Pourquoi des poupées boliviennes ?

Il y a peu, une de mes nièces m’a demandé si je pouvais réaliser des poupées boliviennes pour son association. Ma nièce en question est une gentille jeune femme Bolivienne, très engagée dans la transmission de ses valeurs culturelles d’origine en France. Ces poupées seront exposées à l’UNESCO dans le cadre d’une manifestation publique.

Après m’avoir montré des photos de modèles de ces poupées boliviennes et nous avoir passé de beaux tissus andins, j’ai été enthousiasmée par ce projet. Nous avons donc convenu de les réaliser avec mes filles qui deviennent vraiment des expertes en création de poupées.

Ces poupées sont appelées « Quita penas » ; littéralement, elles « prennent la peine » : on les achète lorsqu’on est en mal d’enfants et elles portent chance. Elles appartiennent donc à l’art ancestral et universel des poupées magiques. Traditionnellement, elles sont réalisées pour la fin du mois de janvier, pas à un autre moment de l’année, ce qui explique la proposition de ma nièce de nous les faire réaliser pour son exposition prévue fin mai.

Ce sont de très mignonnes poupées qui vont souvent par trois, parfois quatre, ou parfois encore on les trouve toutes seules ; elles sont placées dans un petit sac avec une lanière pour pouvoir les accrocher dans son foyer. Les visages sont poupins, bien que très simplement brodés, et inspirent la tendresse, faisant ainsi écho à un désir tout maternel ou paternel de chérir un (ou plusieurs) bambin(s).

L’art des poupées

Il paraît que lorsque j’étais enfant, je n’aimais pas les poupées… Rectification : j’avais peu d’inclinaison pour les poupées en plastique. Je me souviens toutefois avec émotions des poupées de laine que ma mère me confectionnait, puis m’apprit à réaliser moi-même (on en trouve d’ailleurs un modèle dans mon récent livre), ainsi que d’une poupée en tissus (de style Holly Hobby) qu’une de mes soeurs m’avait offerte. C’est avec une résonance toute personnelle que je découvris il y a quelques temps les mots de Nathalie Sarraute à propos d’une somptueuse poupée en plastique dont son père lui avait fait cadeau :

« _ Alors, c’est celle-là que tu voulais ?
_ Oui, c’est bien elle…
On nous laisse toutes les deux pour que nous fassions mieux connaissance. Je reste à côté d’elle, je la couche, je la lève, je lui fais tourner la tête et dire papa maman. Mais je me sens pas très à l’aise avec elle. Et avec le temps ça ne s’arrange pas. Je n’ai jamais envie d’y jouer… elle est toute dure, trop lisse, elle fait toujours les mêmes mouvements, on ne peut la faire bouger qu’en soulevant et en abaissant de la même façon ses jambes et ses bras légèrement repliés, articulés à son corps raide. Je lui préfère encore les vieilles poupées de son que j’ai depuis longtemps, ce n’est pas que je les aime tellement, mais on peut traite comme on veut leurs corps un peu flasques, désarticulés, les serrer, les tripoter, les lancer… »

In Enfance, page 49, Folio, 1985

Le corps dur, froid et trop lisse d’une poupée en plastique n’atteindra jamais les sommets de félicité que procure une poupée en tissus… Tout est dit.

J’aime beaucoup réaliser des poupées et je me passionne littéralement pour les poupées magiques. En outre, je suis fascinée par le fait qu’on trouve des poupées dans le monde entier et depuis l’aube de l’Humanité… Il y a aurait bien des choses à dire sur les poupées.

Les découvrir, les étudier et les réaliser est une autre façon d’ouvrir son coeur au monde d’une manière humaniste et bienveillante. Tandis qu’on confectionne par exemple des petites poupées boliviennes qui sont tout à fait faisables avec et par des enfants, on peut regarder où se trouve la Bolivie ? Quel climat y trouve-t-on ? Qu’y mange-t-on ? Quel est le quotidien des enfants Boliviens ? Quels animaux sont spécifiques à ce pays ? Mais aussi quelles plantes ? On peut s’émerveiller de l’altitude de ce pays, et de tant d’autres choses encore.

Les poupées boliviennes

Venons-en à nos petites Quita penas, à nos poupées boliviennes. Elles ne requièrent pas beaucoup de matériel. Bien sûr, elles demandent d’avoir du tissus des Andes si l’on veut qu’elles soient typiques, mais en l’absence d’un tel tissus, on peut aussi adapter, créer, dans l’esprit de ces poupées et avec ce dont nous disposons.

Par exemple ici, bien sûr, je disposais de tissus boliviens que m’a nièce m’a passés, mais j’ai utilisé de la laine de mouton pour le rembourrage et je ne suis pas bien sûre que cela soit typiquement andin ; peut-être aurait-il fallu une autre fibre ? Le tout pour moi était cependant de créer ces petites poupées le plus approchant possible de leurs originaux boliviens, et de déposer dans le secret de leur coeur des intentions de bonheur et de tendresse pour ceux et celles qui les acquerront.

poupées boliviennes
poupées boliviennes

Récapitulatif du matériel pour les poupées boliviennes :

  • Des ciseaux
  • Une aiguille à coudre et du fil de plusieurs couleurs
  • De la laine de mouton déjà cardée et/ou à carder avec des cardes à main (si vous n’en avez pas, au début, des étrilles pour les chiens font tout à fait l’affaire) ; ou bien des fibres végétales du type kapok.
  • Du tissus pour les petits sacs
  • Du tissus pour les emmaillotages de poupées
  • De la laine de diverses couleurs
  • Une bobine de fil de coton
  • Un crochet 2,5 ou 3 mm
  • Des collants à recycler parce que filés (et hop, une super idée pour recycler ses collants !)
poupées boliviennes

Réaliser le petit sac des poupées boliviennes

Pour un petit sac, il vous faut un carré de tissus d’environ 26 cm de côté. Vous le pliez de sorte qu’il fasse au final un sac d’environ 12 cm de hauteur sur 15 cm de largueur. Et vous le cousez ; à la main ou à la machine selon vos préférences et compétences.

poupées boliviennes
poupées boliviennes

Crocheter la bandoulière du sac

Pour une bandoulière de 25 à 30 cm (dépend de votre laine, de la grosseur du crochet et de votre manière de crocheter plus serré ou plus souple), faites une chaînette d’environ 70 mailles en l’air. Les débutants en crochet trouveront une grande aide dans les vidéos sur lesquelles mes liens renvoient.

Rang 1 : Faire un rang de mailles serrées.

Rang 2 : Faire un rang de brides.

Coupez votre laine ; rentrez les brins de laine de chaque extrémité et sécurisez les arrêts. Coudre la bandoulière sur le sac.

Réaliser les poupées boliviennes

Passons aux petites poupées en elle-même. L’opération que je vais vous décrire ci-dessous devra donc être reproduite trois fois en tout pour vous donner trois poupées.

Carder la laine

Il vous faudra un petit tas de laine cardée pour la tête et le corps.

poupées boliviennes
poupées boliviennes

Formation de la tête

Elle est simple à réaliser :

  1. prenez une petite longueur de laine cardée (une douzaine de cm)
  2. faites un noeud
  3. puis enroulez le reste de votre longueur de laine cardée autour du noeud et tenez cette petite boule dans votre main.

Faire un noeud a le mérite de raffermir le centre de la tête.

Veillez à ce que votre boule ne soit pas énorme car elle n’a pas encore sa taille définitive. En effet, la prochaine étape sera de rajouter une couche de laine cardée qui formera également le corps.

poupées boliviennes
poupées boliviennes
poupées boliviennes

Le corps

Nous sommes déjà à l’étape du corps ; car cette petite poupée se réalise assez rapidement.

Vous avez toujours votre tête dans votre main ; prenez une ou deux couches de laine cardée : je ne peux vraiment pas vous donner de mesure plus précise, tout dépendant de l’épaisseur de la laine que vous utilisez.

Placez ces couches de laine cardée au-dessus de la tête et pliez-les autour de la tête. Les deux couches vont retomber autour d’elle, créant ainsi le corps.

poupées boliviennes
poupées boliviennes

Au préalable, vous aurez coupé un rectangle de collant d’environ 7 cm. Continuez de tenir la poupée par le cou dans votre main non dominante.

Appliquez le collant sur la tête et descendez celui-ci tout autour de la tête, de sorte que vous le tirez et le tenez fermement au niveau du cou.

Avec votre fil de coton, faites le tour du cou de la poupée, deux fois ; serrez et faite un noeud. Coupez le fil.

Vous pouvez désormais lâcher le cou de votre poupée. La tête de votre poupée a un tour d’environ 11 cm.

poupées boliviennes
poupées boliviennes

La dernière photo ci-dessous vous montre ce que vous obtenez.

poupées boliviennes

Emmailloter votre poupée

Maintenant, nous allons emmailloter le corps de la poupée dans un tissus qui ne se verra pas. Pour ma part, j’ai utilisé un beau jersey que j’avais en stock et dont je ne voulais rien faire.

poupées boliviennes

C’est un rectangle d’environ 11 cm x 13 cm. La première chose à faire est de le coudre à petits points autour du cou de la poupée. Arrivé à la fin du tour, pliez le tissus afin d’en rentrer une petite partie à l’intérieur du corps de la poupée et de faire ainsi une plus jolie couture extérieure. On commence ensuite à coudre en descendant sur le corps, jusqu’en bas, comme les photos suivantes vous le montrent.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

poupées boliviennes
poupées boliviennes
poupées boliviennes

Vous êtes toujours avec moi ?

Bien, alors, nous voici arrivés à la couture finale du corps de notre poupée. Suivez les photos ci-dessous, ce sera plus clair :

poupées boliviennes
poupées boliviennes
poupées boliviennes

Voilà le corps de votre poupée terminé (voir la photo ci-dessous).

Mettez-la de côté, car nous allons d’abord crocheter le bonnet et le coudre sur sa tête avant de broder son visage. C’est ma fille qui dit que c’est mieux comme ça 😉

poupées boliviennes

Crocheter le petit bonnet

Avec la laine de couleur souhaitée et votre crochet 2,5 ou 3 mm maximum, faites une chaînette de de 25 à 30 mailles (vérifier votre longueur en entourant la tête d’une poupée avec votre chaînette).

Fermez votre chaînette en rond par une maille coulée (pour un peu d’aide, c’est ici). Le bonnet est crocheté intégralement en mailles serrées et se fait sur une dizaine de rangs.

Rang 1 : une maille serrée sur chaque maille de votre chaînette

Rang 2 : répartir 3 diminutions sur le rang (si vous vous demandez comment diminuer, visionnez cette vidéo).

Rang 3 : une maille serrée sur chaque maille du rang précédent.

Rang 4 : répartir 3 diminutions.

Rang 5 : répartir 4 diminutions.

Rang 6 : répartir 3 diminutions.

Rang 7 : répartir 2 diminutions.

Rang 8 : une maille serrée sur chaque maille du rang précédent.

Rang 9 : comme le rang 8.

Rang 10 : crocheter les mailles restantes deux par deux.

Coupez votre fil et rentrez tous les fils de votre bonnet. Retournez-le pour créer un effet tissage très à propos. Cousez-le sur la poupée choisie.

poupées boliviennes
poupées boliviennes
poupées boliviennes
poupées boliviennes

Maintenant que vous avez cousu les petits bonnets sur les poupées, il est temps de broder leur visage. Ceux-ci sont très simples, suggérés plutôt que très précis, mais très doux et très tendres.

Inspirez-vous de la photo ci-dessous.

poupées boliviennes

L’étape suivante consiste à placer les poupées dans leur petit sac puis à les coudre avec celui-ci. Pour ce faire, coudre à petits points de chaque côté du cou de chaque poupée.

poupées boliviennes
poupées boliviennes

Vos poupées sont terminées !

poupées boliviennes

Pour faire défiler la galerie de photos, cliquez sur la première !

Partagez180
Tweetez8
Enregistrer8
Partagez
196 Partages
%d blogueurs aiment cette page :