« Pollyana » est un roman d’Eleanor H. Porter, écrivaine américaine née en 1868 et décédée en 1920. Son roman connut aux États-Unis un immense succès dès sa parution en 1913. Son succès fut tel qu’il fut adapté plusieurs fois à l’écran, et notamment par les grands studios cinématographiques américains que tout le monde connaît et que je ne citerai donc point.

En français, il paraît en 2016 aux éditions Zethel, traduit de l’anglais par Elizabeth Luc. C’est un roman d’environ 250 pages qui se lit rapidement quand on est bon lecteur ou qui tiendra quelques jours en haleine une famille réunies lors de lectures offertes.

Pollyana est l’histoire d’une petite fille des plus singulières. Orpheline, elle part vivre chez sa tante, une femme d’apparence revêche et froide, qui la recueille à contre-coeur. Très vite, Pollyana conquiert le coeur de toutes les personnes qu’elle croise, même les plus rétives à l’expression de sentiments chaleureux. C’est que Pollyana possède une qualité immense qu’elle cultive grâce au « jeu » que lui apprit son défunt papa : elle cherche à se réjouir en toute situation, et c’est tellement bon de vivre ainsi qu’elle a à coeur de transmettre à tous, petits et grands, cette attitude de vie. Car Pollyana est une fillette profondément humaniste, vivante et aimante (ce qui, finalement, revient un peu à la même chose, mais je reviendrai plus tard sur ce point).

Le livre débute un peu comme les romans d’édification d’une Amérique puritaine. Mais, très vite, ce sentiment laisse place à l’émerveillement. La force ne réside pas dans un style d’écriture puissant, car l’écriture est plutôt très simple, très directe, sans fioritures, mais de bonne qualité ; de plus, les personnages sont justes, tout comme les situations dans lesquelles ils sont intriqués.

La grande force de ce livre réside plutôt dans la philosophie de vie qu’il véhicule, dans la recherche d’un bonheur, simple là aussi, profond et vrai, initié et distillé par une enfant remarquable qui avait tout perdu, mais qui connaissait l’essentiel : la vérité sur le bonheur d’être en vie, tout simplement. De ce fait, on est vraiment très loin d’un roman niais pour enfants, ce qu’une lecture superficielle pourrait laisser croire, mais plutôt en présence d’un véritable roman initiatique, de surcroît totalement adapté aux enfants de notre époque

Pollyana est un roman traditionnellement lu en classe 4 dans la progression des écoles Steiner, ce qui correspond à des enfants de 9 à 10 ans. Dans l’esprit de la pédagogie Steiner, cela ne veut pas dire qu’il ne doit pas être lu avant ou après cette période d’âge ; la pédagogie Steiner ne se base pas sur des interdits, mais sur une compréhension intime et profonde des stades de développement de l’enfant et de ce dont il a besoin à chacune de ses étapes. Cela signifie donc simplement que sa lecture sera à son maximum de pertinence pour l’enfant durant cette tranche d’âge. Pourquoi ?

Autour des 9 ans – parfois un peu avant, parfois un peu après étant donné que chaque enfant est unique – se produit ce que Rudolf Steiner a imagé par le passage du Rubicon, ou bien la sortie du Paradis. L’enfant est en quelque sorte à mi chemin entre la sortie de l’insouciance de l’enfance, tout en étant encore happée par celle-ci. Il en résulte pour lui une situation émotionnelle inconfortable (elle l’est aussi pour les parents!) qui se traduit par une humeur changeante (passer du rire aux larmes, ou du désespoir au bonheur, est monnaie courante à cette époque), des incertitudes, des doutes, des questionnements ; le temps et un accompagnement en douceur et compréhensif en profondeur permettent à l’enfant de franchir ce cap.

Les histoires permettent à l’enfant de trouver des éléments qui font écho à la situation qu’il traverse ainsi que des solutions humaines. Il est donc important à cet âge de fournir aux enfants des romans mettant en scène des enfants éprouvés par la vie, mais qui ont déployé les ressources intérieures leur permettant de vivre bien. Pollyana est un de ceux-ci.

Pollyana, la petite fille à l’optimisme invaincu même lorsque le sort s’acharne sur elle, constituera sans nul doute un modèle de réflexion pour toute personne, enfant comme adulte. Pour qui souhaite cultiver la gratitude (valeur si importante dans la pédagogie Steiner) et la transmettre, ce livre offrira une base solide et riche.

Mais, à mon sens, cela va au-delà même de l’icône d’optimisme qu’est devenue l’histoire de cette petite fille dans la littérature jeunesse. Pollyana est un roman résolument humaniste, car il offre à tous un modèle de comportement humain ; il nous touche toutes et tous en ce que nous recelons tous, sans exception, les qualités qui nous permettent de transmuer le plomb de sa vie en or. C’est en cela qu’il est un roman initiatique.

Bonne lecture !

(Image cliquable, lien affilié, pour l’édition française de Pollyana)

Pollyana

(La photo en tête d’article est une magnifique peinture d’Albert Anker, Mareili, qui fut utilisée pour une édition américaine de Pollyana)

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