Qu’est-ce qui est très particulier à la pédagogie Steiner ?

Un triptyque que, selon moi, tout parent peut intégrer.

Est-ce que ce sont les murs lazurés de couleurs tendres ? Les jouets en matière naturelle ? L’ineffable simplicité qui se dégage des jardins d’enfants Steiner ? Le tablier de la jardinière d’enfant ou de la conteuse ? Les poupées sans nez/oreilles/nombril ? L’aquarelle ou les craies à la cire d’abeille, alors peut-être ? Les cahiers blancs sans lignes ?

Dans mon livre « La pédagogie Steiner-Waldorf à la maison », j’ai décris plusieurs principes qui, à mon sens, aident à caractériser la singularité de cette pédagogie :

  1. la question de l’introduction précoce des apprentissages intellectuels
  2. Éduquer le coeur, l’esprit et le corps
  3. La gestion de l’accès aux écrans
  4. Le jeu libre
  5. Le travail manuel
  6. Éduquer par le beaucoup
  7. La connexion avec la Nature
  8. La vie sociale de l’enfant
  9. L’humanisme
  10. Le rythme

Bien sûr que toutes ces dimensions entrent en ligne de compte et ont une grande importance dans cette pédagogie, force est de constater toutefois que d’autres pédagogies intègrent aussi ces axes (en tout ou partie) comme la pédagogie Charlotte Mason, la pédagogie Reggio…

On pourrait penser que, que mixés ensemble, ces principes donnent la recette idéale qui permettra de se dire « j’applique véritablement la pédagogie Steiner avec mes enfants »… Cependant, pour pousser un peu les choses, on peut dire que l’on peut faire des activités d’inspiration Steiner, mais que la pratiquer, c’est encore différent.

Alors qu’est-ce qui fait le petit plus de l’éducation Waldorf ?

Si je devais retenir une seule dimension, ce serait l’amour de l’enfant, la révérence envers l’enfant, qui est indissociable d’un amour de tout être vivant ; mais, me direz-vous encore une fois, d’autres pédagogie prônent amour et respect de l’enfant.

Cependant, cet amour, pour être vivant, IMPLIQUE un travail intérieur du parent/enseignant.

Et, justement, il faut qu’une certaine dimension intérieure soit présente pour que ce soit Waldorf.

Dans la pédagogie Steiner, l’enseignant est invité à soigner son développement spirituel et personnel par des exercices préconisés par Rudolf Steiner. Je n’en parlerai pas ici n’étant pas anthroposophe ; mais une recherche sur le web est facile à faire et vous trouverez tout ce dont vous avez besoin pour étudier ces pratiques si vous le souhaitez.

Ce qui m’intéresse, ce sont les rapprochements que l’on peut faire.

Il y a longtemps que je pense, de par mon cheminement, que pour authentiquement accompagner et aimer les enfants, quels qu’ils soient, quels que soient ce que nous traversons avec eux, nous devons consentir un véritable effort envers notre propre INTÉRIORITÉ, le développement de la conscience de ce que nous portons en nous, dans notre ombre la plus profonde comme dans nos clairs-obscurs les plus visibles, que les enfants sentent et auxquels ils réagissent à leur manière, actant souvent ce qui est caché.

triptyque

La relation à tout enfant nous renvoie nécessairement à l’enfant que nous avons été, à ses joies, son potentiel latent comme son potentiel développé, ses peines, ses lourdeurs, ses blessures, ses manques, ses humiliations, ses traumatismes, etc. quel que soit le degré de gravité de ces atteintes.

Je crois que c’est cette dimension de la pédagogie Steiner qui m’a le plus touchée : la prise en compte de l’intériorité de l’adulte accompagnant l’enfant.

En tant qu’enfant, j’ai beaucoup souffert du contact d’adultes qui n’avaient absolument aucune remise en question, aucune connexion avec leur inconscient, aucun travail sur leur propre passé, et qui faisaient porter aux enfants bien des poids qu’ils n’auraient pas dû subir. C’est peut-être parfois davantage cette absence de remise en question, voire le déni, ou encore la justification d’actes et paroles maltraitantes, qui sont traumatisantes plutôt que la faillibilité dont toute personne est porteuse et qui, prise en compte, travaillée, éclaire des parcours humains qui peuvent devenir émouvants et riches.

Quand je suis moi-même devenue maman, c’est un point qui n’a cessé de me motiver à continuer de mieux me connaître, à davantage prendre la responsabilité de ma vie et de ce que je porte en moi. J’ai vraiment été très touchée d’observer à quel point l’enseignant, dans la pédagogie Steiner, se doit de s’éveiller à son intériorité afin d’être le plus libre, le plus léger possible, pour les enfants, afin de pouvoir rencontrer chaque enfant, individuellement, dans toute la plénitude de son potentiel à venir, sans faire peser sur lui des projections qui n’appartiennent qu’à la vie intérieure de l’adulte. Sur ce thème, vous pouvez lire cet article déjà traduit par la Fédération Steiner.

Simplement, dans ma conception ouverte de cette pédagogie, cette démarche peut être réalisée de la manière qui nous convient le plus, qui est la plus adaptée à nous, soutenu en cela par des personnes de confiance et de bons livres.

Il y a donc pour moi un triptyque que toute personne en lien avec des enfants, petits, moyens et grands, a besoin d’engager afin de pouvoir véritablement aller à la rencontre de chaque enfant :

– travail sur sa psyché

– travail sur son développement spirituel

– travail sur sa créativité artistique

Les trois sont liés, car nous sommes des êtres qui formons un tout, mais on peut les séparer pour les étudier de manière plus claire.

Le travail sur sa propre psyché

Il est évident aussi que, à mon sens, même les personnes qui n’ont que de vagues contacts avec les enfants nécessiteront pour leur propre développement en tant qu’être humain, pour leur propre bonheur intérieur, de se préoccuper de couvrir les besoins de ces trois sphères de l’être.

En tant qu’être humain, nous avons une grande tendance à porter à l’extérieur un intérêt bien plus important qu’il ne faudrait ; si nous cultivions tous les fleurs du bonheur dans notre jardin intérieur, le monde s’en porterait bien mieux, car le véritable bonheur part de l’intérieur de nous-même.

A une époque désormais révolue je l’espère, la plupart des gens pensaient que, pour aller consulter un thérapeute, il fallait être fou. Je me le suis entendu dire plus d’une fois et il m’a fallu bien de la force intérieure pour continuer de faire mon chemin, à savoir d’être aidée à sortir d’une enfance et d’une adolescence qui ont été malheureuses. J’avais parfois envie de leur dire que c’était l’inverse qui était vrai : qu’il fallait être fou pour ne pas avoir envie de se faire aider à aller mieux… La vulgarisation de la psychologie a permis que de plus en plus de personnes aient envie de se connaître et d’explorer les racines de leurs propres souffrances, se connectant à leur sensibilité, à leurs émotions, à leur vie intérieure.

triptyque

Lorsque la personne se prend en compte à ce niveau et prend la responsabilité de sa vie d’un point de vue psychologique, en se tournant vers l’intérieur, elle commence alors à cesser de faire porter aux autres, et, en l’occurrence, aux enfants, ses conflits non résolus, ses souffrances non guéries.

Cela ne veut pas dire que nous devons être intégralement sans souffrances pour nous occuper d’enfants, ce qui est totalement infaisable et irréaliste ; cela signifie simplement que nous devons être véritablement engagés dans une démarche de guérison de nous-mêmes. Ce qui est merveilleux d’ailleurs, c’est que les enfants – libérés de notre propre poids existentiel – le sentent et deviennent ensuite de véritables guides, des miroirs, pour l’enfant blessé qui vit encore en nous. Nous les libérons ; ils nous « aident » (ce n’est pas, pour eux, un processus conscient dans la majorité des cas) à mieux nous écouter, mieux prendre en compte notre sensibilité, nos émotions blessées, nos souffrances intérieures, pour créer plus de véritable bonheur. Un cercle vertueux s’instaure.

Certaines personnes n’ont pas forcément besoin de rencontrer un thérapeute, et encore moins durant de très longues années ; cela peut être ponctuellement. Cela dépend de tellement de facteurs intérieurs et extérieurs (notamment financiers). Nous sommes tous tellement différents. Mais, dans tous les cas, ces personnes ont trouvé les moyens d’accéder à leur intériorité et se sont forgées une panoplie d’outils intérieurs pour travailler sur elles-mêmes.

Je vous conseille le dernier article de Daliborka Milovanovic que j’ai lu tout récemment et qui décrit avec beaucoup de pertinence ce que « travail intérieur » signifie et comment il peut se réaliser par un acte aussi « simple » que d’échanger avec un(e) ami(e).

Le travail sur son développement spirituel

C’est peut-être le point où il me semble qu’il y a le plus à ouvrir notre esprit, notre coeur, vers des horizons larges.

Parmi les familles qui pratiquent la pédagogie Steiner, un peu, beaucoup, passionnément, on trouve toutes les teintes : il y a des familles Waldorf chrétienne, juives, musulmanes, païennes, et il y a des familles Waldorf laïques ; il y a beaucoup de famille dans lesquelles on ne pratique pas de religion, mais où la spiritualité, sous une forme très personnelle, a beaucoup de place ; il y a aussi de nombreuses familles où plusieurs influences spirituelles et religieuses sont présentes.

Et pourtant, sur les groupes Facebook (celui-ci, celui-là ou encore ce dernier) ou le forum Steiner, bien peu partagent cette diversité et c’est bien dommage.

Quand je lis certains articles ou certaines publications, j’ai parfois le sentiment qu’on est censé tous pratiquer la même chose, croire aux mêmes choses (par exemple les anges, j’y pense à cause d’un article lu en anglais tout récemment). Le risque est de tout présenter de manière exclusive et non inclusive de toute la diversité humaine, alors que de nombreuses personnes ne se reconnaissent pas en tout ou partie dans ces publications.

Le monde a besoin que nous réinvestissions dans l’humanité de tout un chacun, tous exprimant une singulière manière d’être au monde.

Il y a des manières simples de se relier à ce qui relève de la transcendance spirituelle ou religieuse au degré où chacun le souhaite.

Quelques gestes simples comme : allumer une bougie en pensant de tout coeur à quelqu’un, par exemple à son enfant qui traverse une difficulté et que l’on souhaite aider, remercier pour le bon repas ou notre vie, embrasser un arbre, marcher en bord de mer, s’asseoir un moment dans la nature, jardiner qui demande de prendre soin de la terre, des plantes et des animaux…

Des pratiques assez faciles à pratiquer chez soi en se faisant initier dans son environnement local : le yoga, la respiration consciente, la pleine conscience, le Tai chi chuan…

Bien sûr, toutes les techniques de méditation, qui demandent cependant souvent d’être guidé au moins au début, sans oublier le shamanisme, et la prière bien sûr, un outil tellement puissant, que l’on peut adapter à sa spiritualité, à défaut d’adhérer à une religion dans laquelle la prière a déjà un cadre qui vous est enseigné.

Il est sûr que d’avoir une vie spirituelle nous permet de mieux nous connaître, de nous dépasser, de nous aider à aller vers la résilience. Elle nous aide à ouvrir notre coeur à la nouveauté, à la tolérance, à l’écoute, à la paix du coeur.. en somme à développer notre humanité. Je ne conçois pas la spiritualité et la religion en dehors de ces buts.

A vous de trouver ce qui vous fait du bien, ce qui vous permet d’aller à la fois vers vous-même, vers votre intériorité, et vers les autres.

Le travail sur sa créativité artistique

Il est étroitement relié à la dimension psychologique et à la dimension spirituelle ; travailler sur l’un de ces pôles fait inévitablement bouger la question de notre créativité artistique. Elle fait partie, selon moi, des forces vives incontournables qui nous permettent de traverser les épreuves, les doutes, les moments difficiles ; une pratique artistique est donc couplée à notre trajectoire existentielle, qu’elle éclaire, soigne, enrichit, nourrit, illustre…

Généralement, on développe notre créativité artistique en s’engageant dans l’apprentissage d’une technique artistique quelle qu’elle soit ; mais, lorsque l’on découvre le flot de la créativité en soi, il n’est pas rare et plutôt fréquent même que l’on développe plusieurs techniques artistiques tant c’est nourrissant, puissant, joyeux et vivant.

Les enfants, qui apprennent par imitation durant de nombreuses années, profiteront de cette dynamique créative et tout naturellement intégreront la créativité artistique pour leur plus grand bien. Car nous apprenons le mieux grâce à la dimension artistique.

En effet, et pour ne parler que du dessin, une équipe de chercheurs canadiens a mis en lumière que dessiner est le moyen le plus rapide et le plus effectif d’apprendre. Un groupe de volontaire devait mémoriser une liste de mots ou de définitions. Certains devaient les apprendre en les écrivant ; les autres devaient les mémoriser en les dessinant. Les résultats furent sans ambiguïté : ceux qui avaient utilisé le dessin mémorisaient le mieux les listes. Cela ne donne que plus de force à ce que je vous racontais il y a quelques semaines sur notre petite expérience de quelques temps avec les manuels desséchants de l’Éducation Nationale et mes jeunes filles à l’excellente mémoire incapables de retenir ce qu’elles étaient en tain d’étudier… Cela n’en donne que plus raison à Rudolf Steiner pour qui l’éducation est un art…

triptyque

Alors continuons de dessiner, tous, enfants, ado, adultes… continuons aussi de filer, tisser, tricoter, crocheter, travailler le bois ou à la forge, de jardiner, de déclamer de la poésie ou des pièces de théâtre, de lire ensemble, de nous tenir la main en récitant des paroles de sagesse quelles qu’elles soient.

Continuons aussi de soigner la relation à nous-même ; c’est cette présence à nous-même qui crée la qualité de relation avec les enfants et avec les adolescents qui en ont tellement besoin aujourd’hui.

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- Monique

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