Quel enthousiasme de découvrir la nouvelle édition de ce livre merveilleux dénommé tout simplement (mais avec toutes les facettes de ce mots) « Pistes » !

« Pistes » est un ouvrage majeur, une véritable bible dans son domaine, écrit par Louis Espinassous, édité à l’origine par Plume de Carottes en2013. Il est réédité par deux fameuses maisons d’éditions : Plumes de Carottes toujours, et Terre Vivante.

Louis Espinassous cumule des compétences d’éducateur, biologiste, ethnologue, romancier, conteur et berger. La nature est sa demeure et nous avons l’immense chance qu’il nous transmette son savoir, sa sagesse, son amour pour elle, en toute simplicité.

Piste est un beau gros livre de près de 330 pages, imprimé sur papier recyclé légèrement bleuté, qui est très agréable à tenir en main, à contempler et à lire.

C’est un livre épais, rempli d’idées, d’informations, de conseils, tous plus intéressants les uns que les autres et, du fait de cette densité, il est nécessaire de l’apprivoiser.

Pour tous ceux qui débutent dans l’« aventure nature » avec les enfants, les ados et même les adultes, Pistes est l’ouvrage à se procurer. Il est à lui tout seul une carte routière (le GPS en somme pour les plus jeunes…), la boussole, qui vous amènera à n’importe quelle destination.

Pour ceux qui sont déjà aguerris, il ouvre des champs d’approfondissements et de créations infinis.

C’est un livre dont on peut se servir durant de très longues années et qui couvre tous les âges de nos enfants, puis de nos petits-enfants ! Autant dire que c’est un investissement qu’on rentabilise totalement.

Pistes

On vous montre comment, on vous explique souvent pourquoi, mais tout n’est qu’invitation à vous tourner vers vos propres ressources ou réseau de ressources. J’adore ce genre de livre où on n’est pas pris de haut et qui nous rend plus autonome.

Pour nous parents qui instruisons avec la pédagogie Steiner, ce livre peut nous aider à divers moments :

  • pour familiariser les plus petits à leur environnement et, « l’air de rien » semer des graines qui serviront plus tard, par exemple en géographie

  • pour les enrichissements des blocs de sur le temps (classe 3) et les blocs de mathématiques de la classe 3 et des classes ultérieures…

  • pour les enrichissements des blocs de botanique, de géologie, d’astronomie des grands… mais aussi, plus tard, pour les blocs sur le développement durable des encore plus grands ;

  • et je suis sûre que beaucoup d’applications m’échappent, ma mémoire me jouant des tours en ce moments du fait de la fatigue…

Il s’adresse expressément aux classes, classes natures, club, centres aérés, etc… mais la transposition aux familles instruisant leur fratrie ou aux groupes non sco est évidemment tout à fait possible. En fait, c’est même plutôt un parfait outil pour les groupes non sco et pour tous les adeptes du mouvement Forest School qui se répand (quelle joie!) en France !

Cependant, comme je vous le disais plus haut, le livre nécessite d’être exploré, avant de partir en exploration dans la nature.

Pistes se divise en deux grosses parties :

  1. Des idées pour découvrir
  2. Construire la découverte

Chacune de ces parties se subdivisent elles-mêmes en trois parties. En voici une pâle présentation qui ne peut que très mal retransmettre tout ce que Pistes contient.

Partie 1 Des idées pour découvrir

1) Vivre la nature

Où l’on apprend à vivre « dans » et « avec » la nature.

Pistes

Dans la nature, parmi l’encouragement au jeu libre, on apprendra quand même certains jeux comme « La palette du peintre » :

« Du bristol blanc découpé en forme de palette de peintre (on n’oublie pas le petit rond qui symbolise le trou où le peintre passe le doigt), d’environ 12 cm sur 8 (très approximatif). Autant de palettes que d’enfants et d’adultes. Évident : pensez à jouer vous aussi !

On distribue les palettes sur lesquelles on passe de la simple colle blanche à papier : « Nous sommes tous des peintres,m ais nous allons faire notre palette, chacun, en cueillant les couleurs autour de nous. Alors, regardez, observez, fouinez autour de vous dans ce pré, cette haie, ce bois et cherchez toutes les couleurs de l’arc-en-ciel pour les disposer sur votre palette (pétales, feuilles, écorces, lichens, fruits, cailloux, etc.) dont vous prélèverez un petit morceau à coller sur votre palette. Dispersion. Au signal on se regroupe et on échange ».

Au sein des diverses invitations, on trouve celle destinée à découvrir les « trésors de la carte au 1/25 000 », une merveille de découverte pour beaucoup d’entre nous (je n’en peux plus d’attendre de pouvoir me procurer celle de mon coin…) et parfaite pour la classe 4.

On contemplera aussi avec immensément de plaisir les ciels de nuit ; génial, le truc pour se souvenir de l’ordre des planètes par ordre de proximité du Soleil : VENUS TERend MA JUPe SATin (Vénus te rend ma jupe satin) !

Ne sont pas oubliées non plus les suggestions pour vivre seul la nature, en autonomie, sur la base d’une pédagogie saine et simple.

Avec la nature, on créera de magnifiques bateaux en jonc par exemple ; ou encore, au bord de l’eau, on fabriquera un moulin à eau (il faut absolument que j’en fasse un ; c’est un de mes rêves de gosse, et à 50 ans, il n’est pas trop tard pour le réaliser).

On apprendra les règles très pertinentes pour se servir d’un Opinel.

Les plus courageux suivront les conseils pour goûter de l’abdomen de fourmis rousses… (je passe mon tour, je ne suis pas du tout une future insectivore !). Je préfère de loin les pages hyper intéressantes sur la teinture avec les plantes !

2) Raconter la nature

Le chapitre « Raconter la nature » nous emmènera sur des chemins qui, en tant que parents instruisant nos enfants en famille avec la pédagogie Steiner, nous sont familiers : raconter des histoires, des légendes, des récits populaires, sur la flore, la faune, le ciel, les lieux, les constellations… C’est un chapitre dont je me suis délectée.

Il s’accompagne d’outils précieux, tels que l’enquête et la recherche bibliographique qui vous donneront de nombreuses pistes pour mener à bien vos préparations. Certains paragraphes sont vraiment pleins d’enseignements de tous bords :

« « Tu parles, y’a plus rien ! Tout s’est perdu »
Ne vous inquiétez pas, les ethnologues disent cela depuis 150 ans à peu près !
A part quand la ville nouvelle ou la banlieue ont réellement fait « place nette », tous les anciens terroirs ont encore leurs mémoires : familles d’agriculteurs, de forestiers, de marins, d’artisans, de marchands ambulants, retraités, curés, anciens instituteurs, etc.
Cherchez, vous trouverez, c’est sûr. » (page 101)

J’ai adoré la section passionnante sur la toponymie, la science des « lieux qui chantent et parlent » (page 102).

Pistes

La démarche de Louis Espinassous est une démarche engagée qui se retrouve à chaque paragraphe. J’ai envie de dire que son engagement est un engagement humain :

« Je scandalise souvent les scientifiques qui, par hasard, m’écoutent ou me lisent. Je suis moi-même souvent assez surpris par le « retour » de mes publics, les interprétations « simplistes » ou « erronées » qu’ils font de mes explications. Les grands astrophysiciens et les grands paléobotanistes sont outrés que Reeves et Pelt puissent écrire de telles « niaiseries » ! Bon d’accord. Alors taisons-nous tous et la connaissance restera l’unique apanage et la casemate de l’É-L-I-T-E scientifique de notre pays !

Non. Vulgariser, expliquer, donner des idées, des envies, raconter l’histoire de notre monde… Faisons-le chacun avec nos possibilités, et de compréhension et de vulgarisation, sans complexe aucun. Avec seulement le souci du sérieux, de la rigueur, en nous disant qu’on simplifie, qu’on schématise, et que chacun devra, au fur et à mesure, essayer de « réajuster », de peaufiner sa connaissance, d’accepter la complexité toujours accrue de l’approche de la réalité. Et puis vous savez, certains grands scientifiques ont professé avec certitude et componction des « vérités » implacablement contredites dix ans plus tard… Et la réalité restera certainement toujours plus complexe que les capacités de compréhension de tout homme.

Alors, déculpabilisons » (page 107).

Ce chapitre se complète aussi par une invitation à l’Histoire ; l’histoire géologique, l’histoire des hommes et des paysages le temps qui passe, le temps compté. Espinassous s’inspire notamment du grand historien Duby qui disait « Un historien qui invente n’est pas un historien, mais un historien qui n’est pas perpétuellement en train d’imaginer ne peut être historien » (page 111), laissant ainsi aussi la place à l’imaginaire, constante de son ouvrage.

La connaissance, bien sûr, est recherchée, mais ce qui compte « c’est le lien affectif, ou d’utilité, la connivence qui va se créer entre la plante, l’animal,l a roche, l’étoile et nous » (page 123). Chez Espinassous, le Féminin côtoie le Masculin dans une harmonie riche et inspirante.

3) Des yeux pour observer

Ce chapitre nous initie à la lecture de paysage, à son décryptage. Des planches très intéressantes sont jointes et fournissent des « Descripteurs de terrain » très utiles.

Pistes

L’observation du ciel a ici une place de choix, que l’on soit à la ville comme à la campagne. C’est une constante d’ailleurs dans le livre de Louis Espinassous : Pistes invite sans aucune discrimination tant les citadins que les campagnards à la découverte de la nature ; j’ai été extrêmement surprise de ses descriptions et exemple d’exploration de la nature en ville. Citadins, ne complexez plus (j’en connais!) et attelez-vous à votre environnement sur les conseils de Pistes !

Les cailloux appelleront notre attention, puis les traces pour lesquelles de bonnes astuces sont indiquées en vue d’en faire des moulages. Les affûts sont aussi abordés, les chants d’oiseaux avec le judicieux conseil, notamment, de n’en identifier que deux ou trois pas plus.

Le respect est abordé de manière simple et didactique :

« La vie de ces animaux mérite votre respect autant que la vie de votre petit chat ou de votre animal préféré ; aussi, nous vous demandons :
– de relâcher, après observation, tous les animaux sur le lieu même de leur capture ;
– de ne pas les mutiler ou les tuer, sous aucun prétexte, fût-il scientifique ;
– de traiter ceux que vous garderez en élevage comme des invités en respectant tous leurs besoins, et de les relâcher dès la fin de votre étude et même avant si leur vie semble en danger ;
– de laisser à la vie sauvage toutes les espèces protégées par la loi 
». (page 160)

Pistes

Il y a une super idée d’activités avec les fourmis, pages 161 et 162. Cela donne envie de s’y livrer d’autant que notre champs regorge de fourmilières aux dômes bien bombés…

Le milieu aquatique, bien sûr, est abordé, depuis le calcul de la vitesse du courant aux petites bêtes, dont les batraciens ; j’adore les batraciens et je suis comblée que Louis Espinassous parle du chant des crapauds, un chant que je trouve hautement poétique et doux. Chez nous, nous avons plusieurs familles de crapaud, de tous les âges ; des tous petits mignons qui se balade tendrement sur notre terrasse, aux énormes, gros comme une assiette que l’on découvre parfois sous une touffe d’herbe ; mais ceux-là, on les traite avec une grande déférence, car, comme dit une de mes sœurs, ils doivent être des korrigans…

Ce chapitre m’a beaucoup plu et rappeler tant de souvenirs de mon enfance, entre orvet et têtards !

Il contient aussi des activités à faire avec les plus grands, comme le relevé de végétation que j’ai trouvé extrêmement intéressant (pages 172 et suite) ; il serait tout à fait complémentaire d’un bloc de botanique en classe 5.

Comme je vous le disais plus haut, les citadins ne sont pas oubliés et plusieurs pages contiennent de nombreuses pistes à explorer. En fait, il y a beaucoup de projets possibles que je n’aurais jamais imaginés.

Une anecdote : « « Tu sais y’a rien ! » me disait ce directeur d’accueil de loisir d’une « banlieue parisienne très dense », serrée contre sa voie ferrée. Toute la matinée dans la cour-pelouse du centre avec les animateurs, l’après-midi on voulait aller jusqu’au jardin public… on a passé trois heures sur 300 mètres de rue et voie ferrée. 100 mètre à l’heure… on a rigolé, joué, goûté, bricolé… et on n’a pas eu le temps de tout expérimenter, loin de là. « Déjà c’est fini ! » se sont exclamés en chœur à 17 heures les animateurs… et le directeur. » (page 179)

Enfin, ce chapitre n’élude surtout pas notre responsabilité à tous et toutes dans les problématiques environnementales, avec de très nombreuses pistes (le livre porte bien son nom n’est-ce pas?) à exploiter.

Partie 2 Construire la découverte

Je serai un peu plus brève sur cette partie qui donne en fait énormément d’éléments pour construire des projets de découvertes et que je me sens incapable de synthétiser. Et puis comme ça mon article sera moins long (et je me ferais moins tirer les oreilles par certains lecteurs). Trois sous-parties la structurent également.

1) Un projet pour la découverte

Des démarches sont suggérées, des méthodes sont proposées. J’ai trouvé excellent la méthode du tableau « V.A.C.H.E.S » :

V → pour Végétaux

A → pour Animaux

C → pour Climat

H → pour Hommes

E et S → pour Eau/Sol

(page 216)

L’esprit critique est encouragé ; décortiqué, il est expliqué et suivi de la description de concepts nécessaires à la démarche de projets.

Une autre partie que j’ai adorée : les projets « Arts et nature ». J’avoue ça me plaît bien plus que les aspects scientifiques, mais, en fait, ainsi il y en a pour tout le monde ; l’approche est plus holistique de cette manière. J’ai été très touchée par le projet de l’arbre attrapeur de rêve (pages 238 et 239) et j’ai hâte d’avoir un peu plus de temps pour y penser.

Une autre partie, extrêmement intéressante, porte sur un projet pour aménager un site. Je trouve ça exceptionnel et j’imagine à quel point les groupes non sco pourraient développer ce genre de projets. Ce serait extrêmement porteur et pédagogique.

De fait, la pédagogie de projet est, elle aussi, abordée dans le livre, pour vous aider à donner vie à vos idées.

2) Allons-y !

Une partie très pratique réunissant des points sur le matériel et les équipements, la sécurité ; des idées pour garder des traces de toutes ces activités ; des points sur les camps, les projets à l’école.

Les divers publics sont pris en compte afin d’adapter les projets, et aussi… le climat !

3) T’es pas tout seul, Jeff !

Ultime chapitre de Pistes avant les annexes (qui regorgent de pistes bibliographiques), cette partie est « La boîte à outils de l’animation nature : des livres, des revues, des associations, des stages de formation, des lieux, des adresses, des conseils… » (page 305)

Franchement, ce livre est une INCROYABLE mine d’idées.

Alors ? Convaincus ?

Pistes

Le seule petit point d’interrogation que je pourrais y voir pour quelqu’un comme moi qui n’a pas toujours un sens pratique et scientifique très développé, c’est de l’avoir suffisamment intégré pour pouvoir l’exploiter tellement c’est dense. Je crois donc que commencer par une ou deux activités est nécessaire. Et justement, l’attrait est là aussi, car cela veut dire qu’avec Pistes, vous en avez pour des années d’activités !

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Monique

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