A l’usine de l’ultralibéralisme

La tragédie qui vient de se produire à Conflant Ste honorine s’inscrit dans un contexte de société déjà extrêmement perturbé au point que certains appellent cette année 2020 l’annus horribilus. Pourtant une régénération de la société civile est bien à l’oeuvre.

Il est d’usage sur les divers sites de partage et réseaux sociaux de voir tout un chacun conspuer les Français pour leur [au choix] : indolence, irresponsabilité, j’m’enfoutisme, ignorance crasse, orgueil, esprit rebelle, etc…

Je vois les choses avec un regard décalé. Je vois des personnes qui ont faim d’un profond renouveau de la société civile et de la société politique. Et qui n’en peuvent plus qu’on les asphyxie de plus en plus, et ce, depuis leur plus tendre enfance. L’interdiction annoncée de l’instruction en famille est une manière de plus de contribuer à l’extinction du vivant, à côté des néonicotinoïdes, de la malbouffe produite par l’industrie agro-alimentaire, et de tout le reste…

Les gens étouffent de consacrer leur vie au travail parce qu’on leur a inculqué la croyance que le bonheur, c’était de trouver un travail, de rencontrer quelqu’un avec qui fonder une famille, de mettre de côté pour avoir un apport à offrir à la banque dans l’espoir d’obtenir un prêt pour une maison, de se constituer une maigre retraite qui sera ensuite volée par les actionnaires des maisons de retraite… et la vie s’éc(r)oule ainsi.

Loin de moi l’idée de dénigrer nos simples vies de personnes ordinaires ; travailler et fonder une famille a de la valeur, mais est-ce le but de toute vie ?

Simplement, le modèle unique fourni par notre société, alimenté par des gouvernements qui ne se soucient que de la question économique, est trop étroit, trop extérieur à l’être. On ne se soucie toujours pas de l’intériorité : qu’est-ce que le bonheur ? Qu’est-ce que le véritable respect de soi et des autres ? C’est quoi l’inconscient ? Comment s’exprime-t-il et qu’est-ce que cela m’apprends ?  Comment puis-je traverser les épreuves de la vie ? Comment les transformer en bonheur pour soi et les autres ? Comment puis-je alléger les relations difficiles ? Comment me réaliser ?

L’accumulation de connaissances à l’école telle qu’elle est demandée aujourd’hui et d’une manière extrêmement standardisée ne rencontre pas les besoins réels des enfants.

On moule à la chaîne les individus d’une manière grossière, tellement grossière que beaucoup ne s’y retrouvent pas du tout et cela se manifeste de bien des manières : consommation excessive d’alcool, de drogues et de tranquillisants, dépression, radicalisation de tous genres (les appels à la haine, à la violence, telle la peine de mort, en sont une), alternatives économiques et sociétales… et ainsi de suite, la palette s’étendant du plus sain au plus morbide, avec aussi du mélange des genres.

Les Français souffrent et ce n’est pas la faute du COVID (devenu entre temps le prétexte à un régime liberticide). Sans un accompagnement des enfants – ces futurs adultes qui feront la société de demain – résolument tourné vers la création de valeurs humaines parce qu’elle prend en compte l’être et l’enfance, ses besoins fondamentaux, ses fonctionnements, nous ne sortirons pas de la spirale suicidaire dans laquelle nous sommes.

Créer des valeurs humaines, ça n’a rien à voir avec ce que veulent les tenants du libéralisme qui nous gouvernent. Un enfant n’est pas une marchandise que l’on choisit de cloner, d’emboutir à la chaîne. Chaque enfant, en venant au monde, possède un potentiel infini : le potentiel d’être heureux et de contribuer au bonheur des autres.

régénération

Le modèle ne fonctionne plus

Malgré toutes les personnes de bonne volonté que compte l’Éducation Nationale, ça ne fonctionne plus. Pourquoi ? Parce que les fondements ne sont plus innervés à la source du Vivant. Nous formons les enfants, dès leur plus jeune âge, pour répondre aux attentes de ceux qui nous représentent à la tête de l’État au lieu de créer avec et pour les enfants. Nous leur laissons nous dicter et dicter à nos enfants ce qu’ils doivent être. Mais la seule préoccupation de ces personnes est de se maintenir au pouvoir, quitte à changer d’avis comme de chemise, afin de rester au plus proche de ceux qui détiennent les richesses qui sont de moins en moins partagées. Malgré toutes les personnes motivées, exprimant une véritable vocation pour certaines, qui sont au sein de l’Éducation Nationale, les programmes sont faits de sorte que le marché du travail et ses acteurs soient satisfaits ; l’être n’y a aucune place. Il n’y a en fait plus de créations d’idées politiques dans l’optique de régénérer la société civile ; il n’y a plus qu’une soumission morbide à l’économique. Les tentatives intéressantes et intelligentes sont réprimées y compris par la violence, au nom d’un monopole de la violence légitime perverti car ne servant pas la Nation.

Est-il nécessaire de rappeler que, en France, les figure les plus emblématiques du terrorisme de ces dernières décennies sont passés par l’école de la République ?

Il est grand temps de laisser la société civile se régénérer, de l’accompagner vers un véritable renouveau y compris des idées politiques prenant en compte les avancées majeures de cette société civile en décalage avec le népotisme et le conservatisme suicidaire de ceux qui sont censés nous représenter.

Lorsqu’un être humain vient au monde, son besoin le plus profond est d’être accueilli pleinement ;  d’être respecté en tant qu’être unique et inégalable qu’il est. Chaque être humain naît avec un immense potentiel de bonheur pour lui et pour l’humanité. Toutes les expressions, y compris les plus tragiques, les plus perverties, s’inscrivent dans cette recherche du véritable bonheur.

L’éducation mise en place ne devrait servir qu’à accompagner le jaillissement de ce potentiel. Et cela relève du devoir d’un État que de le servir.

Un être humain heureux, qui aura été respecté pour ce qu’il est et à qui l’on aura permis de faire jaillir tout son potentiel, n’ira jamais décapiter un autre être humain.

L’éducation est le remède.

régénération

Néantisation par le modèle politique fourni

Si les familles alternatives se sont saisies de l’instruction en famille, c’est bien pour cela ; parce qu’il y a cette conscience que l’enfant est trop en souffrance dans des structures mortifères : des rythmes scolaires qui ne respectent pas les étapes de son développement ; tous ces petits enfants que l’on contraint horriblement à rester assis durant de longues heures et que l’on « pathologise » si ils n’y parviennent pas est une horreur contre nature pour qui se penche sur la nature de l’enfant ; toutes ces matières qu’on les force à ingurgiter alors qu’ils n’y sont pas prêts, et ce, de manière ontologique (et de ce point de vue l’éclairage de la pédagogie Steiner est absolument indispensable) ; toutes ces leçons présentées de manière totalement desséchée… et puis, plus tard, mais beaucoup trop tôt cependant, toute cette pression relative au seul marché du travail et ses exigences. La réforme du bac rend fous les lycéens et leur professeurs, complètement essorés par des gouvernants qui s’en fichent et même s’en réjouissent. Tout cela, nous n’avons pas fini d’en récolter les fruits pourris.

Pourquoi les jeunes boivent-ils autant ? Pourquoi le cannabis a-t-il autant leur ferveur ? Pourquoi ne peuvent-ils concevoir d’être heureux s’ils n’ont pas la paire de basket (ultra-chère) adéquate ou le dernier Iphone ? Pourquoi les films porno les plus violents et les plus dégradants ont-ils leur attention, et de plus en plus jeunes ?

Parce que le modèle ultra-libéral soutenu par les gouvernements successifs depuis des décennies est vide, creux.

Et l’on s’étonne de la violence ? Et l’on s’offusque que certains réagissent en créant des alternatives ?

Un modèle sociétal et politique aussi navrant, aussi pathétique, ne peut pas déboucher sur une société riche (dans tous les sens du terme), créative et dynamique. Quand on en arrive à voter pour un gars à qui l’on va donner quasiment tout pouvoir uniquement sur l’esthétisme (tout relatif) attribué à sa tête, il y a vraiment de quoi vouloir pleurer… Réduire l’élection d’un président à celui d’une reine de beauté, c’est à pleurer et cela laisse entrevoir à quel point l’éducation des filles et jeunes filles a encore elle aussi des progrès à faire même dans nos contrées soi-disant évoluées, tant la pauvreté de la réflexion est ici dramatique et a conduit à ce que l’on ai un des pires présidents de la Vème République, dont l’unique but est sa richesse et celle de ses amis détenant la manne financière..

 

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Le remède est le respect du vivant et de la régénération

Le respect du vivant, seul, est la clé de notre avenir, le vivant sous toutes ses formes : la planète, toutes les formes de vie aujourd’hui en voie d’extinction, y compris la nôtre sur laquelle pèsent de nombreuses menaces… Une société politique qui ne le prend pas en compte est, de facto, obsolète. Nous faisons partie nous aussi de la biodiversité : chaque cerveau est unique, chaque être humain est unique.

La régénération de notre société en favorisant toute la richesse humaine, et en reprenant le pouvoir à ceux qui voudraient nous voler, est en marche ; partout il y a des foyers de résistance et de régénération du vivant, malgré la répression. Ceux qui voudraient nous voler notre pouvoir sont finis, et la vie élague ce qui ne lui sert plus.  C’est pour cela qu’il est important de tenir bon, de continuer d’alimenter le vivant, sans violence, et avec foi dans ce que nous faisons dans nos îlots de vie, malgré les drames qui viennent troubler nos coeur ; soyons de tout coeur avec les personnes éprouvées par les tragédies, mais ne dévions pas. Notre avenir à tous est en jeu.

Monique Tedeschi, co-signataire de la pétition Pour le maintien des droits à l’instruction en famille qui a dépassé les 100.000 signatures !

Edit de dernier instant : A lire, le communiqué de presse du Collectif L’école est la maison

Crédits photo dans l’ordre d’apparition : Mylène2401, Cherylholt, RitaE, sur Pixabay

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