« La pédagogie Steiner : état des lieux, fondements et perspectives », sous la direction de Jost Schieren, aux éditions Aethera, est un livre récent (2019) que j’attendais impatiemment de lire. Cet ouvrage collectif est d’abord paru en langue allemande. Comme d’habitude, concernant les ouvrages des éditions Triades/Aethera, vous trouverez la table des matière sur le site des éditions Triades.

Que trouve-t-on dans La pédagogie Steiner : état des lieux, fondements et perspectives ?

Cet ouvrage très rigoureux est une compilation d’articles revenant sur des grands axes de la pédagogie Steiner avec un souci réel de réactualisation, et de discussion argumentée scientifiquement, notamment dans une perspective anthropologique. Dans cette optique, les critiques apportées à cette pédagogie sont prises en compte, examinées et analysées dans le cadre d’une démarche objectivante. De ce fait, La pédagogie Steiner : état des lieux, fondement et perspective est un livre à classer dans les ouvrages de recherches spécifiques ; il n’est donc pas d’un abord simple et sera réservé aux parents qui ont déjà de bonnes notions générales sur la pédagogie Steiner en particulier, mais aussi sur l’oeuvre de Rudolf Steiner en général (ce qui implique déjà pas mal de temps passé à lire et réfléchir…)

Nonobstant ces précautions d’usage, cet ouvrage est excellent pour tous ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances, leur compréhension fine et leur application de la pédagogie Steiner.

J’ai pour ma part pris beaucoup d’intérêt à lire les développements relatifs à la pédagogie Steiner en tant qu’anthropologie pédagogique. Peut-être que si j’avais été plus attentive dans mon ordre de priorité des livres de ma pile, j’aurais lu celui-ci après celui que je suis en train de lire (L’enfant en devenir) dans la mesure où les développements de ce dernier sur la question de l’anthropologie pédagogique sont plus amples et permettent donc mieux d’apprécier les compléments apportés par La pédagogie Steiner : état des lieux, fondements et perspectives. Disons que cela aurait un peu simplifier sa lecture. Je vous le précise dans le cas où vous n’auriez lu aucun de ces deux livres.

J’ai également beaucoup apprécié la présentation dénuée d’affects des critiques émises à l’encontre de la pédagogie Steiner. Celles-ci sont observées, analysées, confirmées et/ou remises en question avec une très grande intégrité et de manière scientifique.

La pédagogie Steiner : état des lieux

A titre de brefs exemples :

  • la critique récurrente que la pédagogie Steiner serait fondée sur une doctrine occulte ne résiste pas à une véritable analyse étayée (dans la majeure partie du livre). De plus, la simple incursion vers l’éducation « cosmique » de la pédagogie Montessori (page 11) devrait pourtant permettre de relativiser « l’ésotérisme » reproché à la pédagogie Steiner !
  • d’un autre côté, Jost Schieren souligne très clairement et à plusieurs reprises les conséquences posées par le manque d’autonomie et d’individuation des pédagogues Steiner vis-à-vis des déclarations de Rudolf Steiner (page 54).
  • enfin, sans remettre en question la position de principe de la pédagogie Steiner relative aux écrans, Jost Schieren souligne la « restriction exagérée » et la nécessité pour les élèves des écoles Steiner d’apprendre à « manipuler de façon critique et productive les outils médiatiques, et cet aspect est souvent négligé » (page 129).

Le livre clarifie énormément les bases de la pédagogie Steiner en revenant aux intentions, aux écrits et à la philosophie de Rudolf Steiner.

Parmi les chapitres qui m’ont passionnée :

  • Les motifs centraux de la pédagogie Steiner
  • L’enseignement par périodes
  • Le travail sur soi de l’enseignant
  • La délicate question du plan scolaire.
La pédagogie Steiner : état des lieux

En ce qui concerne ce dernier point, je ne résiste pas à la tentation de faire quelques citations :

«  Le plan scolaire des écoles Waldorf est un objet d’étude très délicat à appréhender, d’abord parce que la pédagogie Waldorf découle de l’anthroposophie de Rudolf Steiner, ensuite parce que la pratique de cette pédagogie est extrêmement hétérogène, mais aussi par ce que la compréhension du plan scolaire sur lequel elle s’appuie, au lieu de fixer des standards, vise à être appliquée de façon autonome et individualisée. »

Et ici, je vous renvoie à des traductions que j’ai publiées sur Chant des Fées :

« Le plan scolaire idéal doit être calqué sur l’image en constante métamorphose de la nature humaine aux différents âges. Comme tout idéal, il doit aussi faire face à la pleine réalité de la vie et s’y insérer. Or cette réalité implique plusieurs choses : elle implique l’individualité du professeur qui se tient devant la classe, elle implique l’époque historique dans laquelle on vit, ainsi que l’endroit de la terre où l’école se situe, avec sa culture et sa législation. Toutes ces données modifient le plan scolaire idéal et exigent de la compréhension et de la souplesse. La tâche éducative qui nous est confiée par ceux qui veulent grandir ne pourra être accomplie que si le plan scolaire reste lui-même mobile et plastique« 

C’est une citation (page 198) empruntée à Caroline von Heydebrand qui fut membre de la première équipe fondatrice de l’école Waldorf de Stuttgart avec Rudolf Steiner. Ses propos datent de 1925.

Maintenant, une déclaration de Karl Stockmeyer (dont nous sommes nombreux à connaître le plan scolaire autrefois présent sur Internet, mais manifestement retiré depuis peu), écrite en 1955 (page 199)  :

« Vouloir enfermer ce que Rudolf Steiner a réalisé dans sont art de l’éducation dans un schéma définitif irait à l’encontre du sens et de la nature de son travail. […] Un plan scolaire juste peut certes rendre l’enseignant conscient de certains nécessités, mais il doit laisser un espace de liberté adéquat au professeur présent et actif dans l’instant et doué de capacités d’imaginations. »

Tobias Richter, quant à lui, écrit dans un livre en 1990, cité toujours page 199 de La pédagogie Steiner : état des lieux, fondements et perspectives :

« derrière les différents contenus d’enseignement, il ne faut jamais oublier l’enfant, car c’est lui, en réalité, qui pour le professeur représente le véritable « plan scolaire », le véritable programme d’éducation« .

Et Michael Zech, auteur de ce chapitre, de conclure (toujours page 199) :

« C’est pourquoi la prétention de la pédagogie Waldorf a toujours été, jusqu’à aujourd’hui, de mettre de façon conséquente les matières enseignées et les méthodes éducatives au service d’un encouragement de l’individuation, et de faire en sorte que l’enseignant soit à même de comprendre et d’analyser les processus de développement de l’enfant de façon à élaborer et réaliser l’idée même de son enseignement sur la base de ses compétences pour sa matière et de la rencontre qu’il fait à chaque instant avec ses élèves. »

Michael Zech en profite pour dénoncer « la canonisation » des indications orales de Steiner (page 201).

De quoi nourrir beaucoup nos réflexions (et aussi relativiser les critiques acerbes de quelques vieilles barbes 😉 ). Bonne découverte et bon approfondissement !

 

Produits disponibles sur Amazon.fr

Crédits photos pour le Gotheanum, dans l’ordre : Kakilambe ; Malcolumbus sur Pixabay.

Chèr(e)s lectrices et lecteurs,

Les liens affiliés permettent principalement aux fées de rémunérer l’hébergeur (O2Switch), certains services logiciels apportant au site des fonctionnalités payantes (plugins premium).

Ces liens portent uniquement sur des livres que j’ai choisis avec soin, parce qu’ils correspondent à la ligne éditoriale de Chant des Fées et répondent à des critères de qualités, de valeurs humanistes, écologiques, artistiques et créatives. Naturellement, je lis tous les livres que je recommande.

Chant des Fées contient plus de 510 articles entièrement gratuits, un chiffre qui est en évolution constante. Cela représente un temps de travail que votre participation, en cliquant sur ces liens affiliés, ne rémunère pas à proprement dit ; cependant, votre action renvoie tout de même de la valeur au travail considérable effectué, et soutient l’auteure, sans omettre celle que vos commentaires et échanges apportent aux fées ! Elles vous remercient chaleureusement pour votre compréhension.
– Monique

124 Partages
Partagez120
Enregistrer3
Tweetez
Partagez1
%d blogueurs aiment cette page :