement une vision sombre de la vie. Dans les milieux familiaux les plus sclérosants et les plus destructeurs, l’enfant connaîtra des épisodes dépressifs, récurrents, et de plus en plus profonds ; mais, et c’est là où c’est encore plus vicieux, même ceux-ci devront être refoulés, car déniés. L’enfant s’enfermera alors dans une spirale infernale, côtoiera l’alcool et les drogues en tous genres de plus en plus tôt ; à l’adolescence, il sera déjà profondément à côté de son être, en difficulté de contacter sa source de vie à l’intérieur de lui-même, et il sera dangereusement révolté par tout ce qu’il a vécu et tout ce qu’il voit au quotidien. Le faux self1 qu’il aura installé ne lui permettra que de répondre aux attentes supposées de la société, mais pas aux siennes. Il ne s’en sortira qu’au prix d’une volonté et d’une détermination inouïes.

Le drame qui se joue en lui est encore trop ignoré.

Bien sûr, et heureusement, de nombreuses familles ne sont pas aussi dommageables pour les enfants hypersensibles, à la différence du climat social et scolaire dans lequel ces enfants baignent généralement.

L’enfant capte les angoisses sous-jacentes de son milieu

Dans les milieux familiaux où le déni est instauré, les angoisses risquent d’être plus fortes, allant jusqu’aux phobies. L’existence des angoisses est profondément liée à une sécurité de base manquante ou à conforter chez l’enfant. Souvent présentes chez les enfants précoces qui perçoivent par exemple plus rapidement la réalité de la mort sans avoir encore la maturité de l’appréhender. Elles peuvent être liées aux croyances véhiculées dans la famille (vision morbide d’adultes eux-mêmes en souffrance) à propos de la vie et de la mort (par exemple : « Après la mort, il n’y a rien, c’est le néant »).

Il n’y a pas de parent parfait, nous avons tous à un moment ou un autre à conforter la sécurité intérieure de notre enfant, même si nous l’avons materné le plus possible. Il y a donc une variété importante de situation en la matière, de la plus « légère » à la plus terrible selon les milieux familiaux.

Les angoisses nécessitent une grande écoute de la part des adultes entourant l’enfant, sous peine de les voir s’installer, se développer et changer de forme également… Réassurer un enfant demande un grand investissement en temps, en écoute, en maternage : parfois il est utile de dormir avec son enfant surtout si cela n’a jamais été pratiqué avant (et même si il y a eu cododo avant)… Cependant, on sait tous que les enfants maternés sont beaucoup moins angoissés que les enfants qui n’ont pas été ou peu maternés.

Lorsque l’attachement entre les parents et l’enfant est fragilisé, l’angoisse surgit chez l’enfant2. Les angoisses d’abandon font leur lit des fragilités dans notre relation à nos parents.

Le sommeil d’un enfant hypersensible peut être très problématique, comme celui des enfants à haut potentiel ou ceux des enfants autistes qui ne produisent pas assez de mélatonine. L’endormissement peut être reculé à des heures très avancées de la nuit à cause des angoisses. Ses nuits peuvent être peuplées de cauchemars et si personne autour de lui ne vient l’aider à les décoder, ceux-ci provoquent chez lui un profond sentiment d’abandon ; au moins a-t-il déjà un soutien affectif si un adulte vient le réconforter alors qu’il a cauchemardé. S’endormir demande beaucoup de confiance et de sérénité ; ce n’est pas à la portée de tout le monde.

1Sur cette notion, voir l’excellent ouvrage de Monique de Kermadec, « L’adulte surdoué », Albin Michel, 2011.

2Voir les travaux de Bowlby sur l’attachement.

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L'apport d'une pédagogie alternative comme la pédagogie Steiner ?

Il y a un grand nombre d’avantages à recourir avec les enfants à une pédagogie humaniste et respectueuse comme l’est la pédagogie Steiner ; il y a encore plus d’avantages à le faire avec les enfants hypersensibles.

Les enfants hypersensibles sont de véritables artistes en herbe ; la pédagogie Waldorf-Steiner a pour vocation de présenter artistiquement les apprentissages et de permettre à tout enfant de créer librement, d’exprimer dans ses créations toute la beauté et la bonté qu’il contient, en veillant à ce que chaque plan de la vie soit nourri : le corps, le coeur et l’esprit. C’est une pédagogie véritablement adaptée aux enfants hypersensibles.

Nombre de ses « principes » (ne pas l’entendre dans un sens dogmatique, mais plutôt dans le sens de « fondations », comme les fondations d’un bel édifice1) peuvent aider un enfant hypersensible à grandir sereinement, en développant tout son potentiel humain. Pour les enfants qui ne sont pas en contact avec cette pédagogie, mais auprès de qui on va l’introduire, de multiples évolutions se produiront grâce à elle.

Parmi ce qu’apporte cette pédagogie, ces aspects me semblent primordiaux : la relégation des écrans, la connexion avec la nature, la créativité, la dimension artistique omniprésente, et une solide philosophie de vie.

La relégation des écrans

Dans la pédagogie Steiner, les écrans sont relégués à un moment où l’enfant sera déjà suffisamment formé et construit intérieurement pour aborder avec recul un monde qui ne prend avec lui absolument aucune précaution ; en école Steiner, il n’y est initié qu’à l’adolescence. Avant, on s’occupe surtout de le laisser profiter de son enfance, de se construire par le jeu libre2, de construire ses compétences par l’exercice physique, le travail manuel, le théâtre, la peinture, la musique, etc. et surtout d’apprendre à réfléchir et à être libre de sa décision.

En instruction en famille, la situation est un peu différente, mais beaucoup de parents contrôlent non seulement l’accès aux écrans, mais aussi ce qui est visionné, et ce de plus en plus.

Fort heureusement là aussi, je vois de en plus passer des articles mettant en garde sur les méfaits d’une utilisation massive des écrans chez les enfants et notamment chez les plus jeunes. La Belgique vient de mettre en place un programme très bien fait3 dont on aimerait voir l’équivalent en France.

Beaucoup des études qui paraissent sont malheureusement seulement en anglais pour le moment4 bien que dernièrement certains articles sont parus en français dans les médias grand public5.

Avec les enfants hypersensibles, il est important de rechercher des activités paisibles qui leur permettent de se sentir en phase avec leur hypersensibilité. « Ce sont [les écrans] des outils de neuro-excitation permanente », exprime le Docteur Lowenstein6.

Il y a tellement d’activités que nous pouvons réaliser à la place de quelques heures passées chaque jours sur l’écran pour beaucoup d’enfant et qui seront riches d’un point de vue humain, créatif et cognitif. Mais cela demande un temps de disponibilité à l’adulte… Cependant, de plus en plus d’études soulignent à quel point le jeu – et particulièrement le jeu libre -, est d’une importance cruciale pour le développement de l’enfant.

Citons aussi que l’OCDE dans son rapport de 2015 « Connectés pour apprendre – Les élèves et les nouvelles technologies »7, indique que « selon les résultats de l’enquête PISA, les pays qui ont consenti d’importants investissements dans les TIC dans le domaine de l’éducation n’ont enregistré aucune amélioration notable des résultats de leurs élèves en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences. Autre constat – peut‑être le plus décevant de ce rapport –, les nouvelles technologies ne sont pas d’un grand secours pour combler les écarts de compétences entre élèves favorisés et défavorisés. En un mot, le fait de garantir l’acquisition par chaque enfant d’un niveau de compétences de base en compréhension de l’écrit et en mathématiques semble bien plus utile pour améliorer l’égalité des chances dans notre monde numérique que l’élargissement ou la subvention de l’accès aux appareils et services de haute technologie. »8

Quel est donc l’intérêt de laisser les enfants autant de temps devant les écrans ?

Enfin, l’éloignement avec le monde naturel qui s’est répandu dans nos sociétés occidentales au cours des vingt dernières années, accompagné d’une diminution importante de la prise de risque que les enfants opéraient dans leurs jeux à l’extérieur a conduit la communauté scientifique a parlé de « Syndrome du déficit de nature ». Dans la littérature scientifique, il y a de plus en plus d’évidences pour démontrer de profonds changements qui se sont produits dans l’enfance au cours des dernières décennies en lien avec la nature ; il y a des indicateurs forts qui démontrent une absence d’expériences directes avec la nature chez plusieurs enfants dans leur vie quotidienne, couplé à une multiplication du nombre d’heures passées devant les écrans, avec pour conséquence une augmentation considérable de l’obésité chez les jeunes enfants et un temps de dialogue dramatiquement réduit dans les familles.

La connexion avec la nature

C’est pourquoi la connexion avec la nature est tellement importante notamment dans leur cas. La pédagogie Steiner est une pédagogie qui vise à l’harmonie entre l’enfant et la nature, entre les rythmes de l’enfant et ceux du cosmos. N’oublions pas que Rudolf Steiner est aussi à l’origine de la biodynamie9 qui prend son essor10 dans plusieurs pays. Dans la pédagogie Steiner, la Terre est révérée comme notre Mère à tous et c’est ainsi qu’Elle est présentée aux enfants.

Dans la nature, ceux-ci trouvent une paix et une sérénité qui font écho à la paix et à la sérénité en eux et leur permettent ainsi, d’une part, de ne pas vivre un flot important d’émotions négatives difficilement gérable et, d’autre part, de se construire un soi solide et sécurisé.

Passer de longues heures dehors à écouter le chant des oiseaux, à observer les nombreux insectes et les autres formes de vie que la nature nous offre, à bénéficier de l’énergie des arbres, tout cela constitue des atouts tellement précieux pour des enfants hypersensibles. Si ils sont agités et anxieux, ces longues heures les aideront considérablement à trouver une sérénité intérieure, en plus de les connecter fortement à leur imaginaire.

Beaucoup d’enfants adorent s’occuper des plantes et faire pousser des légumes. Cet enseignement est d’ailleurs totalement intégré à une instruction Waldorf-Steiner. Alors, autant que vous le pouvez, faites pousser ensemble des fleurs, des légumes et des fruits, cela ne fera que renforcer votre petit enfant hypersensible ! Apprenez à faire du compost, à enrichir le sol de manière naturelle ; observer le grouillement de vie dans le compost, etc. Pour ceux qui vivent en appartement, les balcons, les jardinières et le lombricompostage (absolument propre et sans odeur) est une solution on ne peut plus adéquate…

Le fait de suivre le rythme des saisons, de célébrer les festivals qui jalonnent ces respirations naturelles de la terre, aide considérablement l’enfant à trouver un enracinement, de la stabilité, de la joie.

Toutes les expériences réalisées dans lesquelles les enfants accèdent durant de longues heures à la nature montrent à quel point le développement de ceux-ci s’en trouvent bonifiés.

Certains pays, comme la Finlande, sont à la pointe en matière de jeux extérieurs. Comme mentionner dans un article de L’Actualité d’avril 2014, en effet, on prend le jeu très au sérieux en Finlande. Par exemple, à l’école, après chaque période de 45 mn, les enfants enfilent manteaux et bottes pour aller jouer dehors. Ceci implique notamment une diminution du temps accordé aux matières dites académiques. Pourtant, depuis 2000, les élèves finlandais obtiennent les meilleurs scores aux tests PISA, tests qui portent sur trois domaines : la compréhension de l’écrit, la culture mathématique, et la culture scientifique11.

La communauté scientifique a mis en évidence que le milieu extérieur procure un environnement riche. C’est à l’extérieur que le jeu libre et la motricité globale sont, chez les jeunes enfants, plus propices à a apparaître. En particulier, quand un enfant joue dehors, il a l’opportunité de prendre des décisions et de résoudre des problèmes, car le milieu extérieur est plus variable et moins structuré que l’espace intérieur.

L’importance du travail manuel

Voilà un autre domaine où la pédagogie Steiner est d’un immense apport. Chaque jour, ou presque, l’enfant instruit au sein de cette pédagogie réalise du travail manuel. Tout au long de son instruction, il apprend diverses techniques allant du travail de la laine (préparation de la laine, tricot, crochet, feutrage, filage, tissage,), la broderie, la couture (à la main, puis à la machine), le travail du papier, à celui du bois. Il développe beaucoup de compétences psychomotrices et cognitives grâce à ce travail manuel qui vient enrichir les leçons plus académiques.

A chaque étape du développement de l’enfant sont prévues l’acquisition de certaines techniques qui lui permettent de développer des compétences physiques et neurologiques. Les études ont montré le lien entre le travail manuel et les compétences fines ainsi que le développement du cerveau. En ce sens, il y a un véritable programme (un « curriculum ») de travail manuel intégré à l’ensemble de la progression Steiner. Le travail manuel est enseigné comme une matière en lui-même, mais est très souvent relié aux autres disciplines.

Par exemple, une activité comme le crochet développe les deux hémisphères du cerveau ; les mouvements des yeux sont très sollicités, et les compétences relatives à la numération sont renforcées.

Le travail manuel permet de se relier à soi-même, un grand trésor pour toute personne ! Cet objectif est aussi poursuivi dans la pédagogie Steiner où l’on accompagne l’enfant vers sa liberté d’être.

La créativité est une source inépuisable de vie : un enfant créatif ne sera jamais dans l’impasse (ça vaut pour les adultes!) Il y a une dimension artistique et expressive évidente dans la pratique du travail manuel.

La dimension de coeur est très présente : beaucoup d’objet réalisés grâce au travail manuel peuvent être offerts à ceux que l’on aime et représentent des cadeaux très précieux, reliant les êtres humains par le coeur. Par ailleurs, développer ses capacités manuelles inscrit votre action dans une dimension de respect de la terre et de ses ressources : on peut recycler beaucoup d’objets et de matières, on peut aussi réparer au lieu de jeter et d’acheter à nouveau,

Les mains, reliées au corps et à l’esprit, produisent des trésors de contentement. Les enfants anxieux y trouveront particulièrement de l’apaisement. Car la créativité procure sérénité et stabilité.

Toutes ces belles qualités font que le travail manuel a une grande place dans une pédagogie humaniste telle que la pédagogie Steiner et qu’il y a tout lieu de le développer chez les enfants, a fortiori chez les enfants hypersensibles.

La dimension artistique

Les enfants sont naturellement des artistes disait le grand maître Picasso. L’enfant hypersensible l’est de manière évidente.

La pédagogie Waldorf cultive un sens de la beauté et de la paix, ce à quoi aspire, au fond, toute personne, mais de façon évidente les enfants hypersensibles car ils en ont besoin pour se sentir bien et aller de l’avant. En ce sens, la pédagogie Waldorf devient un art de vivre se traduisant par la sobriété, la simplicité (d’où la place notamment de tout ce qui est fabriqué de ses propres mains), la recherche de matériaux naturels sains et aux pigments tellement riches.

L’éducation est décrite par Rudolf Steiner comme un art ; l’enseignant est un artiste et il présente chaque discipline de manière artistique. Une attention particulière est accordée aux illustrations, à l’écriture manuscrite et à la composition artistique de chaque page, qu’il s’agisse d’apprendre l’alphabet en première année ou d’étudier la chimie organique en huitième année. Je vous encourage vivement à regarder les photos des cahiers des enfants en école Waldorf, que l’on trouve en grand nombre par exemple sur Pinterest. Vous serez particulièrement frappés par leur beauté.

Les matières authentiques permettent à l’enfant hypersensible de se relier à ses sensations et de les explorer.

Lorsque l’on peint par exemple, on ne peut pas le faire dans une pièce remplie de bruits ; on est conduit à trouver le calme en soit et à rechercher un lieu paisible pour peindre. Peindre nous amène à nous connecter avec notre intérieur. C’est une activité qui, pratiquée avec régularité, apporte beaucoup de paix intérieure.

Il m’arrive parfois de ne pas pouvoir peindre pendant un certain temps ; cela me manque véritablement. Peu importe que je sois ou non une grande artiste ; ce n’est pas l’important et je plains véritablement ceux qui se trouvent dans cette problématique, car ils se coupent du plaisir de passer un moment avec eux-même, leur imaginaire, leurs sens, leur paix intérieure…

A la maison, nous commençons toutes nos journées de travail en chantant ; d’année en année, nos voix se travaillent, s’ajustent, innovent, nous relaxent, nous apportent du baume au coeur, la joie et le sourire.

Une de mes filles apprend seule le piano et fait des progrès inouïs bien qu’elle n’a pas un piano dernier cri ni un professeur expérimenté. Tout ce que j’ai fais, c’est lui expliquer les bases du solfège, l’accompagner durant ses premiers pas et maintenant, elle progresse en autonomie… Nous avons désormais le plaisir de pouvoir l’entendre jouer divers morceaux. La musique est une pratique qui apporte du plaisir à celui qui en joue, mais aussi à tout son entourage. Elle crée du lien, du contentement, des émotions, de la beauté… pour tout le monde !

La révérence envers la vie

Enfin, de par sa révérence envers la vie dans laquelle baigne chaque enfant, la pédagogie Steiner contribue à renforcer la sécurité intérieure de l’enfant et à lui permettre de bâtir une connexion avec le beau, le bon et les bienfaits.

Un des objectifs de cette pédagogie est de développer chez tout enfant, en tant qu’enfant du monde, membre de l’Humanité, une compréhension et une appréciation du monde dans lequel nous vivons, un monde bon et intéressant. Ce qui fonde encore plus le recours à l’art comme reliant à ce qui est beau dans le monde dès la plus tendre enfance, puis, plus tard, lorsque l’enfant est prêt, par l’acquisition d’une réflexion et d’un jugement basés sur la compréhension du monde.

C’est une pédagogie résolument humaniste :

« Quelle image de l’être humain les écoles Waldorf cherchent à apporter aux enfants comme modèle et inspiration ? Ici, la réponse est sans équivoque. C’est une image de l’être humain comme être aimant, compatissant, respectueux, respectueux, engagé, tolérant, paisible, joyeux, patient, bon, debout, sage, équilibré, en harmonie avec le cosmos, la nature et l’humanité. Aucune religion ou code d’éthique ne peut s’arroger ces valeurs fondamentales et universelles comme sa possession unique. […] L’Éducation Waldorf nourrit consciemment la vie intérieure des enfants afin de les lancer dans un processus continu de découverte de soi. Elle place devant eux des personnes éminentes – certaines étant parmi les plus grandes figures religieuses, d’autres non -, mais qui sont toutes des personnes ayant surmonté la faiblesse, se sont transformées elles-mêmes, ont élargi les horizons du cœur humain, et ont inspiré le changement social. Elle le fait dans l’espoir qu’une image en graine de l’aspiration humaine va croître au sein de chacun, réveillant le « Je » comme la lumière à l’intérieur, comme la conscience, comme l’esprit de la vérité »12 Je vous invite à lire l’article que j’ai récemment traduit « Est-ce que l’éducation Waldorf est chrétienne ? » d’où est extraite cette citation.

En tous point, cela ne peut que nourrir un enfant hypersensible au plus profond de son être, et surtout lui permettre de grandir et de se réaliser.

2Je vous renvoie aux nombreux articles traitant de la cruciale importance du jeu libre et de l’imaginaire que vous trouverez sur Chant des Fées.

6Médecin, addictologue, cité dans la vidéo suivante : https://www.youtube.com/watch?v=8NkFadFQBYk

8Ibid, p. 1

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enfant hypersensible

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20 Commentaires

  1. isalpes05

    bonjour, je dirai à toutes car j’ai vu beaucoup de commentaires féminins. Comme vous, je me suis sentie « différente » presque « anormale » lorsque j’étais enfant.. Mais je souhaite reprendre sur le dernier article de Monique qui parle de ce potentiel… oui souvent, on voit l’hypersensibilité en négatif, mais si on regardait aussi le coté positif… Nous sentons les choses… une amie de ma fille (15 ans et hypersensible aussi) l’a qualifiée cet après midi même de « détecteuse de gens qui vont mal ».. n’est-ce pas un joli don ? Sentir les choses… ressentir même plutôt.. il m’a fallut arriver à 54 ans pour vivre de par mon hypersensibilité en devenant peintre et écrivain et en développant certaines facultés au lieu de les refouler… Oser me dire hypersensible.. et communiquer avec d’autres personnes qui en sont conscientes et en parlent. MERCI à Monique et à toutes

    Réponse
    • Monique

      Bonjour Isalpes, votre conclusion est réjouissante ! C’est exactement cela. Notons d’ailleurs que vous soulignez bien que c’est grâce à la dimension artistique (peindre et écrire) qui connecte aux sentiments que vous développez ces facultés qui dormaient en vous.
      Un grand merci pour votre contribution 🙂

      Réponse
  2. Adeline

    Bonjour Monique,
    très bel article, vraiment intéressant 🙂 Ici aussi je pense qu’il y a des caractéristiques assez évidentes d’hypersensibilité, autant chez la Maman que chez la petite. Je m’interroge sur deux choses :
    – Penses-tu qu’un diagnostic soit important ? Pour le moment je fais très attention à la façon dont j’accompagne ma fille, et j’ai la chance d’avoir (pour le moment en tout cas), une école qui comprend et sait s’adapter aussi à son hypersensibilité. Qu’apporte le diagnostic ?
    – Je ne suis pas d’accord à 100% avec l’idée que la musique ferait du bien aux hypersensibles. La musique apprend à exacerber encore plus ses émotions afin de les transmettre aux autres, en plus c’est un art très abstrait, et pour ces enfants souvent précoces intellectuellement, ça les fait rester dans l’univers de l’abstraction, cela fait travailler encore leur cerveau qui déjà est sursollicité par toutes ces informations que leur hypersensibilité leur transmet. J’aurais tendance à penser que l’activité physique, en les ramenant à leur corps, la nature, les promenades etc… sont plus appropriées à ces caractères. Peut-être aussi le lien avec les animaux (d’ailleurs tes filles adorent les chevaux, non ? Je me tâte à aller au poney ici…)
    En tout cas merci pour ces réflexions si riches et fines, elles tombent à pic dans mes questionnements actuels.
    Grosses bises ensoleillées et printanières.
    Adeline

    Réponse
    • Monique

      Bonjour Adeline ! Merci pour ton commentaire très intéressant également 🙂
      Concernant le diagnostique, nous avons eu souvent cette interrogation à la maison ; nous n’avons pas été tentés par un diagnostique alors que globalement ça se passait bien pour nos filles. Si elles avaient été en milieu scolaire et que l’une ou l’autre ou les deux en souffraient, certainement que nous serions passés à l’action. Mais, il me semble que si l’enfant ne souffre pas, si il s’épanouit continuellement, autant lui laisser vivre sa petite enfance tranquillement. Alors que si l’enfant souffre, il est vital à mon avis de le faire diagnostiquer afin qu’il soit pris en compte par les institutions où il passe beaucoup de temps.
      Dans un deuxième temps, lorsque l’enfant grandit, arbitrairement, je dirais au-dessus de 10 ans, il me semble que le dépistage de haut potentiel est vraiment important, même si il ne souffre pas. Le fonctionnement haut potentiel est très particulier et être dépisté, puis accompagné un peu par un psy compétent permet d’intégrer qui on est et de déployer son potentiel ; ne pas le faire revient à laisser tout ou partie de son potentiel dans l’ombre, ce qui crée de la souffrance, d’une manière ou d’une autre.

      J’ai été très intéressée par ta remarque sur la musique ; je pense grâce à elle qu’il aurait que je détaille davantage. Je ne te rejoins pas complètement sur le fait que la musique pousserait à l’abstraction ; il me semble que le risque est en effet présent si l’on pousse les enfants à un apprentissage austère et intensif du solfège avant qu’ils ne soient prêts, mais telle que la musique est enseignée dans la pédagogie Steiner, il ne me semble pas que ce soit le cas : usage du chant, car la voix est le premier de tous les instruments, usage de la flûte pentatonique ou du Penny Whistle (la flûte irlandaise), lyre etc… La musique nous raccorde à nous-même et elle apaise (encore faut-il bien sûr qu’elle soit bien choisie ; en ce qui me concerne, certaines formes de musique ne m’apaisent pas du tout !!!)
      Après, tous les hypersensibles ont leurs caractéristiques ; j’imagine sans problème que certains vont plus être portés vers la musique que d’autres.
      En tous les cas, je trouve ta conclusion très juste : ramener au corps grâce à la nature et au lien avec les animaux, oui, mille fois oui !
      Je t’embrasse 🙂

      Réponse
  3. Rbmarion

    Merci pour ces mots sur des vieux ou pas si vieux ressentis… Je ne suis pas sure d avoir un jour le courage de comme vous aller au bout pour etre fixée mais qui sait…

    Réponse
    • Monique

      Merci Marion.
      Le principal, il me semble, est d’être en accord avec soi-même 🙂
      A bientôt !

      Réponse
  4. Laurence (Fargo)

    Bonsoir Monique,
    difficile de ne pas répondre à cet article qui nous décrit tellement bien mon fils et moi. Comme j’ai pu souffrir de cette hypersensibilité ! Dans ma famille, on disait que j’étais « une précieuse » ce qui n’est pas un compliment. Je me suis renfermée sur moi-même à l’adolescence pour avoir moins mal. Les bruits me sont toujours pénibles surtout s’ils sont répétitifs, la lumière aussi est parfois difficile à supporter. La foule m’indispose et je suis une éponge à sentiments : je ressens le malaise chez les autres ce qui est dur à endosser. Mon dernier est comme ça aussi alors quand je vois qu’il se sent perdu et mal à cause de tout ce qui le trouble tant, je me mets avec lui dans sa chambre et je le berce. Il se calme et se détend : c’est notre rituel en cas de mal-être. Je pourrais écrire pendant des heures pour expliquer ce qui nous trouble mais je sais que je ne t’apprendrais rien. Je te remercie pour cet article, il me fait du bien et m’émeut en même temps

    Réponse
    • Monique

      Coucou Laurence, je suis vraiment heureuse que cet article entraîne autant de témoignages, ici ou ailleurs. Que chacun puisse s’éveiller à cette souffrance, mais aussi à ce potentiel recelé dans l’hypersensibilité est très important. A partir du moment où l’on nomme ce qui est en nous une souffrance, on peut s’en libérer et en faire quelque chose.
      Bien à toi 🙂

      Réponse
  5. ACT

    Je suis ravie de vous retrouver aillant perdu le lien vers votre site et votre adresse, après vous avoir envoyé de la laine il y a quelques années…
    Je retrouve notre famille dans votre article, pour moi c’est le bruit, le port de chaussettes et de chaussures fermées ( donc sandales même en hiver), les odeurs. Mon empathie continue à me faire souffrir de remarques blessantes mais aussi à me réjouir fortement de bons moments.
    J’ai des enfants hypersensibles et pour eux l’école a été par moment lieu de grandes souffrances.
    La dernière qui a 17 ans n’est pas sûre d’elle et passe son temps à dire pardon, je suis désolée… Nous avons beau lui dire que nous l’aimons et que nous sommes fiers d’elle, une partie d’elle doute toujours. Elle est en post-bac à l’école Bellecour à Lyon où elle apprend le cinéma d’animation. Enfin un lieu où ils commencent par dire tout ce qui est bien puis de montrer les erreurs et ce qu’il faut améliorer. Nous la sentons mûrir et commencer à prendre enfin conscience de son grand potentiel.
    Son frère aîné, trentenaire est aussi hypersensible et pour lui aussi il a fallu du temps et beaucoup d’amour. Pour les autres, c’est moins flagrant.
    Merci de vos articles si bien écrit et détaillé.
    J’espère que le printemps breton n’est pas trop pluvieux et que vous pouvez profiter de cette belle campagne.

    Réponse
    • Monique

      Agnès, je suis moi aussi ravie de vous relire ! Je pense régulièrement à vous !
      Merci pour votre beau témoignage ; c’est un long chemin que de conforter de tels enfants, mais ils ont une telle richesse de personnalité et de sentiments ! J’espère que votre fille trouvera le chemin de la confiance en elle.
      Au plaisir de vous lire à nouveau !

      Réponse
  6. sophie

    Mon fils est très sensible. Je le reconnais dans les remarques que tu fais. Il a 13ans. Je me suis demandée si je n’avais pas exacerbé sa sensibilité en le massant bébé . C’est peut-être bête comme question mais j’ai lu Catherine Gueguen qui indiquait que tous les enfants n’aiment pas être massés. Mon fils semblait apprécier les massages mais je me demande vraiment si cela a pu avoir une influence sur sa sensibilité.

    Réponse
    • Monique

      Je crois que chaque cas est différent, il est donc difficile de répondre avec certitude, mais, en tous les cas, puisqu’il semblait apprécier les massages, il n’y a sans doute aucune raison d’en douter 🙂
      J’ai moi-même beaucoup massé mes filles bébés ; les deux appréciaient beaucoup et, notamment, l’une d’elles se détendaient manifestement grâce aux massages.
      En tant que parents, on est prompt à se culpabiliser facilement, surtout avec des enfants hypersensibles. Est-ce que ton fils se souvient de ses massages ? Peut-être est-ce l’occasion de lui en parler et de lui faire part de ton questionnement ?

      Réponse
  7. Sylvie

    Quel magnifique article Monique!

    Je me reconnais tellement… Tu me rappelles d’ailleurs à quel point, enfant, je vivais dans un milieu qui acceptait très mal cette hypersensibilité. Enfant, je passais plusieurs de mes journées, seule, en forêt, puisque je ne tolérais pas le bruit et les cris… D’ailleurs, je ne portais souvent que des sous-vêtements puisque les vêtements m’irritaient la peau. J’aimais sentir le vent sur ma peau lorsque je courais ou encore l’effleurement des feuilles. De plus, j’étais incapable de porter des chaussures… Soupirs… Tu me rappelles à quel point ce n’était pas simple…

    Heureusement, vieillir, a grandement amélioré ce sentiment de ne pas être en mesure de s’adapter à la société. Je vis tellement mieux maintenant 🙂 même si plusieurs choses sont restées identiques. ( non, je ne me promène pas en sous-vêtements dans la forêt maintenant! ha!)

    Réponse
    • Monique

      Ha, ha ! Sylvie, tu m’as bien fait rire, t’imaginant te promener dans la forêt en sous-vêtements !
      Je suis heureuse que tu as trouvé toi aussi la voie d’un apaisement 🙂

      Réponse
      • Sylvie

        En fait, j’avais oublié ces comportements que j’avais lorsque j’étais enfant. C’est à la lecture de ton article que j’ai réalisé à quel point j’avais des comportements «étranges» qui sont, en réalité, des comportements hypersensibles.

        Je détestais le bruit, les vêtements irritaient ma peau, les chaussures… j’avais l’impression de suffoquer! ha!
        Je n’aimais pas qu’on me touche ou que l’on s’approche de trop près…
        Je me rappelle les longues heures passées dans la forêt à écouter le vent dans les sapins… encore aujourd’hui c’est un son qui m’apaise.
        J’aimais la douceur du vent sur ma peau, la douceur de la terre sur mes pieds…

        Sérieusement, j’ai compris plusieurs choses à la lecture de ton article. Je t’en remercie puisque maintenant je vais orienter mes réflexions en ce sens! Tu viens d’ouvrir une fenêtre en moi 🙂

        Réponse
        • Monique

          C’est fantastique Sylvie, cette reconnexion avec une part de toi, et en plus, une part de l’enfant en toi 🙂 J’en suis très touchée ! Je te souhaite du bonheur dans cette exploration 🙂

          Réponse
  8. Brune

    Merci pour ce très bel article. On m’a toujours dit très sensible 😉 En lisant l’article, je me suis reconnue dans plusieurs items! Et j’y reconnais aussi certains de mes enfants. Je pense que dans le temps cette hypersensibilité peut être une force aussi: surtout en société où le souci de l’autre est si important…

    Réponse
    • Monique

      Merci de ton témoignage Brune 🙂 Une fois que l’on fait la paix avec soi-même, on peut intégrer cette dimension comme une grande force, en effet. J’aime bien, d’ailleurs, le chemin que la mienne m’a fait faire, me permettant ainsi d’accompagner nos enfants.

      Réponse
    • Brune

      Comme Sylvie, j’ai tellement compris de choses en lisant ton article! Des évidences! Mais que je ne voyais pas forcément. On m’a toujours dit sensible, mais j’ignorais que ma sensibilité au bruit, à ce qui est vulgaire, aux images violentes ou simplement aux dessins qui manquent de beauté étaient la manifestation d’une hypersensibilité. Un mot que je peux dire souvent c’est « cela m’agresse »! J’ai fait lire ton article aux miens et ils ont enfin compris ce que je ressens. Cette sensibilité aux autres, à ce qu’ils ressentent… Je me comprends soudain! 🙂 Et je comprends mieux que les artistes sont de grands sensibles (les sens sont plus sollicités: c’est logique). Et je me dis aussi que le monde irait sans doute mieux s’ils y avait plus de ces hypersensibles dans le monde… Car ce n’est pas que de la « faiblesse », c’est aussi un regard qui pourrait tant apporter!

      Réponse
      • Monique

        Je suis très touchée par ton retour d’expérience Brune (tout comme pour celui de Sylvie). Je ne m’attendais pas à cela 🙂
        Je te souhaite aussi une belle intégration de ce potentiel qu’est également l’hypersensibilité.
        J’ajouterai enfin qu’il est bon de se conforter entre hypersensibles 🙂

        Réponse

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