Faut-il garder l’espoir d’un monde tendre même au coeur de notre ère technologique ?

C’est la question que je me pose à la lecture de Robot sauvage.

J’ai une relation très ambiguë avec le monde technologique ; d’un côté, je m’en sers (je communique présentement avec vous parce que j’ai appris adolescente à me servir d’un ordinateur et que j’ai été connectée à l’Internet dès 1997…) ; moi qui aime chercher et apprendre, je suis époustouflée de tout ce que je peux apprendre gratuitement grâce au réseau Internet.

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D’un autre je suis très réticente à la généralisation de la technologie telle que nous la connaissons aujourd’hui, à son accès dès bébé, au fait que maintenant tout – ou presque – est « connecté » (votre compteur, votre frigo, vos enfants, vos chats…) Je rêve d’un endroit de la planète où rien, pas un satellite, pas une onde, ne parviendrait à localiser un être vivant qui s’y trouverait ; ce rêve est désormais une véritable utopie. Et je trouve que c’est une tristesse considérable. Il n’y a pas encore si longtemps, on s’abritait dans les forêts profondes pour fuir la justice ou encore l’ennemi… Aujourd’hui, c’est peine perdu : où que vous soyez, on peut à distance vous ausculter le fond de l’oreille sans vous demander votre avis. Et puis d’ailleurs, les forêts elles-mêmes sont très menacées…

robotLe temps des terres vierges de tout contact est irrémédiablement terminé. Tout comme celui des forêts primaires, tout comme celui des peuples premiers… la liste pourrait se prolonger. Tristesse encore.

Et pourtant, j’ai toujours aimé la science fiction, sa capacité formidable à anticiper les problématiques contenues déjà en germe dans notre temps, à notre époque. Adolescente, les récits d’Asimov sur les robots m’ont fasciné ; j’ai dévoré les Théodore Sturgeon, les Van Vogt, les Franck Herbert, Ray Bradbury…

Aujourd’hui, on parle plus volontiers de dystopie ; mais, après tout, celle-ci est toujours une projection dans le futur d’une possible société – en ce cas une société où les individus sont privés de leurs droits les plus élémentaires -, à partir d’histoires imaginées qui prennent bien leur racine dans nos sociétés contemporaines. Il est d’ailleurs à mon sens très révélateur que les dystopies en question mettent toujours en scène des adolescents comme personnages principaux. Des adolescents la plupart du temps livrés à eux-mêmes, ou soumis à des adultes sans humanité ; en proie à un monde froid, cruel et sans espoir ; un monde dans lequel les robots, souvent humanoïdes, ont remplacé les humains.

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Le développement de la robotique est lui aussi inéluctable ; les robots sont déjà partout. Certains s’en frottent les mains ; d’autres les redoutent. Ce n’est pas seulement la littérature, mais aussi le cinéma qui se sont saisis des nombreuses hypothèses de notre vie avec les robots : Terminator, I robot, Star Wars, Ghost in the Shell, et j’en passe (je n’ai pas pour but de tous les recenser dans cet article), jusqu’au paroxysme d’un Matrix qui a profondément marqué nos consciences.

Tous mettent en lumière en quoi les robots peuvent nous assister pour notre bien (ce sont des compagnons) ; tous montrent aussi les dangers d’une prise de pouvoir par les robots et d’un asservissement de nos existences humaines aux machines (ils servent alors aussi à définir notre humanité).

Les trois lois de la robotique, formulées par Isaac Asimov, en génie précurseur, soutiennent toutes hypothèses :

Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger.

Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la première loi.

Un robot doit protéger son existence dans la mesure ou cette protection n’est pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi

Les questions de la robotique sont au coeur des cours de technologies que les enfants étudient au collège : les enfants sont conduits à étudier les drones, les robots explorateur, les robots percussionnistes pour s’initier à la programmation, le robot d’exploration lunaire YUTU, l’exosquelette Hercule V3, etc, etc. Ces sujet sont tous traités dans le sens de l’apport positif de la robotique à la vie humaine et comment nous pouvons les présenter aux humains consommateurs.

Irrémédiable évolution.

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Dans cette spirale, l’éducation Waldorf retarde l’accès des enfants au monde technologique, s’efforçant de développer de nombreuses et formidables compétences humaines dont nous sommes dotés et notre esprit critique afin d’utiliser la technologie pour servir l’humanité et pas l’inverse.

On cite souvent à titre de symbole ces cadres des géants de la technologie dans la Silicon Valley qui mettent leurs enfants en école Waldorf et limitent l’accès à la technologie dans leur propre foyer…

Dans tout ce paysage dressé ci-dessus, Robot sauvage apparaît comme un OVNI (sans vilain jeu de mot !). Robot sauvage est un roman illustré de et par Peter Brown paru aux éditions Gallimard Jeunesse en 2017. C’est un roman de 285 pages en format 20,5 x 14.

Il est donné pour la tranche d’âge 9/14 ans, mais, personnellement, je le réserverai pour les 13/14 ans du fait des questionnements qu’il peut générer autour de la technologie. Non pas que je sois convaincue que les plus jeunes ne peuvent pas bénéficier de tels débats, mais ils n’y percevront pas toutes les implications ; il y a toujours plusieurs robotniveaux de lecture et les plus jeunes se laisseront sans problème emmenés dans le côté très tendre de l’histoire, mais, je trouve dommage de ne pas profiter de l’éveil important pour les questions de notre temps qui se fait jour aux 14 ans des enfants. Par ailleurs, je ne trouve pas que les illustrations conviennent aux plus jeunes.

A contrario, on pourrait me dire que la grande tendresse qui existe dans ce roman peut gêner, voire faire reculer, de jeunes adolescents de 13/14 ans, mais je m’adresse sur Chant des Fées aux familles qui gravitent, de près ou de loin, autour de la pédagogie Steiner ; dans ces familles-là, ce qui est cultivé auprès des enfants nourrit et entretient chez eux une grande fraîcheur. Bien que parfois ils s’en défendent, le besoin de tendresse des adolescents est essentiel ; c’est un fil que nous devons, en tant que parents et adultes, continuer de tisser subtilement avec eux, afin de les accompagner dans le développement épanoui de leur être futur.

Robot sauvage, c’est l’histoire de Roz, plus précisément Rozzoum unité 7134, un robot domestique créé à l’unique fin d’assister les humains. Ah oui ! Notons que Roz est un robot féminin, première originalité du roman.

Le cargo qui transporte Roz sombre et sa caisse ainsi que celle de quatre autres robots échoue sur une île peuplée uniquement d’animaux sauvages. Les autres robots sont démembrés par l’océan qui fracasse leur caisse sur les rochers. Seule Roz est sauvée.

Dans ce roman, point n’est besoin de s’interroger sur les sentiments existants ou pas des robots. A partir du moment où Roz est activée « par hasard » par des petits loutres visitant sa caisse, elle s’éveille alors son instinct de survie. Elle réalise en effet très vite qu’elle n’est pas programmée pour être dans la nature et qu’elle doit trouver rapidement un abri et des alliés. Cependant, ses premiers contacts avec les habitants de l’île sont difficiles ; prise pour un monstre, elle est rejetée.

Un jour, elle tue accidentellement un couple d’oie et la majorité de leurs œufs en tombant. Un seul œuf est intact. Roz ne peut supporter ce qu’elle vient de commettre ; elle s’éveille alors à d’autres sentiments. Le robot va se dépasser pour communiquer avec les animaux qui peuvent l’aider à prendre soin de son œuf, puis de l’oison. Joli-Bec est son fils et Roz, sa maman robot maternante, est tout amour pour lui.

robotElle est intelligente, observatrice et apprend très vite. Elle devient un robot sauvage. Elle se fond dans son environnement, communique bientôt avec tous les animaux de l’île, même les plus hostiles à sa présence. Sa générosité, sa bonté, sa tendresse et sa sollicitude pour tous, font bientôt tomber toutes les hostilités, les unes après les autres.

Robot sauvage ouvre une brèche. En tous cas, il a ouvert une brèche dans mon coeur, sans que je sache encore trop comment la qualifier. Robot sauvage a de multiples entrées : il raconte – basiquement – combien c’est chouette d’être un robot dans le monde sauvage (et est-ce une métaphore pour nous autres humains trop déconnectés de la nature surtout quand on sait que Peter Brown est un grand adorateur du monde naturel?) ; il conte une histoire de parentalité douce et extraordinaire, et nous renvoie à notre propre type de parentalité ; il aborde le thème de l’empathie dans notre monde où la technologie est ultra présente et le sera davantage encore demain.

Il entre enfin de plein pied dans le thème du robot ayant une conscience écologique entrevu dans « Le château dans le ciel » de Miyazaki. Peter Brown le dit lui-même : « Je voulais raconter l’histoire d’un robot qui trouve l’harmonie dans le dernier endroit où vous vous attendiez à le trouver. Je voulais raconter une histoire de robot nature ». Cette conscience est-elle un « bug » du programme de Roz ou bien constitue-t-elle un fol espoir pour demain ?

En refermant Robot sauvage, on est loin d’avoir la réponse à toutes nos questions. Il y a « juste » une ouverture vers de nouveaux horizons à explorer, en famille, avec nos grands.

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Monique

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