« A contre-courant – Pour que nous enfants grandissent, apprennent et vivent en liberté » est écrit par Mariane Fayet-Monnier et a été publié en mai 2019 par les éditions L’instant Présent site sur lequel vous trouverez une présentation de l’ouvrage.

Il y a quelques mois, Mariane m’a contacté via le formulaire contact de Chant des Fées pour me proposer la lecture de son ouvrage récent. Sur le moment, après avoir accepté, je n’ai pas cherché à m’apporter à moi-même une réponse étayée et profonde du pourquoi ce livre me parvenait. J’avais trop de travail et la tête bien trop occupée par des priorités. J’ai donc posé le livre sur ma « Pile à Lire » (PAL… j’en ai mis du temps à comprendre ce sigle) jusqu’à ce que je le reprenne le mois dernier pour le lire enfin.

A contre-courantD’une manière générale, c’est un très bon livre pour ceux qui débutent l’instruction en famille et sont attirés par le Unschooling. Il pose à plat tous les grands débats (passionnels !) suscités par cette approche de l’enfant. Très honnêtement, et sans dénier toute sa valeur à ce livre très bien écrit et très bien pensé, pour ceux d’entre nous qui ont déjà bien bourlingué dans l’instruction en famille (10ème année pour nous) et qui avaient déjà bien débroussaillé la question de l’instruction, de l’école et de l’éducation, il ne sera peut-être pas essentiel. Je pèse mes mots, car je sais ô combien c’est dur de lire une « critique négative » sur un ouvrage qui nous a impliqué durant des mois, corps et âme. Je ne souhaite pas du tout participer aux véritables lynchages que je vois régulièrement sur les sites Internet par des personnes qui n’ont d’ailleurs souvent jamais écrit aucun livre ; d’où les guillemets que j’ai apposés à l’expression. Ce n’est donc pas mon propos ici : clairement, je trouve ce livre très bien, je n’ai que deux petites critiques qui ont leur part de subjectivité comme toute critique :

  • celle que je viens d’énoncer : pour des personnes rompues aux lectures d’Alice Miller, de la VEO, etc.. et qui ont une remise en question ancienne et riche de l’éducation traditionnelle, il n’apportera pas grand chose si ce n’est une réactualisation toujours intéressante de cette pensée.
  • et le fait que l’introduction laisse penser à un ouvrage plus pratique que théorique, alors qu’en fait les arguments théoriques, souvent d’ordre philosophique, sont extrêmement présents et inversent cette polarité.

Dès les premières lignes, j’ai été sous le charme de l’écriture de Mariane et de son histoire : la musicalité, son rythme, sa richesse et la profondeur de la réflexion en rendaient la lecture des plus vivantes et des plus agréables. C’est peut-être aussi pour cela que j’ai été surprise par le ton ensuite beaucoup plus théorique du reste de A contre-courant.

L’auteure nous convie donc dans son avant-propos à entrer dans l’intimité de leur expérience familiale, à partager leur éveil aux questionnement sur l’accompagnement de leurs enfants (et des enfants en général), mais aussi à partager la douceur et la joie de vivre de leur expérience familiale du unschooling.

Le livre peut tout à fait convenir aux parents d’orientation Steiner s’inspirant du Unschooling, et il y en a ! Je vous invite d’ailleurs à revoir deux articles de Chant des Fées sur la question :

L’auteure y décrit les premiers pas de leur famille dans l’Instruction en Famille (IEF), avec notamment l’apport de la pédagogie Montessori. Elle mentionne leurs errances menant à des questionnements et à des choix, éclairés de surcroît par son expérience d’enseignement dans les collèges et lycées.  J’ai envie de souligner que c’est finalement un début habituel en IEF, comme le vivent tant de famille, qui tatonnent pas mal avant de trouver ce qui est signifiant pour eux, ce qui fait que cette IEF va devenir un art de vivre, un rythme, une respiration.

A contre-courant

J’ai souris à l’évocation de son questionnement (page 112) sur l’effritement de la place de la relation parent-enfant face à la collectivité ; c’est typiquement ce par quoi nous sommes passés dans notre cheminement vers l’instruction en famille.

Ici, très rapidement, le ton change. Du récit, on passe aux enchaînements de réflexions autour du questionnement de l’autorité telle qu’elle est imposée, alimentée, subie, cautionnée et/ou remise en question.  Beaucoup de citations viennent appuyer les réflexions de l’auteure : des citations d’Alice Miller, d’Olivier Maurel, de John Holt, ou encore de Pam Laricchia ou Alfie Kohn pour ne parler que d’eux.

La partie 2 de A contre-courant, intitulée « De l’estime qu’on porte à l’enfant et à son histoire » revient sur la façon dont l’enfant est traité dans notre société : à savoir comme un citoyen de seconde zone, parce que dans les statuts qui lui sont attribués, il est souvent un « fardeau », que « l’éducation traditionnelle et ses principes sont toujours d’actualité », que « l’enfant est un individu identifié relativement à ceux qui le précèdent », qu’il est une « cible du marketing ».

L’analyse est pertinente et passe au crible l’éducation traditionnelle, étayées toujours d’abondantes citations, notamment d’Alice Miller et JP Lepri. En ce qui concerne le point de l’enfant en tant que cible du marketing, j’aurais bien vu une référence à une étude sociologique majeure sur la question dont tout un chapitre traite de la captation de l’adolescent dans le monde par le marketing. Il sagit de celle de Naomi Klein, No logo.

Le chapitre continue avec une analyse du concept d’autorité, dans son acception traditionnelle, et de ses deux écueils totalement infertiles : la répression et/ou la négligence. Il est vrai que les parents qui n’ont pas rélféchit sur la parentalité d’une manière profonde, naviguent souvent entre les deux. Or, et comme le dit si bien Alfie Kohn cité page 37 :

« Les deux partagent la même caractéristique de ne rien offrir aux enfants de l’accompagnement efficace et respectueux dont ils auraient besoin de la part d el’adulte. Pas étonnant que l’on trouve des parents tour à tour punitifs et négligents. Lorsque l’un de ces choix a donné un mauvais résultat, ils se tournent vers l’autre« .

En général, après avoir fait ce constat, on peut aborder un autre point de vue : et si on faisait équipe avec ses enfants ? Cela change bien des perspectives ; c’est la remise en question de ce que j’appelais il y a longtemps le « dogme de l’infaillibilité parentale »… Mariane Fayet-Monnier nous l’explique ensuite dans A contre courant, page 44 :

« Si, en tant que parents, nous renonçons à l’autorité comme moyen de pression sur l’enfant et comme instrument de négation de ce qu’il ressent, nous nous devons de remettre en cause et notre statut et les privlièges qui lui sont attachés. Nous ne serons plus ni maîtres, ni mentors, encore moins experts ou guides, et il nous faudra apprendre l’humilité, la discrétion, parfois même une forme d’abnégation pour ne pas surréagir ou obéir à la tentation de réinstaurer sans cesse ce rapport de force qui domine nombre d’adultes qui nous entourent. »

La troisième partie s’intitule « Nos choix face au monde » ; elle justifie à elle seule le titre « A contre-courant » de l’ouvrage. En effet, adopter une nouvelle forme de parentalité basée sur le respect, l’échange, le partenariat, est encore aujourd’hui en France équivalent à remonter le courant d’une rivière à contre-courant. La violence éducative ordinaire (VEO) demeure encore la norme même si le vote de la loi sur la VEO fera progresser les metnalités. Il n’empêche que pour le parent d’aujourd’hui qui a opté pour une voie différente, cela emporte des conséquences au quotidien qui peuvent parfois être très lourdes : séparation d’avec le conjoint qui refuse de se remettre en question, difficulté avec la famille élargie qui continue sur son fonctionnement habituel et souvent pathologique car fondé sur le déni de l’individuation et de la sensibilité… Je crois que nous sommes très nombreux à avoir de nombreuses exemples concrets sur cette question.

Mariane analyse ici cet aspect, tout en ajoutant aussi des complément sur la peur du laxisme que suscite le unschooling. De quoi vous donner beaucoup d’arguments en plus de la matière pour réfléchir.

A contre-courant

Ce qu’elle peaufine d’ailleurs dans la partie 4 qui s’appelle « Des idées pour mieux s’affranchir ».

En adoptant le Unschooling, nous devons faire face à la nécessité d’un changement de paradigme.

« Il ne s’agit pas seulement de changer de façon de faire ou de façon de parler de l’éducation et de l’apprentissage, il s’agit de voir les choses autrement. Et ce changement impose d’analyser avec minutie nos objectifs personnels, mais aussi plus largement notre rapport à l’autre, notre philosophie de vie, notre place dans le monde« . (pages 62/63)

En tant que parent instruisant avec la pédagogie Steiner depuis longtemps, je dois dire que c’est une nécessité à laquelle j’ai souvent été confrontée. Nous avons là des points communs d’autant qu’une phrase m’a beaucoup fait penser à ce que Steiner nous enseigne :

« Même si les manuels qui enseignent aux adultes comment être de meilleurs parents conseillent souvent de juger les actes plutôt que la personne afin de préserver l’estime de soi et la confiance, le jugement sur l’enfant s’exerce de manière permanente dans notre société, que ce soit dans le cadre scolaire ou dans le cercle plus intime de la famille et des amis. Et ce jugement, même discret, implicite, voire transparent, agit à la manière d’une pression persistante et oppressante sur l’enfant, sur son devenir et sur sa liberté« . (page 65)

En effet, comme le je mentionnais dans mon article sur la pédagogie curative, le jugement que nous portons sur l’enfant aliène sa part de génie, pour reprendre l’expression de Rudolf Steiner. Autant dire que c’est un chapitre dans lequel tout parent d’orientation Steiner se retrouvera, la pédagogie Steiner comme le Unschooling visant à la liberté intérieure de l’enfant.

On retrouve encore cette convergence dans A contre-courant quand son auteur évoque les conséquences négatives des évaluations  et notations, ainsi que la pression pour la performance dont notre société a complètement imprégné son système scolaire et éducatif. Une situation qui est poussée jusqu’à ne pas permettre au parent d’être disponible et accessible pour ses enfants. Or, pourtant, l’éducation est une mission essentielle, et les efforts du parent pour se rendre accessible participent de ce changement de paradigme.

Le chapitre se termine sur une analyse de la fameuse question de la socialisation, basée sur des arguments philosophiques et sociologiques.

Le cinquième et dernier chapitre s’intitule « Comment apprend-on de manière libre, autonome et informelle ? » J’ai beaucoup aimé les réflexions sur le CSP et le socle scolaire, très pertinentes et justes :

« Si l’on avance l’idée selon laquelle il existerait un palier minimal à atteindre par tous, on se place dans un monde lisse et sans relief, dans lequel aspirations, spécifités et talents personnels auront été gommés« . (page 84)

De même, les éclairages de Mariane Fayet-Monnier, en tant qu’ancienne professeure, sur ce que signifie la « différenciation pédagogique » dans le système scolaire sont édifiantes, surtout lorsque l’on sait que :

« […] c’est une grande satisfaction et un sentiment de grande plénitude pour l’enfant que de réaliser que c’est en lui-même qu’il peut trouver des ressources inépuisables pour comprendre ce qui l’entoure« . (page 85)

S’ensuivent des exemples concrets de comment l’enfant peut s’investir dans ses apprentissages et de la façon dont les parents peuvent l’accompagner dans cette démarche, notamment en poursuivant eux-même leurs propres apprentissages avec persévérance. Les exemples touchent à des domaines variés, mais tous connexes si l’on observe bien : alimentation, vêtements, sommeil, présence à table… car, au fond, c’est bien toujours la liberté d’être qui est le pivot d’une vie constructive et c’est ce que nos enfants doivent trouver.

« L’important n’est pas de suivre ce qu’une personne aura jugé indispensable de connaître avant l’âge de dix, treize ou dix-huit ans (et d’obtenir son diplôme pour la vraie vie). Ce qui compte, c’est ce que l’on vit dans la vraie vie, au jour le jour, et d’apprendre ce qui est essentiel à la réalisation de vrais objectifs qui ont du sens au moment où on y est confronté« . (Pam Laricchia, page127).

A contre-courant
A contre-courant

Je vous disais en commençant cet article que je n’avais pas poussé la réflexion sur le pourquoi de l’arrivée de A contre-courant dans ma boîte aux lettres par manque de disponibilité. Depuis, bien des choses se sont éclaircies pour nous.

Comme je vous le disais tout récemment, avec les 15 ans de nos filles, plusieurs changements ont muri. L’une d’elle s’oriente fermement vers la préparation très rigoureuse de son baccalauréat de série générale (voir mes articles ICI et ICI).

Pour sa jumelle, les choses sont très différentes. Leur relation gémellaire a énormément évolué ces trois ou quatre dernières années, allant dans le sens d’une autonomisation bien plus poussée l’une de l’autre. Pendant ces années, beaucoup de « matériaux » sont apparus sans qu’on sache encore trop dans quel ordre tout cela allait s’articuler et pour elle, notamment, avec la suspicion d’un Asperger dont il nous faut bien subir les trois ans de liste d’attente avant un dépistage en bonne et due forme. Une suspicion aussi de dysgraphie avec toutes les galères que cela induit pour trouver un professionnel qui veuille bien confirmer ou infirmer. Mais au moins nous avons eu un bilan réalisé par une psy spécialisée épatante qui nous a permis de constater à quel point notre fille est atypique.

Le moins que l’on puisse dire est que nous sommes une famille d’atypiques (même nos chats le sont)…  Alors, nous avons bien sûr mis en marche la compréhension, la réflexion et le coeur, nécessaires à la respecter telle qu’elle est. Cette atypicité nous amène à la déclarer en Unschooling.  Il y a peu, alors qu’elle était triste, je lui disais que son atypicité est sa part de génie et ça n’est pas moi qui lui dirait qu’elle doit faire un trait sur ce trésor. Je ne sais que trop combien notre société peut renvoyer de l’exclusion aux gens atypiques. L’assumer est notre force. Et ça n’est pas non plus son papa qui le fera, car lui aussi pensait de son côté que le Unschooling était désormais ce qui pouvait lui convenir.

Néanmoins, cela n’occulte pas les apports Steiner que l’une ou l’autre de nos filles continuent d’emprunter. On ne se passe pas comme ça de « bonne nourriture » !

Voilà donc le clin d’oeil de l’Univers en recevant à Contre-courant, puis une amie dont les enfants ont toujours été en unschooling !

A contre-courant

Crédits photos, dans l’ordre : Sasint ; Free-Photos ; PDPhotos ; Larisa-K ; et JillWellington sur Pixabay

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- Monique

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